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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 00:00

LECTURE DU LIVRE DES LÉVITES  19, 1-2 , 17-18

 

1     Le SEIGNEUR parla à Moïse et dit :
2     « Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël.
       Tu leur diras :
       Soyez saints,
       car moi, le SEIGNEUR votre Dieu, je suis saint.

17   Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur.
       Mais tu devras réprimander ton compatriote,
       et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui.
18   Tu ne te vengeras pas.
       Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple.
       Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
       Je suis le SEIGNEUR. »
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          Être « com­me des dieux » : on en a tous rê­vé un jour ou l’au­tre... et le li­vre de la Ge­nè­se, ra­con­tant la fau­te d’Adam et Ève, dit que c’est bien là no­tre pro­blè­me ! « Vous se­rez com­me des dieux » avait pro­mis le ser­pent, avait men­ti le ser­pent, de­vrait-on di­re, et cet­te per­spec­ti­ve les a per­dus.

          Mais voi­là que c’est Dieu lui-mê­me qui  nous dit : « Soyez saints COM­ME moi »... « Soyez saints, car moi, le SEIGNEUR votre Dieu, je suis saint ». C’est un or­dre, mieux, c’est un ap­pel, c’est no­tre vo­ca­tion. Donc, nous ne nous trom­pons pas quand nous rê­vons d’être com­me des dieux ! C’est le psau­me 8 qui dit : « Tu  as vou­lu l’hom­me à pei­ne moin­dre qu’un dieu, le cou­ron­nant de gloi­re et d’hon­neur ». Seulement voilà : pour ressembler vraiment à Dieu, encore faudrait-il avoir une juste idée de Dieu

          Les pre­miers cha­pi­tres de la Bible disaient déjà que l’homme est fait pour ressembler à Dieu. Encore faut-il savoir en quoi consiste la ressemblance : « Fai­sons l’hom­me à no­tre ima­ge, se­lon no­tre res­sem­blan­ce, et qu’il sou­met­te les pois­sons de la mer, les oi­seaux du ciel, les bes­tiaux, tou­te la ter­re et tou­tes les pe­ti­tes bê­tes qui re­muent sur la ter­re ! » (Gn 1, 26). La for­mu­le « Fai­sons l’hom­me à no­tre ima­ge, se­lon no­tre res­sem­blan­ce, et qu’il sou­met­te... » don­ne à pen­ser que cet­te res­sem­blan­ce se­rait  de l’or­dre de la royau­té, de la sou­mis­sion... Ré­el­le­ment, l’hom­me est créé pour être le roi de la créa­tion. Mais, le vocabulaire employé par l’auteur suggère que la  royau­té à la­quel­le l’hom­me est ap­pe­lé est une autorité d’amour et non une do­mi­na­tion.

          Un peu plus loin, le mê­me li­vre de la Ge­nè­se em­ploie de nou­veau deux fois la mê­me for­mu­le : une fois à l’iden­ti­que : « Le jour où Dieu créa l’hom­me, il le fit à la res­sem­blan­ce de Dieu », mais la se­con­de fois il s’agit des en­fants d’Adam : « Adam en­gen­dra un fils à sa res­sem­blan­ce et à son ima­ge » : cet­te fois on a bien l’im­pres­sion que les mots ima­ge et res­sem­blan­ce ont le sens qu’on leur don­ne d’ha­bi­tu­de quand on dit qu’un fils res­sem­ble à son pè­re. « Tel pè­re tel fils », dit-on. 

          En­fin, cet­te phra­se que nous connais­sons bien, « Dieu créa l’hom­me à son ima­ge, à l’ima­ge de Dieu il le créa ; mâ­le et fe­mel­le il les créa » (Gn 1, 27), nous dit que le cou­ple créé pour l’amour et pour le dia­lo­gue est l’ima­ge du Dieu d’amour.

          Il a fal­lu des siè­cles pour que le peu­ple com­pren­ne que les mots « Sain­te­té «  et « Amour » sont sy­no­ny­mes. « Saint », on s’en souvient, c’est le mot de la vo­ca­tion d’Isaïe : au cha­pi­tre 6, il nous ra­con­te la vision dont il a bénéficié ; com­ment, alors qu’il était dans le tem­ple de Jé­ru­sa­lem, ébloui, il entendait les chérubins ré­pé­ter « Saint, Saint, Saint est le SEI­GNEUR de l’univers ». Ce mot « saint »  si­gni­fie que Dieu est le Tout-Au­tre, qu’un abî­me nous sé­pa­re de lui. En mê­me temps Isaïe a eu une ré­vé­la­tion  : cet abî­me, c’est Dieu lui-même qui le fran­chit : et donc, quand il nous in­vi­te à lui res­sem­bler, c’est que nous en som­mes ca­pa­bles... grâ­ce à lui, bien sûr, ou dans sa grâ­ce, si vous pré­fé­rez.

          Les deux der­niers ver­sets du pas­sa­ge d’aujourd’hui ne sont que l’ap­pli­ca­tion de cet­te phra­se « Soyez saints com­me je suis saint, moi le SEI­GNEUR vo­tre Dieu ». Concrè­te­ment, ce­la veut di­re « Tu n’au­ras au­cu­ne pen­sée de hai­ne... Tu ne te ven­ge­ras pas. Tu ne gar­de­ras pas de ran­cu­ne. Tu ai­me­ras... » C’est cela être à la res­sem­blan­ce de Dieu : Lui ne connaît ni hai­ne, ni ven­gean­ce, ni ran­cu­ne. C’est jus­te­ment par­ce qu’il n’est qu’amour  qu’il est le Tout-Au­tre. Et c’est seu­le­ment pe­tit à pe­tit que les pro­phè­tes comprendront eux-mêmes et fe­ront com­pren­dre au peu­ple que res­sem­bler au Dieu saint, c’est tout sim­ple­ment dé­ve­lop­per ses ca­pa­ci­tés d’amour.

          Ce­la ne veut pas di­re qu’on perd tou­te ca­pa­ci­té de ju­ge­ment sur ce qui est bon ou mau­vais : « Tu n’au­ras au­cu­ne pen­sée de hai­ne, mais tu n’hé­si­te­ras pas à fai­re des ré­pri­man­des... » : ré­pri­man­der à bon es­cient, voi­là un art bien dif­fi­ci­le ! Et pour­tant cela aus­si, c’est de l’amour. Parmi nous, les parents ou les éducateurs le savent bien : c’est vou­loir le bien de l’au­tre, c’est parfois ar­rê­ter l’au­tre au bord du gouf­fre. La cri­ti­que po­si­ti­ve par amour fait gran­dir.

          Mais Dieu est pa­tient envers nous : ce n’est pas en un jour que no­tre at­ti­tu­de peut de­ve­nir sem­bla­ble à la sien­ne ! Si j’en crois les nou­vel­les qui nous par­vien­nent tous les jours, il fau­dra en­co­re beau­coup de temps ! Et Dieu dé­ploie avec son peu­ple une pé­da­go­gie très pro­gres­si­ve : quand ce tex­te est écrit, il ne par­le pas en­co­re d’amour uni­ver­sel, il se conten­te de di­re : « Tu n’au­ras au­cu­ne pen­sée de hai­ne contre ton frè­re », « Tu ne gar­de­ras pas de ran­cu­ne contre les fils de ton peu­ple »... « Tu ai­me­ras ton pro­chain com­me toi-mê­me. »

          C’est dé­jà une pre­miè­re éta­pe dans la pé­da­go­gie bi­bli­que... Des siè­cles plus tard, Jé­sus, dans la pa­ra­bo­le du Bon Sa­ma­ri­tain (Lc 10, 29-37), élar­gi­ra à l’in­fi­ni le cer­cle du pro­chain.

          Voi­là donc la royau­té à la­quel­le nous som­mes in­vi­tés : quand nous rê­vons d’être com­me des dieux, nous pen­sons spon­ta­né­ment do­mi­na­tion, puis­san­ce, et sur­tout la puis­san­ce né­ces­sai­re pour vain­cre la mala­die et la mort. Tan­dis que quand Dieu nous in­vi­te à lui res­sem­bler, il nous ap­pel­le à la sain­te­té, à sa sain­te­té qui n’a rien à voir avec une quel­con­que do­mi­na­tion ! Une sain­te­té qui n’est qu’amour et dou­ceur. Ce­la nous pa­raît bien dif­fi­ci­le ; mais là en­co­re, peut-être som­mes-nous trop sou­vent des « hom­mes de peu de foi ».

PSAUME  102 (103 ) - 1-2,  3-4,  8-10,  12-13

 

1          Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
            bénis son nom très saint, tout mon être !
2          Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
            n'oublie aucun de ses bienfaits !

3          Car il pardonne toutes tes offenses
            et te guérit de toute maladie ;
4          il réclame ta vie à la tombe
            et te couronne d'amour et de tendresse ;

8          Le SEIGNEUR est tendresse et pitié,
            lent à la colère et plein d'amour ;
10        il n'agit pas envers nous selon nos fautes,
            ne nous rend pas selon nos offenses.

12        aussi loin qu'est l'orient de l'occident,
            il met loin de nous nos péchés ;
13        comme la tendresse du père pour ses fils,
            la tendresse du SEIGNEUR pour qui le craint !
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            La li­tur­gie de ce di­man­che ne nous pro­po­se que huit ver­sets d'un psau­me qui en com­por­te vingt-deux ! Or l'al­pha­bet hébreu com­por­te vingt-deux let­tres donc on dit de ce psau­me qu’il est « al­pha­bé­ti­sant » ; et quand un psau­me est al­pha­bé­ti­sant, on sait d’avan­ce qu’il s’agit d’un psau­me d’ac­tion de grâ­ce pour l’Al­lian­ce. Et ef­fec­ti­ve­ment, An­dré Chou­ra­qui disait que ce psaume est le « Te Deum » de la Bi­ble, un chant de recon­nais­san­ce pour tou­tes les bé­né­dic­tions dont le com­po­si­teur (en­ten­dez) le peu­ple d’Is­raël a été com­blé par Dieu.

          Deuxiè­me ca­rac­té­ris­ti­que de ce psau­me, le « pa­ral­lé­lis­me » : cha­que ver­set  se com­po­se de deux li­gnes qui se ré­pon­dent com­me en écho ; l’idéal pour  le chan­ter  se­rait d’al­ter­ner li­gne par li­gne ; il a peut-être, d’ailleurs, été com­po­sé pour être chan­té par deux chœurs al­ter­nés. Ce paral­lé­lis­me, ce « ba­lan­ce­ment » est très fré­quent dans la Bi­ble, dans les tex­tes poé­ti­ques, mais aus­si dans de nom­breux pas­sa­ges en pro­se ; pro­cé­dé de ré­pé­ti­tion uti­le à la mé­moi­re, bien sûr, dans une ci­vi­li­sa­tion ora­le, mais sur­tout très sug­ges­tif ; si on soi­gne la lec­ture en fai­sant res­sor­tir le fa­ce à fa­ce des deux li­gnes à l’in­té­rieur de cha­que ver­set, la poé­sie prend un re­lief ex­traor­di­nai­re.           

          D’au­tre part, cet­te ré­pé­ti­tion d’une mê­me idée, suc­ces­si­ve­ment sous deux for­mes dif­fé­ren­tes, per­met évi­dem­ment de préciser la pen­sée, et donc pour nous de mieux com­pren­dre cer­tains ter­mes bi­bli­ques. Par exem­ple, le pre­mier ver­set nous propo­se deux paral­lè­les in­té­res­sants : « Bé­nis le SEI­GNEUR, ô mon âme, Bé­nis son Nom très saint, tout mon être » :

          Pre­mier pa­ral­lè­le : « Bé­nis le SEI­GNEUR »... « Bé­nis son Nom très saint » : la deuxiè­me fois, au lieu de di­re « le SEIGNEUR », on dit « le NOM » : u­ne fois de plus, nous voyons que le NOM, dans la Bi­ble, c’est la per­son­ne. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les juifs ne s’au­to­ri­sent ja­mais à pro­non­cer le NOM de Dieu.1

          Deuxiè­me pa­ral­lè­le dans ce pre­mier ver­set : « Ô mon âme… tout mon être » : on voit bien que le mot âme n’a pas ici le sens que nous lui don­nons spon­ta­né­ment À la sui­te des pen­seurs grecs, nous avons ten­dan­ce à nous re­pré­sen­ter l’hom­me com­me l’ad­di­tion de deux com­po­sants dif­fé­rents, étran­gers l’un à l’au­tre, l’âme et le corps. Mais les pro­grès des scien­ces humaines, au cours des siècles, ont confir­mé que ce dua­lis­me ne ren­dait pas comp­te de la ré­a­li­té. Or, déjà, la men­ta­li­té bi­bli­que, avait une concep­tion beau­coup plus uni­fiée et, dans l’Ancien Testament, quand on dit « l’âme », il s’agit de l’être tout en­tier. « Bénis le Sei­gneur, ô mon âme, Bé­nis son Nom très saint, tout mon être ».

          Un au­tre exem­ple de paral­lé­lis­me, un peu plus loin dans ce psau­me nous per­met de mieux com­pren­dre une ex­pres­sion un peu dif­fi­ci­le pour nous,  la « crain­te de Dieu » : nous ren­con­trons as­sez sou­vent ce mot de « crain­te » dans la Bi­ble et il ne nous est pas for­cé­ment très sym­pa­thi­que a prio­ri. Or nous le trou­vons ici dans un pa­ral­lè­le très in­té­res­sant : « Com­me la ten­dres­se du pè­re pour ses fils, ain­si est la ten­dres­se du SEI­GNEUR pour qui le craint » : ce qui  veut bien di­re que la crain­te de Dieu est tout sauf de la peur, el­le est une at­ti­tu­de fi­lia­le.

          Je par­le sou­vent de la pé­da­go­gie de Dieu à l’égard de son peu­ple : eh bien, là aus­si, la pé­da­go­gie de Dieu s’est dé­ployée len­te­ment, pa­tiem­ment, pour conver­tir la peur spontanée de l’homme envers Dieu en es­prit fi­lial ; je veux di­re par là que, mis en pré­sen­ce de Dieu, du sa­cré, l’hom­me éprou­ve spon­ta­né­ment de la peur ; et il faut tou­te une conver­sion des croyants pour que, sans rien per­dre de no­tre res­pect pour Ce­lui qui est le Tout-Au­tre, nous ap­pre­nions à son égard une at­ti­tu­de fi­lia­le. La crain­te de Dieu, au sens bi­bli­que, c’est vrai­ment la peur conver­tie en es­prit fi­lial : cet­te pé­da­go­gie n’est pas en­co­re ter­mi­née, bien sûr ; notre at­ti­tu­de devant Dieu, no­tre re­la­tion à lui a sans ces­se en­co­re be­soin d’être conver­tie. C’est peut-être ce­la « re­de­ve­nir comme des pe­tits en­fants »... des pe­tits en­fants qui sa­vent que leur pè­re n’est que ten­dres­se. Cet­te « crain­te » com­por­te donc à la fois ten­dres­se en re­tour, re­con­nais­san­ce et sou­ci d’obéir au pè­re par­ce que le fils sait bien que les com­man­de­ments du pè­re ne sont gui­dés que par l’amour : com­me un pe­tit s’éloi­gne du feu par­ce que son pè­re le pré­vient qu’il ris­que de se brû­ler.

          Ce n’est donc pas un ha­sard si ce psau­me qui par­le de crain­te de Dieu ci­te jus­te­ment la fa­meu­se phra­se du li­vre de l’Exo­de (Ex 34, 6) : « Le Sei­gneur est ten­dres­se et pi­tié, lent à la co­lè­re et plein d’amour » ; cet­te phra­se est très cé­lè­bre dans la Bi­ble, car c’est la dé­fi­ni­tion que Dieu a don­née de lui-mê­me à Moï­se au Si­naï. El­le est très sou­vent ci­tée, en par­ti­cu­lier dans les psaumes ; el­le est à la fois la défi­ni­tion de Dieu et, in­sé­pa­ra­ble­ment, un rap­pel de l’Al­lian­ce. Tous les psau­mes, et plus particulière­ment les psau­mes d’ac­tion de grâ­ce sont, avant tout, émer­veille­ment de­vant l’Al­lian­ce.

          Les ver­sets re­te­nus aujourd’hui in­sis­tent sur une des ma­ni­fes­ta­tions de cet­te ten­dres­se de Dieu, le par­don. Un Dieu lent à la co­lè­re, Is­raël l’a ex­pé­ri­men­té tout au long de son his­toi­re : de­puis la tra­ver­sée du Si­naï, dont Moï­se a pu dire au peu­ple « Depuis que je vous connais, vous n’avez ja­mais ces­sé de vous ré­vol­ter contre Dieu » (Dt 9, 7), la lon­gue his­toi­re de l’Al­lian­ce a été le théâ­tre du par­don de Dieu ac­cor­dé à cha­que ré­gres­sion de son  peu­ple. « Dieu par­don­ne tou­tes tes of­fen­ses et te gué­rit de tou­te mal­a­die ; il n’agit pas en­vers nous se­lon nos fau­tes, ne nous rend pas se­lon nos of­fen­ses. Aus­si loin qu’est l’Orient de l’Oc­ci­dent, il met loin de nous nos pé­chés... »

          La vraie ten­dres­se, cel­le dont nous avons be­soin pour re­par­tir, c’est cel­le jus­te­ment qui ou­blie nos pé­chés, nos aban­dons ; Jé­sus ne fe­ra que la met­tre en ima­ges dans la pa­ra­bo­le du pè­re et de l’en­fant pro­di­gue.

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Note

1 - Le NOM : les fa­meu­ses qua­tre let­tres, YHVH, (le « té­tra­gram­me »). Le pro­non­cer, ce se­rait pré­ten­dre connaî­tre Dieu. Seul, le grand-prê­tre, une fois par an, au jour du Kip­pour, pro­non­çait le NOM très saint, dans le Tem­ple de Jé­ru­sa­lem. En­co­re aujourd’hui, les Bi­bles écri­tes en hé­breu ne trans­cri­vent pas les voyel­les qui per­met­traient de pro­non­cer le NOM. Il est donc trans­crit uniquement avec les qua­tre conson­nes YHVH. Et quand le lec­teur voit ce mot, aus­si­tôt il le rem­pla­ce par un au­tre (Ado­naï) qui signi­fie « le Sei­gneur » mais qui ne pré­tend pas dé­fi­nir Dieu.

Depuis le Synode des Évêques sur la Parole de Dieu, en octobre 2008, il est demandé à tous les catholiques de ne plus prononcer le NOM de Dieu (que nous disions Yahvé), et de le remplacer systématiquement par « SEIGNEUR » et ce pour plusieurs raisons :
          - Tout d’abord, personne ne sait dire quelles voyelles portaient les consonnes du NOM de Dieu, YHVH. La forme « Yahvé » est certainement erronée.
          - Ensuite, c’est une marque de respect pour nos frères juifs qui s’interdisent, eux, de prononcer le            Nom divin.
         - Enfin, et surtout, il nous est bon d’apprendre à respecter la transcendance de Dieu         
       - Une quatrième raison nous vient de notre propre tradition chrétienne : les premiers traducteurs de           l’Ancien Testament en latin, et, en particulier Saint Jérôme, ont traduit le Tétragramme par           « Dominus », c’est-à-dire « SEIGNEUR »

Com­plé­ment

« Aus­si loin qu’est l’Orient de l’Oc­ci­dent, il met loin de nous nos pé­chés » : dans la li­tur­gie du Bap­tê­me des pre­miers siè­cles, les bap­ti­sés se tour­naient vers l’Oc­ci­dent pour re­non­cer au mal, puis fai­saient demi-tour sur pla­ce et se tour­naient vers l’Orient pour pro­non­cer leur pro­fes­sion de foi avant d’en­trer dans le bap­tis­tè­re.

LECTURE DE LA PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS  3, 16 -23

 

         Frères,
16     ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu,
         et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?
17     Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu,
         cet homme, Dieu le détruira,
         car le sanctuaire de Dieu est saint,
         et ce sanctuaire, c’est vous.
18     Que personne ne s’y trompe :
         si quelqu’un parmi vous
         pense être un sage à la manière d’ici-bas,
         qu’il devienne fou pour devenir sage.
19     Car la sagesse de ce monde
         est folie devant Dieu.
         Il est écrit en effet :
         C’est lui qui prend les sages
 au piège de leur propre habileté.
20     Il est écrit encore :

         Le Seigneur le sait :
 les raisonnements des sages n’ont aucune valeur !
21     Ainsi, il ne faut pas mettre sa fierté

         en tel ou tel homme.
         Car tout vous appartient,
22     que ce soit Paul, Apollos, Pierre,
         le monde, la vie, la mort,
         le présent, l’avenir :
         tout est à vous,
23     mais vous, vous êtes au Christ,
         et le Christ est à Dieu.
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          Si vous êtes dé­jà al­lés au Pe­tit Tri­a­non, à Ver­sailles, vous con­nais­sez le ha­meau de Ma­rie-An­toi­net­te et le Tem­ple de l’Amour : eh bien, si j’en crois saint Paul, cha­cun de nous est un tem­ple de l’amour... « N’ou­bliez pas que vous êtes le tem­ple de Dieu et que l’Es­prit de Dieu ha­bi­te en vous ». Or Dieu est Amour et l’Es­prit est l’Es­prit d’Amour. Donc nous som­mes, cha­cun de nous, et l’Égli­se tout en­tiè­re, le Tem­ple de l’Amour. Malheureusement, pour être honnêtes, nous devons reconnaître que ce n’est pas encore vrai­ment la ré­a­li­té, et que nous fai­sons men­tir saint Paul tous les jours ! Il le sait bien, mais jus­te­ment, il nous rap­pel­le no­tre vo­ca­tion et s’il dit « N’ou­bliez pas », c’est parce que les Co­rin­thiens, tout comme nous, avaient par­fois ten­dan­ce à l’ou­blier.

          Je re­mar­que au pas­sa­ge cet­te ex­pres­sion « N’ou­bliez pas » : dans la Bi­ble, dès l’An­cien Tes­ta­ment, el­le signa­le tou­jours quel­que cho­se de fon­da­men­tal, de vi­tal : « Gar­de-toi bien d’ou­blier » ré­pè­te sou­vent le li­vre du Deuté­ro­no­me. La foi, c’est la mémoi­re de l’œu­vre de Dieu : si le peu­ple d’Is­raël ou­blie son Dieu, il se per­dra à la sui­te de faus­ses ido­les : « Gar­de-toi bien d’oublier les cho­ses que tu as vues de tes yeux ; tous les jours de ta vie, qu’elles ne sor­tent pas de ton cœur » (Dt 4 , 9) ; « Gardez-vous bien d’ou­blier l’Al­lian­ce que le Sei­gneur vo­tre Dieu a conclue avec vous et de vous fai­re une ido­le... » (Dt 4, 23). Tou­jours, quand la Bi­ble dit « N’ou­blie pas », c’est pour met­tre en gar­de contre ce qui se­rait une faus­se pis­te, un che­min de mort. La Mé­moi­re, c’est la sé­cu­ri­té du croyant.

          Pour­quoi est-ce si im­por­tant de ne pas ou­blier que nous som­mes ap­pe­lés à être des tem­ples de l’amour ? Par­ce que le pro­jet de Dieu, son pro­jet d’amour ne peut se ré­a­li­ser qu’avec nous. Nous n’avons pas d’au­tre rai­son d’être. Ce­la peut pa­raî­tre pré­ten­tieux d’oser di­re une cho­se pa­reille, mais pour­tant c’est vrai. Quand Jé­sus dit à ses apô­tres : « Don­nez-leur vous-mê­mes à man­ger », c’est bien ce­la qu’il veut di­re ! Nous som­mes les tem­ples de l’amour cons­truits sur tou­te la sur­fa­ce de la ter­re, pour que l’amour de Dieu soit ma­ni­fes­té par­tout.

          Ce­la me fait pen­ser qu’au ha­meau de Ma­rie-An­toi­net­te, ce tem­ple de l’amour n’est pas re­fer­mé sur lui-même, il est au contrai­re com­plè­te­ment ou­vert sur l’ex­té­rieur, sim­ple­ment sou­te­nu par des co­lon­nes ; évidemment ce se­rait un non-sens de s’appeler tem­ple de l’amour et d’être re­plié sur soi-mê­me ! On peut certainement en di­re autant de cha­cun de nous et de l’Égli­se tout en­tiè­re. Une fois en­co­re, chez Saint Paul, je retro­u­ve un écho de la pré­di­ca­tion des pro­phè­tes : leur gran­de in­sis­tan­ce toujours sur l’amour des au­tres... Un amour en ac­tes et pas seule­ment en pa­ro­les, bien sûr.

          Il se­rait in­té­res­sant également de se de­man­der, cha­cun pour soi, et aus­si en Égli­se, quel­les sont les colonnes qui soutiennent le temple que nous sommes ? Certaine­ment pas la rai­son rai­son­nan­te, d’après saint Paul ! « La sa­ges­se de ce monde est fo­lie de­vant Dieu (nous dit-il)... Le Sei­gneur connaît les rai­son­ne­ments des sa­ges, ce n’est que du vent ! » 

          En re­van­che, ceux qui nous ont trans­mis la foi, sont bien des co­lon­nes ; Paul, Apol­los ou Pier­re pour les Corin­thiens, d’autres pour nous. Ils ne sont pas le centre pour autant : dès le dé­but de sa let­tre, Paul avait très fermement re­mis les cho­ses en pla­ce : l’apô­tre, si grand soit-il, n’est qu’un jar­di­nier ; quand nous ap­plau­dis­sons le pré­di­ca­teur qui nous a fait vi­brer et par­fois mê­me nous a conver­ti, les ap­plau­dis­se­ments ne vont pas à lui mais à Ce­lui seul qui connaît le fond de no­tre cœur. Res­te que ceux à qui nous de­vons la foi, nos pa­rents, nos pro­ches ou une com­mu­nau­té, de­meu­rent pour nous des ap­puis dont nous ne pou­vons pas nous pas­ser ; on n’est pas Chré­tien tout seul.

          Les vé­ri­ta­bles  apô­tres sont ceux qui ne nous re­tien­nent pas, ne nous cap­tent pas, mais nous gui­dent vers Jé­sus-Christ. « Tout vous ap­par­tient, que ce soit Paul, Apol­los, Pier­re, le mon­de, la vie, la mort, le pré­sent, l’ave­nir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu ». On a bien là l’ima­ge d’une cons­truc­tion ; et il me sem­ble que, là en­co­re et tou­jours, Paul an­non­ce le des­sein bien­veillant de Dieu : nous som­mes au Christ, c’est-à-di­re nous lui ap­par­te­nons, nous som­mes gref­fés sur lui et lui est à Dieu. Tout est re­pris dans ce grand dessein : « le mon­de et la vie et la mort, le pré­sent et l’ave­nir »... Dans la let­tre aux Éphésiens, Paul dit : le grand pro­jet de Dieu c’est de ré­u­nir l’uni­vers en­tier, tout ce qui est dans les cieux et  ce qui est sur la ter­re en Jé­sus Christ.

          Nous som­mes bien loin de nos rai­son­ne­ments hu­mains ! Et pour­tant Paul nous dit « c’est la seu­le sagesse » : « Que person­ne ne s’y trom­pe : si quelqu’un par­mi vous pen­se être un sa­ge à la ma­niè­re d’ici-bas, qu’il de­vien­ne fou pour de­ve­nir sage ». Nous re­tro­u­vons cet­te in­sis­tan­ce de Paul sur l’abî­me qui sé­pa­re la lo­gi­que de Dieu de nos lo­gi­ques hu­mai­nes. « Vos pensées ne sont pas mes pen­sées, mes che­mins ne sont pas vos chemins », com­me dit Isaïe (Is 55, 8).

          Et l’abî­me qui sé­pa­re nos pensées de celles de Dieu est tel que si nous nous lais­sons ga­gner par les raisonne­ments hu­mains, ce­la ris­que de nous ébran­ler et de dé­trui­re le tem­ple que nous som­mes ; rap­pe­lez-vous la phra­se de tout à l’heu­re : « Le Sei­gneur connaît les rai­son­ne­ments des sa­ges, ce n’est que du vent ! » Du vent, non seu­le­ment ce­la ne fait pas une co­lon­ne soli­de, mais mê­me, s’il se trans­for­me en bour­ras­que, il peut dé­ra­ci­ner des co­lon­nes pour­tant sta­bles.

          En re­li­sant en­co­re une fois ce tex­te, on comprend pourquoi la liturgie prévoit l’en­cen­se­ment des fi­dè­les à la Mes­se. Chaque fois qu’on nous en­cen­se, nous les bap­ti­sés, c’est pour nous di­re : « N’ou­bliez pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu et que l’Es­prit de Dieu ha­bi­te en vous ».

ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU  5, 38-48

 

              En ce temps-là,
              Jésus disait à ses disciples :
38          « Vous avez appris qu’il a été dit :
              Œil pour œil, et dent pour dent.
39          Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ;

              mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite,
              tends-lui encore l’autre.
40          Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice
              et prendre ta tunique,
              laisse-lui encore ton manteau.
41          Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas,
              fais-en deux mille avec lui.
42          À qui te demande, donne ;
              à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos !
43          Vous avez appris qu’il a été dit :
              Tu aimeras ton prochain
              et tu haïras ton ennemi.

44          Eh bien ! moi, je vous dis :
              Aimez vos ennemis,
              et priez pour ceux qui vous persécutent,
45          afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ;
              car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons,
              il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
46          En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment,
              quelle récompense méritez-vous ?
              Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
 47         Et si vous ne saluez que vos frères,
              que faites-vous d’extraordinaire ?
              Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
 48         Vous donc, vous serez parfaits
              comme votre Père céleste est parfait. »
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

          Une précision de vocabulaire pour commencer : Jésus dit : « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. » En réalité, vous ne trouverez nulle part dans l’Ancien Testament le commandement de haïr nos ennemis et Jésus le sait mieux que nous. Mais c’est une manière de parler en araméen ; cela veut dire : commence déjà par aimer ton prochain. L’ambition reste modeste, mais c’est un premier pas. Dans le texte d’aujourd’hui, justement, il nous invite à franchir une deuxième étape. L’amour du prochain doit être acquis, il invite à aimer désormais également nos ennemis.

          Une autre maxime nous choque dans l’évangile d’aujourd’hui : Jésus dit : « Vous avez ap­pris qu’il a été dit  ‘Œil pour œil, dent pour dent’ » (ce que nous appelons la loi du ta­lion) : ef­fec­ti­ve­ment, cette ma­xi­me est dans l’Ancien Tes­ta­ment (qui ne l’a pas inventée, d’ailleurs : on la trouvait déjà dans le code d’Hammourabi en 1750 av. J.-C. en Mésopotamie) ; elle nous pa­raît cruel­le ; mais il ne faut pas ou­blier dans quel contex­te el­le est née : el­le re­pré­sen­tait alors un pro­grès consi­dé­ra­ble ! Rap­pe­lez-vous d’où on ve­nait : Caïn, qui se ven­geait sept fois et, cinq gé­né­ra­tions plus tard, son des­cen­dant La­mek se fai­sait une gloi­re de se venger soixante dix-sept fois ;  vous  connais­sez la chan­son de La­mek à ses deux fem­mes, A­da et Cilla  :  « Ada et Cilla, écou­tez ma voix ! Fem­mes de La­mek, ten­dez l’oreille à mon di­re ! Oui, j’ai tué un hom­me pour une bles­su­re, un en­fant pour une meurtrissu­re. Oui, Caïn se­ra ven­gé sept fois, mais La­mek soixante dix-sept fois ».

          En Israël, la loi du talion apparaît dans le li­vre de l’Exo­de pour im­po­ser une ré­gle­men­ta­tion de la ven­gean­ce : dés­or­mais le châ­ti­ment est li­mi­té, il doit res­ter pro­por­tion­nel à l’of­fen­se« Si mal­heur ar­ri­ve, tu paie­ras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour  pied, brû­lu­re pour brû­lu­re, bles­su­re pour bles­su­re, meur­tris­su­re pour meur­tris­su­re. » (Ex 21, 23-25). C’est dé­jà un pro­grès, ce ne sont plus la hai­ne et l’in­stinct seuls qui dé­ter­mi­nent la hau­teur de la ven­gean­ce, c’est un prin­ci­pe ju­ri­di­que qui s’im­po­se à la vo­lon­té in­di­vi­duel­le. Ce ne sont plus sept vies pour  u­ne vie ou soixante dix-sept vies pour une vie.  La pé­da­go­gie de Dieu est à l’œu­vre pour li­bé­rer l’hu­ma­ni­té de la haine ; évi­dem­ment, pour res­sem­bler vrai­ment à Dieu, il y a en­co­re du che­min à fai­re, mais c’est dé­jà une éta­pe. Jé­sus, dans le ser­mon sur la mon­ta­gne, pro­po­se de fran­chir la der­niè­re éta­pe : res­sem­bler à no­tre Pè­re des cieux, c’est s’in­ter­di­re tou­te ri­pos­te, tou­te gi­fle, c’est ten­dre l’au­tre joue. « Vous avez ap­pris qu’il a été dit ‘Œil pour œil, dent pour dent’, eh bien moi, je vous dis de ne pas ri­pos­ter au mé­chant, mais si quelqu’un te gi­fle sur la joue droi­te, tends-lui en­co­re l’au­tre ». Pour­quoi s’in­ter­di­re dés­or­mais tou­te ven­gean­ce, tou­te hai­ne ? Sim­ple­ment pour de­ve­nir vrai­ment ce que nous som­mes : les fils de no­tre Pè­re qui est dans les cieux.

          Car, en fait, si on y re­gar­de bien, ce tex­te est une le­çon sur Dieu avant d’être une le­çon pour nous : Jé­sus nous ré­vè­le qui est vrai­ment Dieu ; l’An­cien Tes­ta­ment avait dé­jà dit que Dieu est Père, qu’il est ten­dres­se et pi­tié, lent à la co­lè­re et plein d’amour (Ex 34, 6) et que nos lar­mes cou­lent sur sa joue, car il est tout pro­che ; cet­te dernière phra­se est de Ben Si­rac, vous vous sou­ve­nez (Si 35, 18). Tout cela, l’An­cien Tes­ta­ment l’avait dé­jà dit ; mais nous avons la tê­te du­re... et grand mal à croi­re à un Dieu qui ne soit qu’amour. Jé­sus le re­dit de ma­niè­re imagée : « Dieu fait le­ver son so­leil sur les mé­chants et sur les bons, il fait tom­ber la pluie sur les jus­tes et sur les in­jus­tes. » Cet­te ima­ge, bien sûr, était plus par­lan­te du temps de Jé­sus, dans une civilisation agrai­re où so­leil et pluie sont tous deux ac­cueillis com­me des bé­né­dic­tions. Mais l’ima­ge res­te bel­le et, si je com­prends bien, ce n’est pas une le­çon de mo­ra­le qui nous est don­née là : c’est beau­coup plus pro­fond que ce­la. Dieu nous char­ge d’une mission, cel­le d’ê­tre ses re­flets dans le mon­de : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

          Si je comprends bien, croire que Dieu est amour n’est pas un chemin de facilité : cela va devenir au jour le jour extrêmement exigeant pour nous dans le registre du don et du pardon !

          « Don­ne à qui te de­man­de, ne te dé­tour­ne pas de ce­lui qui veut t’em­prun­ter » : jus­que-là, l’An­cien Tes­ta­ment avait cher­ché à dé­ve­lop­per l’amour du pro­chain, du frè­re de ra­ce et de re­li­gion, et mê­me de l’im­mi­gré qui partageait le mê­me toit. Cet­te fois Jésus abo­lit tou­tes les fron­tiè­res : le sens de la phra­se, c’est « Don­ne à quiconque te de­man­de, ne te dé­tour­ne pas de ce­lui qui veut t’em­prun­ter » (sous-en­ten­du quel qu’il soit). Nous retro­u­ve­rons cet­te exi­gen­ce dans la pa­ra­bo­le du Bon Sa­ma­ri­tain (Lc 10, 29-37).

          Tout ce­la nous pa­raît fou, déraisonnable, dé­me­su­ré ; et pour­tant c’est exac­te­ment com­me cela que Dieu agit avec cha­cun de nous cha­que jour, com­me il n’a pas ces­sé de le fai­re pour son peu­ple.

          Cela nous renvoie à tout ce que nous avons lu ces derniers dimanches dans la pre­miè­re let­tre aux Corinthiens : Paul opposait nos rai­son­ne­ments hu­mains à la sa­ges­se de Dieu : la rai­son rai­son­nan­te (et quel­ques amis bien in­ten­tion­nés) nous pous­sent à ne pas nous « fai­re avoir » com­me on dit. Jé­sus est dans une tou­t au­tre lo­gi­que, cel­le de l’Es­prit d’amour et de douceur. El­le seu­le peut hâ­ter la ve­nue du Royau­me... à condi­tion que nous n’ou­bliions pas ce que nous som­mes : com­me le dit Paul « Ne savez-vous pas que vous êtes le tem­ple de Dieu et que l’Es­prit de Dieu ha­bi­te en vous ? »

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