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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 00:00

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 1er janvier 2017

Fête de Sainte Marie, mère de Dieu

PREMIERE LECTURE – Livre des nombres, 6, 22-27

22 Le Seigneur parla à Moïse. Il dit :
23 « Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras :
Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël :
24 “Que le Seigneur te bénisse et te garde !
25 Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage,
qu’il te prenne en grâce !
26 Que le Seigneur tourne vers toi son visage,
qu’il t’apporte la paix !”
27 Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d’Israël,
et moi, je les bénirai. »


Voici donc comment les prêtres d’Israël, depuis Aaron et ses fils, bénissaient le peuple au cours des cérémonies liturgiques au Temple de Jérusalem… Formule qui fait partie du patrimoine chrétien désormais : puisque cette phrase du livre des Nombres figure parmi les bénédictions solennelles proposées pour la fin de la Messe. Vous avez remarqué la phrase : « Mon nom sera prononcé sur les enfants d’Israël » ; c’est une façon de parler, puisque, précisément, là-bas, on ne dit jamais le nom de Dieu, pour marquer le respect qu’on lui porte.
On sait à quel point, dans ce monde-là, le nom représente la personne elle-même. Prononcer le nom est un acte juridique marquant une prise de possession, mais aussi un engagement de protection. Quand un guerrier conquiert une ville, par exemple, on dit qu’il prononce son nom sur elle ; et le jour du mariage, le nom du mari est prononcé sur sa femme ; là encore, cela implique appartenance et promesse de vigilance. (A noter que la femme ne porte pas le nom de son mari pour autant).
Quand Dieu révèle son nom à son peuple, il se rend accessible à sa prière. Réciproquement, l’invocation du nom de Dieu constitue normalement un gage de bénédiction. Par voie de conséquence, les atteintes portées au peuple ou au temple de Dieu constituent un blasphème contre son nom, une insulte personnelle. Du coup, nous comprenons mieux la phrase de Jésus : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Sur toutes les personnes que nous rencontrerons cette année, nous pourrons nous dire que Dieu a posé son nom ! Voilà qui nous incitera à les regarder d’un oeil neuf !
Revenons sur la bénédiction du Livre des Nombres. Je vous propose quatre remarques :
Première remarque : la formule des prêtres est au singulier : « Que le SEIGNEUR te bénisse » et non pas : « Que le SEIGNEUR vous bénisse » ; mais, en réalité, il s’agit bien d’Israël tout entier : c’est un singulier collectif. Et, plus tard, le peuple d’Israël a bien compris que cette protection de Dieu ne lui est pas réservée, qu’elle est offerte à l’humanité tout entière.
Deuxième remarque : « Que le SEIGNEUR te bénisse » (v. 24) est au subjonctif ; curieuse expression quand on y réfléchit : est-ce que le Seigneur pourrait ne pas nous bénir ? « Que le SEIGNEUR fasse briller sur toi son visage… Que le SEIGNEUR se penche vers toi… » De la même manière : « Ils invoqueront ainsi mon Nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. » (v. 27). On a envie de demander : sinon il ne les bénirait pas ? Lui qui « fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants », c’est-à-dire sur tous les hommes, Lui qui nous dit d’aimer même nos ennemis… ? Bien sûr, nous connaissons la réponse : nous savons bien que Dieu nous bénit sans cesse, que Dieu nous accompagne, qu’il est avec nous en toutes circonstances.
Et pourtant ce subjonctif, comme tous les subjonctifs, exprime un souhait : mais c’est de nous qu’il s’agit : Dieu nous bénit sans cesse, mais nous sommes libres de ne pas accueillir sa bénédiction… comme le soleil brille en permanence même quand nous recherchons l’ombre… nous sommes libres de rechercher l’ombre… de la même manière, nous sommes libres d’échapper à cette action bienfaisante de Dieu… Celui ou celle qui se met à l’abri du soleil, perd toute chance de bronzer… ce ne sera pas la faute du soleil !
Alors, la formule « que Dieu vous bénisse » est le souhait que nous nous mettions sous la bénédiction de Dieu… On pourrait dire : Dieu nous propose sa bénédiction (sous-entendu : libre à nous de nous laisser faire ou pas). Ce subjonctif, justement, est là pour manifester notre liberté.
Troisième remarque, en forme de question : En quoi consiste la « bénédiction » de Dieu ? Que se passe-t-il pour nous ? Bénir est un mot latin : « bene dicere », « dire du bien »… Dieu dit du bien de nous. Ne nous étonnons pas que Dieu « dise du bien » de nous ! Puisqu’il nous aime… Il pense du bien de nous, il dit du bien de nous… Il ne voit en nous que ce qui est bien. Or la Parole de Dieu est acte : « Il dit et cela fut » (Gn 1). Donc quand Dieu dit du bien de nous, sa Parole agit en nous, elle nous transforme, elle nous fait du bien. Quand nous demandons la bénédiction de Dieu, nous nous offrons à son action transformante.
Quatrième remarque : ce n’est pas pour autant un coup de baguette magique ! Etre « béni », c’est être dans la grâce de Dieu, vivre en harmonie avec Dieu, vivre dans l’Alliance. Cela ne nous épargnera pas pour autant les difficultés, les épreuves comme tout le monde ! Mais celui qui vit dans la bénédiction de Dieu, traversera les épreuves en « tenant la main de Dieu ». « Béni tu le seras, plus qu’aucun autre peuple » promettait Moïse au peuple d’Israël (Dt 7, 14). Le peuple d’Israël est béni, cela ne l’a pas empêché de traverser des périodes terribles, mais au sein de ses épreuves le croyant sait que Dieu l’accompagne.
En cette fête de Marie, mère de Dieu, tout ceci prend un sens particulier. Lorsque l’ange Gabriel envoyé à Marie pour lui annoncer la naissance de Jésus l’a saluée, il lui a dit « Je te salue, pleine de grâce », c’est-à-dire comblée de la grâce de Dieu ; elle est par excellence celle sur qui le nom de Dieu a été prononcé, celle qui reste sous cette très douce protection : « Tu es bénie entre toutes les femmes… »
Cinquième remarque : Malheureusement, le texte français ne nous délivre pas toute la richesse de la formule originelle en hébreu ; cela pour deux raisons. Tout d’abord, le nom de Dieu, YHVH transcrit ici par « le SEIGNEUR », est celui que Dieu a révélé lui-même à Moïse. A lui tout seul, il est une promesse de présence protectrice, celle-là même qui a accompagné les fils d’Israël depuis leur sortie d’Egypte.
Ensuite, la traduction des verbes hébreux par un subjonctif en français est un indéniable appauvrissement. Car le système verbal en hébreu est très différent du français : pour être complet, il faudrait traduire « Le SEIGNEUR te bénit et te garde depuis toujours, il te bénit et te garde en ce moment, et il te bénira et te gardera à jamais. » Telle est bien notre foi !

PSAUME – 66 (67)

2 Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous ;
3 et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

5 Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

6 Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ;
qu’ils te rendent grâce, tous ensemble !
8 Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !


On ne pouvait pas trouver de plus belle réponse que ce psaume 66 en écho à la première lecture qui nous offrait la superbe formule de bénédiction rapportée par le livre des Nombres : « Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde ! Que le SEIGNEUR fasse briller sur toi son visage, Qu’il te prenne en grâce ! Que le SEIGNEUR tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! » Notre psaume est bien dans la même tonalité.
Je vous propose cinq remarques :
Première remarque : sur le sens même du mot « bénédiction » pour commencer. On trouve chez le prophète Zacharie cette phrase : « En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues que parlent les nations s’accrocheront à un Juif par le pan de son vêtement en déclarant : « Nous voulons aller avec vous, car nous l’avons appris : Dieu est avec vous. » (Za 8, 23). Voilà une très belle définition de la « bénédiction » : dire que Dieu nous bénit, c’est dire que Dieu nous accompagne, que Dieu est avec nous. C’était, d’ailleurs, le Nom même de Dieu révélé au Sinaï : YHVH, ce Nom imprononçable1 que l’on traduit par « SEIGNEUR ». On ne sait pas le traduire mais nos frères juifs le comprennent comme une promesse de présence permanente de Dieu auprès de son peuple.
Deuxième remarque : Cette fois, c’est le peuple qui appelle sur lui, qui demande la bénédiction de Dieu : « Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse » ; à propos de la formule des prêtres (la bénédiction du livre des Nombres), j’avais insisté sur le fait que nous sommes assurés en permanence de la bénédiction de Dieu, mais que nous sommes libres de ne pas l’accueillir ; quand le prêtre dit « Que le Seigneur vous bénisse », il n’exprime pas le souhait que Dieu veuille bien nous bénir… comme si Dieu pouvait tout d’un coup cesser de nous bénir ! Le prêtre exprime le souhait que nous ouvrions notre coeur à cette bénédiction de Dieu qui peut, si nous le désirons, agir en nous et nous transformer. La fin de ce psaume le dit très bien : « Dieu, notre Dieu, nous bénit. Que Dieu nous bénisse … » Ces deux phrases ne sont pas contradictoires : Dieu nous bénit sans cesse, c’est une certitude (c’est la première phrase : « Dieu, notre Dieu, nous bénit ») ; pour nous ouvrir à son action, il suffit que nous le désirions (c’est la deuxième phrase : « Que Dieu nous bénisse »).
Troisième remarque : Cette certitude d’être exaucé avant même de formuler une demande est caractéristique de toute prière en Israël. Le croyant sait qu’il baigne en permanence dans la bénédiction, la présence bienfaisante de Dieu. « Je sais que tu m’exauces toujours » disait Jésus (Jn 11).
Quatrième remarque : Le peuple d’Israël ne demande pas cette bénédiction pour lui seul. Car cette bénédiction prononcée sur Israël rayonnera, rejaillira sur les autres : « Béni (est) celui qui te bénit », avait dit Dieu à Abraham ; et il avait ajouté : « A travers toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 3). Dans ce psaume, on retrouve, comme toujours, les deux thèmes entrelacés : d’une part ce qu’on appelle l’élection d’Israël, de l’autre l’universalisme du projet de Dieu ; l’œuvre du salut de l’humanité passe à travers l’élection d’Israël.
L’élection d’Israël est bien présente dans l’expression « Dieu, notre Dieu », qui à elle seule est un rappel de l’Alliance que Dieu a conclue avec le peuple qu’il a choisi. L’universalisme du projet de Dieu est aussi très clairement affirmé : « Ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations », ou encore « Que les nations chantent leur joie ». Et d’ailleurs, vous aurez remarqué le refrain répété deux fois qui appelle le jour où tous les peuples, enfin, accueilleront la bénédiction de Dieu : « Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce, tous ensemble ! »
Israël sait qu’il est choisi pour être le peuple témoin : la lumière qui brille sur lui est le reflet de Celui qu’il doit faire connaître au monde. A vrai dire, cette compréhension de l’élection d’Israël comme une vocation n’a pas été immédiate pour les hommes de la Bible. Et c’est bien compréhensible : au tout début de l’histoire biblique, chaque peuple s’imaginait que les divinités régnaient sur des territoires : il y avait les divinités de Babylone et les divinités de l’Egypte et celles de tous les autres pays. C’est seulement au sixième siècle, probablement, que le peuple d’Israël a compris que son Dieu avec lequel avait été conclue l’Alliance du Sinaï, était le Dieu de tout l’univers ; l’élection d’Israël n’était pas abolie pour autant, mais elle prenait un sens nouveau. Le texte de Zacharie, que nous lisions tout à l’heure, est écrit dans cette nouvelle perspective. (« En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues que parlent les nations s’accrocheront à un Juif par le pan de son vêtement en déclarant : « Nous voulons aller avec vous, car nous l’avons appris : Dieu est avec vous. » (Za 8, 23)
A notre tour, nous sommes un peuple témoin : chaque fois que nous recevons la bénédiction de Dieu, c’est pour devenir dans le monde les reflets de sa lumière. Voilà un magnifique souhait que nous pouvons formuler les uns pour les autres en ce début d’année : être des vecteurs de la lumière de Dieu pour tous ceux qu’elle n’éblouit pas encore.
Cinquième remarque : « La terre a donné son fruit ; Dieu, notre Dieu, nous bénit. » Parce que la Parole de Dieu est acte, elle produit du fruit. Dieu avait promis une terre fertile où couleraient le lait et le miel. Et Dieu a tenu promesse. A plus forte raison, les Chrétiens relisent ce psaume en pensant à la naissance du Sauveur : quand les temps furent accomplis, la terre a porté son fruit.
—————————–
Note
Par respect pour le Nom de Dieu (YHVH, ce que l’on appelle le Tétragramme), et en fidélité à la récente directive romaine, chaque fois que je le rencontre dans un texte de l’Ancien Testament, je le transcris systématiquement en français par le mot « SEIGNEUR » en majuscules.

DEUXIEME LECTURE – Lettre de saint Paul apôtre aux Galates, 4, 4-7

Frères,
4 lorsqu’est venue la plénitude des temps,
Dieu a envoyé son Fils,
né d’une femme
et soumis à la loi de Moïse,
5 afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi
et pour que nous soyons adoptés comme fils.
6 Et voici la preuve que vous êtes des fils :
Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs,
et cet Esprit crie
« Abba ! », c’est-à-dire : Père !
7 Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils,
et puisque tu es fils, tu es aussi héritier :
c’est l’œuvre de Dieu.


Je prends le texte tout simplement en suivant
« Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils » : nous retrouvons ici un thème très cher à Paul : le thème de l’accomplissement du projet de Dieu. Pour les croyants juifs, puis chrétiens, c’est un élément très important de notre foi : l’histoire n’est pas un perpétuel recommencement, elle est une marche progressive de l’humanité vers son accomplissement, vers la réalisation du « dessein bienveillant de Dieu ». C’est un thème très important dans les lettres de Saint Paul ; et il est, je crois, une bonne clé de lecture pour aborder les lettres de Paul, mais pas lui seulement : en fait, c’est une clé de lecture pour toute la Bible, dès l’Ancien Testament.
Je m’arrête un peu sur ce point : les auteurs du Nouveau Testament prennent bien soin de préciser à plusieurs reprises que la vie, la passion, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth accomplissent les Ecritures. Paul, par exemple, affirme à ses juges : « Moïse et les prophètes ont prédit ce qui devait arriver et je ne dis rien de plus. » (Ac 26, 22). Et Matthieu en particulier aime dire « Tout cela arriva pour que s’accomplisse ce qui avait été dit par le prophète… ». Une question nous vient immédiatement à l’esprit : tout était-il donc écrit d’avance ? En fait, c’est sur le mot « pour » qu’il faut bien s’entendre car il peut avoir deux sens : ou bien un sens de finalité, ou bien seulement un sens de conséquence. Si l’on optait pour le sens de finalité, alors, les événements se seraient produits selon un plan bien défini, prédéterminé. Si on opte pour le sens de conséquence (et c’est, je crois, ce qu’il faut faire), les événements se sont produits de telle ou telle manière et, après coup, nous comprenons comment, à travers ces événements, Dieu a accompli son projet.
Celui-ci n’est donc pas un programme, comme si le rôle de tout un chacun était déjà déterminé par avance. Dieu prend le risque de notre liberté ; et, au long des siècles, les hommes ont bien souvent contrecarré le beau projet. Alors on a pu entendre les prophètes se lamenter ; mais ils n’ont jamais perdu l’espérance ; bien au contraire, ils ont promis à maintes reprises que Dieu ne se lassait pas. Isaïe, par exemple, annonçait de la part de Dieu : « Je dis : Mon dessein subsistera et tout ce qui me plaît, je l’exécuterai. » (Is 46, 10). Et Jérémie n’était pas en reste : « Moi, je sais les projets que j’ai formés à votre sujet – oracle du SEIGNEUR -, projets de prospérité et non de malheur : je vais vous donner un avenir et une espérance. » (Jr 29, 11). Ce que les auteurs du Nouveau Testament contemplent inlassablement, c’est l’accomplissement par Jésus des promesses de Dieu.
« Dieu a envoyé son Fils : né d’une femme, et soumis à la Loi de Moïse » : en quelques mots Paul nous dit tout le mystère de la personne de Jésus : Fils de Dieu, homme comme tous les autres, Juif comme tous les Juifs. L’expression « né d’une femme », pour commencer, est courante dans la Bible ; elle veut dire tout simplement « un homme comme les autres » ; il arrive par exemple que, pour ne pas répéter dans une même phrase le mot « hommes », on le remplace par « ceux qui naissent des femmes » (Si 10, 18 ; Jb 15, 14 ; Jb 25, 4). Jésus lui-même l’a employée en parlant de Jean-Baptiste : « En vérité, je vous le déclare : parmi ceux qui sont nés d’une femme, il ne s’en est pas levé de plus grand que Jean le Baptiste. » (Mt 11, 11 ; Lc 7, 28).1 Quant à l’expression « soumis à la Loi de Moïse », elle signifie qu’il a accepté la condition des hommes de son peuple.
Paul continue « Afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et faire de nous des fils ». Nous avons déjà rencontré de nombreuses fois le mot « racheter » : nous savons qu’il signifie « libérer », « affranchir ». Dans l’Ancien Testament, le « racheteur » était précisément celui qui affranchissait l’esclave. Ce n’est donc pas la même chose d’être sous la domination de la Loi et d’être fils… Il y a un passage à faire : le sujet de la Loi, c’est celui qui se soumet à des ordres ; il se conduit en esclave. Le fils, c’est celui qui vit dans l’amour et la confiance : il peut « obéir » à son père ; c’est-à-dire mettre son oreille sous la parole du père parce qu’il fait confiance à son père, il sait que la parole du père n’est dictée que par l’amour. Ce qui veut dire que nous passons de la domination de la Loi à l’obéissance des fils.
Ce passage à une attitude filiale, confiante, nous pouvons le faire parce que « L’Esprit du Fils est dans nos coeurs, et il crie vers le Père en l’appelant Abba ! » ce qui veut dire « Père ». Le seul cri qui nous sauve, en toutes circonstances, c’est ce mot « Abba », Père, qui est le cri du petit enfant. Etre sûr, quoi qu’il arrive, que Dieu est un Père pour nous, qu’il n’est que bienveillant à notre égard, c’est l’attitude filiale que le Christ est venu vivre parmi nous, en notre nom. Paul continue : « Tu n’es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier ». Il faut prendre le mot au sens fort ; « héritier », cela veut dire que ce qui est à Lui nous est promis ; seulement, il faut oser le croire… et c’est là notre problème.
Quand Jésus nous traite « d’hommes de peu de foi », peut-être est-ce cela qu’il veut dire : nous n’osons pas croire que l’Esprit de Dieu est en nous, nous n’osons pas croire que sa force est en nous, nous n’osons pas croire que tout ce qui est à lui est à nous ; c’est-à-dire que sa capacité d’amour est en nous.
Sans oublier que nous n’y avons aucun mérite ! Si nous sommes héritiers, c’est par la grâce de Dieu : alors nous commençons à comprendre pourquoi on peut dire que « tout est grâce ».
—————————-
Note
Paul pensait peut-être à ce que le livre de la Sagesse fait dire à Salomon : « Je suis, moi aussi, un homme mortel, égal à tous, descendant du premier qui fut modelé de terre. Dans le ventre d’une mère, j’ai été sculpté en chair. » (Sg 6-7, 1).

EVANGILE – selon Saint Luc, 2, 16-21

En ce temps-là,
16 les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem,
et ils découvrirent Marie et Joseph,
avec le nouveau-né
couché dans la mangeoire.
17 Après avoir vu,
ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé
au sujet de cet enfant.
18 Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient
de ce que leur racontaient les bergers.
19 Marie, cependant, retenait tous ces événements
et les méditait dans son cœur.
20 Les bergers repartirent ;
ils glorifiaient et louaient Dieu
pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu,
selon ce qui leur avait été annoncé.
21 Quand fut arrivé le huitième jour,
celui de la circoncision,
l’enfant reçut le nom de Jésus,
le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.


Ce récit apparemment anecdotique est en réalité profondément « théologique ». Ce qui veut dire que tous les détails comptent. Je vous propose de les relire un à un dans l’ordre du texte.
Les bergers, tout d’abord : c’étaient des gens peu recommandables, des marginaux, car leur métier les empêchait de fréquenter les synagogues et de respecter le sabbat. Or ce sont eux qui sont les premiers prévenus de l’événement qui vient de bouleverser l’histoire de l’humanité ! Et ils deviennent de ce fait les premiers apôtres, les premiers témoins : ils racontent, on les écoute, ils étonnent ! Ils racontent cette annonce étrange dont ils ont bénéficié en pleine nuit ; voici le récit de Luc pour cette fameuse nuit : « Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’Ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmaillotté et couché dans une mangeoire. Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. » (sous-entendu parce que Dieu les aime). Ils racontent tout cela, avec leurs mots à eux ; et on ne peut s’empêcher de penser à une fameuse phrase de Jésus, une trentaine d’années plus tard : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Lc 10, 21-22 ; Mt 11, 25). Cela a commencé dès le début de sa vie.
Tout ceci se passe dans le petit village de Bethléem : tout le monde le savait à l’époque, c’est la ville qui devait voir naître le Messie, dans la descendance de David. Bethléem, c’est aussi la ville dont le nom signifie littéralement « la maison du pain » et le nouveau-né est couché dans une mangeoire : belle image pour celui qui vient se donner en nourriture pour l’humanité.
« Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. » A l’inverse des bergers que l’événement rend bavards, Marie contemple et médite dans son coeur ; Luc veut-il faire ici un rapprochement avec la vision du fils de l’homme chez le prophète Daniel ? Après cette vision, Daniel avoue : « Mes réflexions me tourmentèrent… et je gardai la chose dans mon coeur. » (Dn 7, 28). Ce serait pour Luc une manière de profiler déjà devant nous le destin grandiose de ce nourrisson. On sait, premièrement, que le livre de Daniel était bien connu au temps de Jésus, et, deuxièmement, qu’il annonçait un Messie-Roi triomphant de tous les ennemis d’Israël.
Le nom de l’enfant, déjà, révèle son mystère : « Jésus » signifie « Dieu sauve » et si (à l’inverse de Matthieu) Luc ne précise pas cette étymologie, il a, quelques versets plus haut, rapporté la phrase de l’ange « Il vous est né un Sauveur » (Lc 2, 11).
En même temps, il vit à fond la solidarité avec son peuple : comme tout enfant juif, il est circoncis le huitième jour ; « il a été sous la domination de la Loi de Moïse pour racheter ceux qui étaient sous la domination de la Loi », dit Paul dans la lettre aux Galates (Ga 4, 4 : notre deuxième lecture). Les trois autres évangiles ne parlent pas de la circoncision de Jésus, tellement la chose allait de soi. « Ce sera le signe de l’Alliance entre moi et vous… Mon Alliance deviendra dans votre chair une alliance perpétuelle », avait dit Dieu à Abraham (Gn 17). Et le Livre du Lévitique en avait tiré une loi selon laquelle tout garçon devait être circoncis le huitième jour. Joseph et Marie n’ont fait que s’y conformer : pour tout Juif de l’époque, obéir à la Loi de Moïse était le meilleur moyen, pensait-on, de faire la volonté de Dieu. Le plus surprenant pour nous n’est donc pas le fait même de la circoncision de Jésus, mais l’insistance de cet évangéliste : visiblement, Saint Luc a souhaité marquer la volonté du jeune couple de se conformer en tous points à la Loi de Moïse.
Il y revient quelques lignes plus tard, pour raconter la présentation de l’enfant au Temple : « Quand arriva le jour fixé par la Loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi… Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la Loi du Seigneur. » (Lc 2, 22-24). Plus que la bonne volonté d’un couple fervent, sans doute Luc veut-il nous faire entrevoir l’entière solidarité de Jésus avec son peuple ; le dernier soir, Jésus lui-même l’a revendiquée : « Il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Ecriture : Il a été compté avec les pécheurs » (Lc 22, 37).
Enfin, dernière remarque, on ne peut s’empêcher de remarquer (et cela est valable pour les quatre lectures de cette fête) la discrétion du personnage de Marie, alors même que cette liturgie lui est dédiée sous le vocable de « Marie, Mère de Dieu ». (Luc dit seulement : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. » A l’inverse des bergers que l’événement rend bavards, Marie contemple et médite dans son coeur ; ) peut-être ce silence même de Marie est-il un message pour nous : la gloire de Marie, c’est justement d’avoir tout simplement accepté d’être la mère de Dieu, d’avoir su se mettre tout entière, humblement, au service de l’accomplissement du projet de salut de Dieu ; elle n’est pas le centre du projet ; le centre du projet, c’est Jésus, celui dont le nom signifie « Dieu sauve ».

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Published by Il était une Foi
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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 00:00

PREMIÈRE LECTURE -  Livre du prophète Isaïe  52, 7-10

 

7            Comme ils sont beaux sur les montagnes,
              les pas du messager,
              celui qui annonce la paix,
              qui porte la bonne nouvelle,
              qui annonce le salut,
              et vient dire à Sion :
              « Il règne, ton Dieu ! »
8            Écoutez la voix des guetteurs :
              ils élèvent la voix,
              tous ensemble ils crient de joie
              car, de leurs propres yeux,
              ils voient le SEIGNEUR qui revient à Sion.
9           Éclatez en cris de joie,
              vous, ruines de Jérusalem,
              car le SEIGNEUR console son peuple,
              il rachète Jérusalem !
10          Le SEIGNEUR a montré la sainteté de son bras
              aux yeux de toutes les nations.
              Tous les lointains de la terre
              ont vu le salut de notre Dieu.

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 « Écla­tez en cris de joie, rui­nes de Jé­ru­sa­lem ! » L'expression  « rui­nes de Jé­ru­sa­lem » nous permet de situer très précisément ce texte d’Isaïe : Jérusalem a été dévastée par les troupes de Na­bu­cho­do­no­sor en 587 av. J.-C. Elles ont commis les horreurs que commettaient toutes les armées victorieuses à l’époque : pillage, destructions, viols, profanations. Des agriculteurs ont été maintenus sur place pour nourrir les occupants ; et ce qui restait d’hommes et de femmes valides ont été emmenés en déportation à Babylone. Cet Exil devait durer cinquante ans, ce qui est considérable ; amplement le temps de se décourager, de croire qu’on ne reverrait jamais le pays.

Et voilà que le prophète annonce le retour ; il a commencé sa prédication par les mots « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu » (Is 40, 1). Ici, il reprend exactement le même mot, (« le SEIGNEUR console son peuple »), pour dire que Dieu a déjà agi, le retour est pour très bientôt. Et il voit déjà le messager qui ira annoncer la grande nouvelle à Jérusalem et le guetteur qui, du haut des collines de Jérusalem, verra revenir les colonnes de déportés.

Un mes­sa­ger à pied et un guet­teur, voilà deux per­son­na­ges qu'on a bien du mal à se re­pré­sen­ter aujourd'hui ! En ce temps de té­lé­com­mu­ni­ca­tions tri­om­phan­tes (té­lé­vi­sion, té­lé­pho­ne por­ta­tif, fax...) nous avons un ef­fort d'imagination à fai­re !..

Mais dans le mon­de an­ti­que, il n'y avait pas d'autre moyen qu'un cou­reur à pied pour an­non­cer les nou­vel­les. On connaît le fa­meux exem­ple du cou­reur de Ma­ra­thon : en 490 av. J.-C., lorsque les Athéniens ont remporté la bataille de Marathon contre les Perses, un coureur s’est précipité à Athènes (qui est à quarante-deux kilomètres de Marathon), pour annoncer la Bonne Nouvelle de la victoire. Il a couru d’un trait les quarante-deux kilomètres et a juste eu le temps de crier victoire avant de s’effondrer. C’est de là que vient notre expression « courir le Marathon ».

À l’époque, lorsque les messagers couraient porter les nouvelles, il y avait dans le même temps des guetteurs postés sur les murailles des villes ou sur les collines alentour pour surveiller l'horizon.

Isaïe imagine le guetteur posté sur le haut des rem­parts ou sur le mont des oliviers, peut-être, et qui voit déjà voler de colline en colline le mes­sa­ger qui an­non­ce le retour au pays : « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut ». Non seulement le peuple est sauvé, mais la ville elle-même va l’être, elle sera rebâtie par ceux qui reviennent. C’est pour cela que les rui­nes de Jérusalem sont invitées à écla­ter en cris de joie.

À l’époque on considérait que les défaites d’un peuple étaient aussi celles de son Dieu. Mais voici que le peuple est délivré, son Dieu a fait preuve de sa puissance, il « a montré la force de son bras » comme dit Isaïe. C’est pour cela que le messager vient dire à la ville sainte : « Il est roi, ton Dieu ».

Une fois de plus, Dieu a délivré son peuple comme il l’avait libéré d’Égypte, « à main for­te et à bras éten­du », comme disait le livre de l’Exode (Ex 15). Et, juste derrière le messager, le guetteur voit dé­jà le cor­tè­ge tri­om­phal ; et du haut des rem­parts, que voit-il ? Qui est en tê­te du cor­tè­ge tri­om­phal du re­tour ? Le Sei­gneur lui-mê­me !  Le Sei­gneur re­vient à Sion. Il mar­che au mi­lieu de son peu­ple et dés­or­mais, il se­ra de nou­veau là, à Jé­ru­sa­lem, au mi­lieu de son peu­ple.

Pour dire cette action de Dieu, Isaïe emploie un mot très fort, le mot « racheter ». Dans le lan­ga­ge bi­bli­que,  ce mot  « ra­che­ter »  si­gni­fie  « li­bé­rer » : vous connais­sez l'institution du « Go'el » : lorsqu'un Is­raé­li­te a été obli­gé de se ven­dre com­me es­cla­ve ou de ven­dre sa mai­son à son créan­cier pour payer ses det­tes, son plus pro­che pa­rent se pré­sen­te­ra au créan­cier pour li­bé­rer son pa­rent dé­bi­teur. On di­ra qu'il « ra­chè­te » son pa­rent, qu’il le « re­ven­di­que »... Bien sûr le créancier ne laissera pas partir son débiteur s’il n’est pas remboursé, mais cet aspect financier n’est pas premier dans l’opération. Ce qui est premier, c’est la libération du débiteur. Isaïe a eu l’audace d’appliquer ce mot de « Go’el » à Dieu : manière de dire à la fois qu’il est le plus pro­che pa­rent de son peuple et qu’Il le li­bè­re.

Autre phrase significative de ce texte et qui traduit une avancée très importante de la pensée juive pendant l’Exil à Babylone : c’est à ce moment-là qu’Is­raël a découvert l’amour de Dieu pour toute l’humanité et pas seulement pour son peuple. Il a compris que son « élec­tion » est une mission au service du sa­lut de tou­te l'humanité. C’est ce qui explique la phrase :

« Le SEIGNEUR a mon­tré la sainteté de son bras aux yeux de tou­tes les na­tions. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu. » : c’est-à-dire, bientôt, elles reconnaîtront que Dieu est sauveur.     

En relisant ce texte à l’occasion du la fête de Noël, évidemment, cette prédication d’Isaïe prend un sens nouveau ; plus que jamais, nous pouvons dire : « Le SEIGNEUR a mon­tré la sainteté de son bras aux yeux de tou­tes les na­tions. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu. » Notre mission, désormais, c’est d’être ces messagers qui annoncent la paix, ces mes­sa­gers de la bon­ne nou­vel­le, qui an­non­cent le sa­lut, ce­ux qui viennent di­re non seulement à la ci­té sain­te mais au monde entier : « Il est roi, ton Dieu » !

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PSAUME 97 (98) , 1-6

 

            1          Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau,
                        car il a fait des merveilles ;    
                        par son bras très saint, par sa main puissante,          
                        il s'est assuré la victoire.

            2          Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire  
                        et révélé sa justice aux nations ;        
            3          il s'est rappelé sa fidélité, son amour,           
                        en faveur de la maison d'Israël.

                        La terre tout entière a vu       
                        la victoire de notre Dieu.      
            4          Acclamez le SEIGNEUR, terre entière.       
                        son­nez, chan­tez, jouez !          

            5          Jouez pour le SEIGNEUR sur la ci­tha­re,     
                        sur la ci­tha­re et tous les in­stru­ments ;
            6          au son de la trom­pet­te et du cor 1,    
                        ac­cla­mez vo­tre roi, le SEIGNEUR !

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 « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu » : c’est le peuple d’Israël qui parle ici et qui dit « notre » Dieu, affichant ainsi la relation tout-à-fait privilégiée qui existe entre ce petit peuple et le Dieu de l’univers ; mais Israël a peu à peu compris que sa mission dans le monde est précisément de ne pas garder jalousement pour lui cette relation privilégiée mais d’annoncer l’amour de Dieu pour tous les hommes, afin d’intégrer peu à peu l’humanité tout entière dans l’Alliance.

Ce psaume dit très bien ce que l’on pourrait appeler « les deux amours de Dieu » : son amour pour son peuple choisi, élu, Israël... ET son amour pour l’humanité tout entière, ce que le psalmiste appelle les « nations » ... Relisons le verset 2 : « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations » : les « nations », ce sont tous les autres, les païens, ceux qui ne font pas partie du peuple élu.  Mais vient aussitôt le verset 3 : « Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël », ce qui est l’expression consacrée pour rappeler ce qu’on appelle « l’élection d’Israël ». Derrière cette toute petite phrase, il faut deviner tout le poids d’histoire, tout le poids du passé : les simples mots « sa fidélité », « son amour » sont le rappel vibrant de l’Alliance : c’est par ces mots-là que, dans le désert,  Dieu s’est fait connaître au peuple qu’il a choisi. « Dieu d’amour et de fidélité ». Cette phrase veut  dire : oui, Israël est bien le peuple choisi, le peuple élu ; mais la phrase d’avant, et ce n’est peut-être pas un hasard si elle est placée avant, cette phrase qui parle des nations, rappelle bien que si Israël est choisi, ce n’est pas pour en jouir égoïstement, pour se considérer comme fils unique, mais pour se comporter en frère aîné. Comme disait André Chouraqui, « le peuple de l’Alliance est destiné devenir l’instrument de l’Alliance des peuples ».

            Un des grands acquis de la Bible, c’est que Dieu aime toute l’humanité, et pas seulement Israël. Dans ce psaume, cette certitude marque la composition même du texte ; si on regarde d’un peu plus près la construction de ces quelques versets, on remarque la disposition en « inclusion » de ces deux  versets  2 et 3 : l’inclusion est un procédé de style qu’on trouve souvent dans la Bible. Une inclusion, c’est un peu comme un encadré, dans un journal ou dans une revue ; bien évidemment le but est de mettre en valeur le texte écrit dans le cadre.

Dans une inclusion, c’est la même chose : le texte central est mis en valeur, « encadré » par deux phrases identiques, une avant, l’autre après... Ici, la phrase centrale, qui parle d’Israël, est encadrée par deux phrases synonymes qui parlent des nations : « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations », voilà la première phrase donc, sur les nations ... la deuxième phrase, elle, concerne Israël : « il s’est rappelé sa fidélité, son amour en faveur de la maison d’Israël »... et voici la troisième phrase : « la terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ». Le mot « nations » ne figure pas ici, mais il est remplacé par l’expression « la terre tout entière ». La phrase centrale sur ce qu’on appelle «  l’élection d’Israël » est donc encadrée par deux phrases sur l’humanité tout entière. L’élection d’Israël est centrale mais on n’oublie pas qu’elle doit rayonner sur l’humanité tout entière et cette construction le manifeste bien.

            Et quand le peuple d’Israël, au cours de la fête des Tentes à Jérusalem, acclame Dieu comme roi, ce peuple sait bien qu’il le fait déjà au nom de l’humanité tout entière ; en chantant cela, on imagine déjà (parce qu’on sait qu’il viendra) le jour où Dieu sera vraiment le roi de toute la terre, c’est-à-dire reconnu par toute la terre.

            La première dimension de ce psaume, très importante, c’est donc l’insistance sur ce « les deux amours de Dieu », pour son peuple choisi, d’une part, et pour toute l’humanité, d’autre part. Une deuxième dimension de ce psaume est la proclamation très appuyée de la royauté de Dieu.

            Par exemple, on chante au Temple de Jérusalem « Acclamez le SEIGNEUR, terre entière, acclamez votre roi, le SEIGNEUR » Mais dire « on chante », c’est trop faible ; en fait, par le vocabulaire employé en hébreu, ce psaume est un cri de victoire, le cri que l’on pousse sur le champ de bataille après la victoire, la « terouah » en l’honneur du vainqueur. Le mot de victoire revient trois fois dans les premiers versets. « Par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire » ... « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations »... « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ».

            La victoire de Dieu dont on parle ici est double : c’est d’abord la victoire de la libération d’Égypte ; la mention « par son bras très saint, par sa main puissante » est une allusion au premier exploit de Dieu en faveur des fils d’Israël, la traversée miraculeuse de la mer qui les séparait définitivement de l’Égypte, leur terre de servitude. L’expression « Le SEIGNEUR t’a fait sortir de là d’une main forte et le bras étendu » (Dt 5, 15) était devenue la formule-type de la libération d’Égypte ; on la retrouve par exemple dans le livre du Deutéronome et dans les psaumes. La formule « il a fait des merveilles » est aussi un rappel de la libération d’Égypte.

            Mais quand on chante la victoire de Dieu, on chante également la victoire attendue pour la fin des temps, la victoire définitive de Dieu contre toutes les forces du mal. Et déjà on acclame Dieu comme jadis on acclamait le nouveau roi le jour de son sacre en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes et dans les applaudissements de la foule. Mais alors qu’avec les rois de la terre, on allait toujours vers une déception, cette fois, on sait qu’on ne sera pas déçus ; raison de plus pour que cette fois la « terouah » soit particulièrement vibrante !

            Désormais les Chrétiens acclament Dieu avec encore plus de vigueur parce qu’ils ont vu de leurs yeux le roi du monde : depuis l’Incarnation du Fils, ils savent et ils affirment (envers et contre tous les événements apparemment contraires), que le Règne de Dieu, c’est-à-dire de l’amour est déjà commencé.

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Note

1 - Les in­stru­ments de mu­si­que : c'est par les psau­mes, et en par­ti­cu­lier le Ps 150 que l'on connaît les in­stru­ments de mu­si­que de l'époque. Ici dé­jà, en voi­ci 3 énu­mé­rés : ci­tha­re, trom­pet­te et cor.

Complément : Devant la Crèche, on ne peut pas s’empêcher de penser que, pour l'instant la for­ce di­vi­ne du bras de Dieu qui li­bè­re son peu­ple re­po­se dans deux pe­ti­tes mains d'enfant.

DEUXIÈME LECTURE – Lettre aux Hébreux  1, 1-6

 

1            À bien des reprises
              et de bien des manières,
              Dieu, dans le passé,
              a parlé à nos pères par les prophètes ;
2            mais à la fin, en ces jours où nous sommes,
              il nous a parlé par son Fils
              qu’il a établi héritier de toutes choses
              et par qui il a créé les mondes.
3            Rayonnement de la gloire de Dieu,
              expression parfaite de son être,
              le Fils, qui porte l’univers
              par sa parole puissante,
              après avoir accompli la purification des péchés,
              s’est assis à la droite de la Majesté divine
              dans les hauteurs des cieux ;
4            et il est devenu bien supérieur aux anges,
              dans la mesure même où il a reçu en héritage
              un nom si différent du leur.
5            En effet, Dieu déclara-t-il jamais à un ange :
              « Tu es mon Fils,
 moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ? »
              Ou bien encore :
              « Moi, je serai pour lui un père,
 et lui sera pour moi un fils ? »
6            À l’inverse, au moment d’introduire le Premier-né
              dans le monde à venir,
              il dit :
              « Que se prosternent devant lui
 tous les anges de Dieu. »

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 « Dieu a par­lé à nos pè­res par les pro­phè­tes » ; à travers cette phrase on devine que les destinataires de la lettre aux Hébreux sont des Juifs de­ve­nus chré­tiens. L’une des caractéristiques d’Israël, c’est bien cette conviction que Dieu s’est révélé progressivement à ce peuple qu’il a choisi. Parce que Dieu n’est pas à la portée de l’homme, il faut bien qu’il se révèle lui-même. Vous connaissez la fameuse phrase de Paul dans la lettre aux Éphésiens : « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté... » Sous-entendu, nous ne l’aurions pas trouvé tout seuls. Et cette révélation ne pouvait être que progressive, tout comme l’éducation d’un enfant ne se fait pas en un jour. Au contraire, les pa­rents dis­ent à leur en­fant pro­gres­si­ve­ment, au fur et à me­su­re du dé­ve­lop­pe­ment de son in­tel­li­gen­ce, ce dont il a be­soin pour com­pren­dre le mon­de et la so­cié­té dans la­quel­le il vit. C’est exactement comme cela que Moïse explique la pédagogie de Dieu dans le livre du Deutéronome : « Tu reconnais à la réflexion que ton Dieu faisait ton éducation comme un homme fait celle de son fils » (Dt 8, 5).

Pour cette éducation progressive de son peuple, Dieu a sus­ci­té, à cha­que épo­que, des pro­phè­tes qui par­laient de sa part, dans des ter­mes qui cor­res­pon­daient à la men­ta­li­té de l'époque. On dis­ait qu'ils  étaient la « bou­che de Dieu ». Comme dit l’une des phrases de notre liturgie : « Tu les as formés par les prophètes dans l’espérance du salut. » (Prière Eucharistique N° IV). Parce que Dieu utilise avec son peuple cette pédagogie très progressive, il lui parle « sous des for­mes frag­men­tai­res et va­riées », comme dit l’auteur de la lettre.

Quand l’auteur de la lettre aux Hébreux prend la plume, ce salut est arrivé : c’est pour cela qu’il coupe l’histoire de l’hu­ma­ni­té en deux pé­rio­des : avant Jé­sus-Christ et de­puis Jé­sus-Christ. Avant Jésus-Christ, c’est ce qu’il appelle le passé ; depuis Jésus-Christ, c’est ce qu’il appelle « les derniers temps où nous sommes », c’est le temps de l’accomplissement. En Jé­sus-Christ, le mon­de nou­veau est dé­jà in­au­gu­ré. Le Christ est en lui-mê­me l’accomplissement du pro­jet de Dieu, du « des­sein bien­veillant ».

Après l’éblouissement et la stupeur de la résurrection du Christ, la conviction des premiers Chrétiens s’est forgée peu à peu : oui, Jésus de Nazareth est bien le Messie que le peuple juif attendait, mais il est bien différent de l’idée qu’on s’en était faite à l’avance. L’ensemble du Nouveau Testament médite cette découverte étonnante. Certains at­ten­daient un Mes­sie-roi, d’autres, un Mes­sie-pro­phè­te, d’autres, un Mes­sie-prê­tre. L’auteur de la lettre aux Hébreux, dans le passage d’aujourd’hui, nous dit : Eh bien, mes frères, Jé­sus est bien tout ce­la.

Je vous pro­po­se donc une re­mar­que sur cha­cun de ces trois points : Jésus est le Mes­sie-pro­phè­te qu’on attendait, il est le Mes­sie-prê­tre, il est le Mes­sie-Roi.

Pour commencer, Il est le Mes­sie - pro­phè­te : l’auteur nous dit : « Dieu nous a par­lé par ce Fils » : Jé­sus est bien le pro­phè­te par ex­cel­len­ce ; si les prophètes de l’Ancien Testament étaient la « bou­che de Dieu », lui, il est la Pa­ro­le mê­me de Dieu, la Pa­ro­le créa­tri­ce « par qui Dieu a créé les mon­des » (v. 2). Mieux en­co­re, il est le « re­flet res­plen­dis­sant de la gloi­re du Pè­re » (v. 3)1 ; il di­ra lui-mê­me « qui m’a vu a vu le Pè­re » (il est l’expression par­fai­te de l’être de Dieu).

Ensuite, Il est le Mes­sie - prê­tre : C’était le rô­le du grand-prê­tre d’être l’intermédiaire en­tre Dieu et le peu­ple pé­cheur ; or, en vi­vant une re­la­tion d’amour par­fai­te avec son Pè­re, une vé­ri­ta­ble re­la­tion fi­lia­le, Jé­sus-Christ res­tau­re l’Alliance en­tre Dieu et l’humanité. Il est donc le grand-prê­tre par ex­cel­len­ce, qui ac­com­plit la « pu­ri­fi­ca­tion  des pé­chés » : cet­te « pu­ri­fi­ca­tion des pé­chés », (l’auteur re­vien­dra lon­gue­ment sur ce thè­me dans la suite de sa lettre), Jé­sus l’a opé­rée en vi­vant tou­te sa vie dans une relation parfaitement filiale, com­me un par­fait dia­lo­gue d’amour et « d’obéissance » avec son Pè­re.

Enfin, Il est le Mes­sie - roi : L’auteur lui ap­pli­que des ti­tres et des pro­phé­ties qui concer­naient le Mes­sie : on a là l’image du trô­ne royal, « il est as­sis à la droi­te de la Ma­jes­té di­vi­ne », et sur­tout il est ap­pe­lé « Fils de Dieu » : or c’était le ti­tre qui était confé­ré au nou­veau roi le jour de son sa­cre. « Tu es mon fils, aujourd’hui je t’ai en­gen­dré », était l’une des phra­ses de la cé­ré­mo­nie du sa­cre (re­pri­se par le psau­me 2). Et le prophète Natan avait annoncé : « Je serai pour lui un Père et il sera pour moi un fils. » (2 S 7, 14). Et, à la différence des rois de la terre, lui, Il est roi sur tou­te la créa­tion, mê­me les An­ges : l’auteur nous dit  « il est placé bien au-des­sus des An­ges, il a re­çu en hé­ri­tage un Nom bien plus grand que les leurs »  (v. 4). Et lorsqu’il dit « Au mo­ment d'introduire le Pre­mier-né dans le mon­de à ve­nir, Dieu dit : Que tous les an­ges de Dieu se pro­ster­nent de­vant lui », l’auteur annonce que le Christ est Dieu lui-même ! Puisque Dieu seul a droit à l’adoration des Anges.  

Prê­tre, pro­phè­te  et roi, Jé­sus l’est donc, c’est pour­quoi on peut l’appeler Christ qui veut di­re « Mes­sie » ; mais  ce tex­te nous ré­vè­le en mê­me temps no­tre pro­pre gran­deur puis­que no­tre vo­ca­tion est d’être in­ti­me­ment unis à Jé­sus-Christ, de de­ve­nir à no­tre tour les re­flets de la gloi­re du Pè­re... d’être à no­tre tour ap­pe­lés Fils... d’être rois en lui... prê­tres en lui... pro­phè­tes en lui. Au jour de notre baptême, le prêtre nous a annoncé que, désormais, nous étions membres du Christ, Prêtre, Prophète et Roi.

Et si ce pas­sa­ge nous est pro­po­sé dès le jour de Noël, c’est pour que nous sa­chions dé­jà dé­chif­frer le mys­tè­re de la crè­che à cet­te pro­fon­deur-là. L’enfant qui nous est don­né à contem­pler est por­teur de tout ce mys­tè­re-là et nous en lui, par lui et avec lui.       

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Note sur Hébreux 1,3

Dans l’expression « Rayonnement de la gloire de Dieu », on peut entendre un écho de l’épisode de la Transfiguration de Jésus.

Compléments

On a longtemps cru que la lettre aux Hébreux était de saint Paul. Aujourd’hui, on dit souvent par manière de boutade : « Ce n’est pas une lettre, elle n’est pas de saint Paul, elle ne s’adresse pas aux Hébreux. » Le mot « Hébreux », dans cet écrit, désigne probablement d’anciens Juifs devenus chrétiens. Cela expliquerait ses allusions très fréquentes aux textes bibliques et aux pratiques juives.

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Note sur Hébreux 1,3

Dans l’expression « Rayonnement de la gloire de Dieu », on peut entendre un écho de l’épisode de la Transfiguration de Jésus.

Compléments

On a longtemps cru que la lettre aux Hébreux était de saint Paul. Aujourd’hui, on dit souvent par manière de boutade : « Ce n’est pas une lettre, elle n’est pas de saint Paul, elle ne s’adresse pas aux Hébreux. » Le mot « Hébreux », dans cet écrit, désigne probablement d’anciens Juifs devenus chrétiens. Cela expliquerait ses allusions très fréquentes aux textes bibliques et aux pratiques juives.

ÉVANGILE de Jésus Christ selon saint Jean  1, 1-18

 

1            Au commencement était le Verbe,
              et le Verbe était auprès de Dieu,
              et le Verbe était Dieu.
2            Il était au commencement auprès de Dieu.
3            C’est par lui que tout est venu à l’existence,
              et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
4            En lui était la vie,
              et la vie était la lumière des hommes ;
5            la lumière brille dans les ténèbres,
              et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
6            Il y eut un homme envoyé par Dieu ;
              son nom était Jean.
7            Il est venu comme témoin,
              pour rendre témoignage à la Lumière,
              afin que tous croient par lui.
8            Cet homme n’était pas la Lumière,
              mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
9            Le Verbe était la vraie Lumière,
              qui éclaire tout homme
              en venant dans le monde.
10          Il était dans le monde,
              et le monde était venu par lui à l’existence,
              mais le monde ne l’a pas reconnu.
11          Il est venu chez lui,
              et les siens ne l’ont pas reçu.
12          Mais à tous ceux qui l’ont reçu,
              il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu,
              eux qui croient en son nom.
13          Ils ne sont pas nés du sang,
              ni d’une volonté charnelle,
              ni d’une volonté d’homme :
              ils sont nés de Dieu.
14          Et le Verbe s’est fait chair,
              il a habité parmi nous,
              et nous avons vu sa gloire,
              la gloire qu’il tient de son Père
              comme Fils unique,
              plein de grâce et de vérité.
15          Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant :
              « C’est de lui que j’ai dit :
              Celui qui vient derrière moi
              est passé devant moi,
              car avant moi il était. »
16          Tous, nous avons eu part à sa plénitude,
              nous avons reçu grâce après grâce ;
17          car la Loi fut donnée par Moïse,
              la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
18          Dieu, personne ne l’a jamais vu ;
              le Fils unique, lui qui est Dieu,
              lui qui est dans le sein du Père,
              c’est lui qui l’a fait connaître.

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 « Au com­men­ce­ment » : Jean re­prend vo­lon­tai­re­ment le pre­mier mot de la Ge­nè­se (« Be­res­hit ») ; il faut en­ten­dre la pro­fon­deur de ce mot : ce n'est pas une pré­ci­sion d'ordre chro­no­lo­gi­que !  Ce qui com­men­ce, c'est ce qui com­man­de tou­te l'histoire hu­mai­ne, c'est l'origine, le fon­de­ment de tou­tes cho­ses ...

« Au com­men­ce­ment était le VER­BE » : tout est mis sous le si­gne de la Pa­role, Pa­role d'Amour, Dia­lo­gue... Voi­là l'O­ri­gine, le com­men­ce­ment de tou­tes cho­ses... « Et le Ver­be était au com­men­ce­ment au­près de Dieu » (v. 2-3) : en grec c'est « pros ton Théon »qui veut di­re  lit­té­ra­le­ment « tour­né vers Dieu » ; le Ver­be était tour­né vers Dieu...  C'est l'attitude du dia­lo­gue. Quand on dit « Je t'aime », ou quand on dia­lo­gue vrai­ment avec quelqu'un, on lui fait fa­ce ; on est « tour­né vers lui » ; quand on lui tour­ne le dos, qu'on se dé­tour­ne, le dia­lo­gue est rom­pu ; et il fau­dra fai­re de­mi-tour pour re­nouer le dia­lo­gue.

 Ce que saint Jean nous dit ici est ca­pi­tal : la Créa­tion tout en­tiè­re, puis­que rien n'a été fait sans le Ver­be, (la Créa­tion tout en­tiè­re) est le fruit du dia­lo­gue d'amour du Pè­re et du Fils ; et nous, à no­tre tour, nous som­mes créés dans ce dia­lo­gue et pour ce dia­lo­gue. (Nous sommes le fruit d’un dialogue d’amour. Bien sûr, c’est vrai concrètement au niveau de l’acte qui nous a engendrés chacun à la vie. Mais, spirituellement, nous pouvons nous dire que nous sommes le fruit de l’amour de Dieu.)

La vo­ca­tion de l'humanité, d'Adam, pour re­pren­dre le mot de la Ge­nè­se, c'est de vi­vre un par­fait dia­lo­gue d'amour avec le Pè­re. Mais tou­te no­tre his­toi­re hu­mai­ne, mal­heu­reu­se­ment, éta­le le contrai­re. Le ré­cit de la chu­te d'Adam et Eve, au deuxiè­me cha­pi­tre de la Ge­nè­se, nous le dit à sa ma­niè­re : il mon­tre bien que le dia­lo­gue est rom­pu ; l'homme et la fem­me se sont mé­fiés de Dieu, ont soup­çon­né Dieu d'être mal in­ten­tion­né à leur égard ; c'est le contrai­re mê­me du dia­lo­gue d'amour ! Nous le sa­vons bien : quand le soup­çon tra­ver­se nos re­la­tions, le dia­lo­gue est em­poi­son­né. Et, dans no­tre vie per­son­nel­le, tou­te l'histoire de no­tre re­la­tion à Dieu pour­rait être re­pré­sen­tée com­me cela : nous sommes tan­tôt tour­nés vers lui, tan­tôt dé­tour­nés et il nous faut alors fai­re de­mi-tour pour qu'il puis­se re­nouer le dia­lo­gue... « De­mi-tour », c'est exac­te­ment le sens du mot « conver­sion » dans la Bi­ble.

Le Christ, lui, vit en per­fec­tion ce dia­lo­gue sans om­bre avec le Pè­re : il vient pren­dre la tê­te de l'humanité ; j'ai en­vie de di­re : il est le « OUI » de l'humanité au Pè­re. Il vient vi­vre ce « OUI » au quo­ti­dien ; et alors, par lui, nous som­mes ré­in­tro­duits dans le dia­lo­gue pri­mor­dial : « Tous ceux qui l'ont re­çu, ceux qui croient en son nom, il leur a don­né de pou­voir de­ve­nir en­fants de Dieu. » C'est-à-di­re de re­tro­u­ver cet­te re­la­tion fi­lia­le, confian­te, sans om­bre. Et son seul but, c'est que l'humanité tout en­tiè­re puis­se ren­tre dans ce dia­lo­gue d'amour ; « ceux qui croient en son nom », ce sont ceux qui lui font confiance, qui marchent à sa suite. « Afin que le mon­de croie » : c'est le sou­hait ardent de Jé­sus : « Que tous soient Un comme toi, Père, tu es en moi, et que je suis en toi, qu’ils soient en nous, eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21). Je re­prends une phra­se de Kier­ke­gaard :  « Le contrai­re du pé­ché, ce n'est pas la ver­tu, le contrai­re du pé­ché, c'est la foi ».

« Croi­re », c'est fai­re confian­ce au Pè­re, sa­voir en tou­tes cir­con­stan­ces, quoi qu'il nous ar­ri­ve, que Dieu est bien­veillant, ne ja­mais soup­çon­ner Dieu, ne jamais dou­ter de l'amour de Dieu pour nous et pour le mon­de... et du coup, bien sûr, re­gar­der le mon­de avec ses yeux. 

Re­gar­der le mon­de avec les yeux de Dieu : « Le Ver­be s'est fait chair », ce­la veut di­re que Dieu est par­mi nous ; qu'il n'y a pas be­soin de s'évader du mon­de pour ren­con­trer Dieu. C'est dans la  « chair » mê­me, dans la ré­a­li­té du mon­de que nous li­sons sa Pré­sen­ce. Com­me Jean-Bap­tis­te, à no­tre tour, nous som­mes en­voyés com­me té­moins de cet­te Pré­sen­ce.

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 00:00

PREMIÈRE  LECTURE -  Isaïe 9, 1-6

 

9, 1       Le peuple qui marchait dans les ténèbres
             a vu se lever une grande lumière ;
             sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre
             une lumière a resplendi.
    2       Tu as prodigué l'allégresse,
             tu as fait grandir la joie :
             ils se réjouissent devant toi
             comme on se réjouit
             en faisant la moisson,
             comme on exulte
             en partageant les dépouilles des vaincus.
    3       Car le joug qui pesait sur eux,
             le bâton qui meurtrissait leurs épaules,
             le fouet du chef de corvée,
             tu les as brisés
             comme au jour de la victoire sur Madiane.
    4       Toutes les chaussures des soldats
             qui piétinaient bruyamment le sol,
             tous les manteaux couverts de sang,
             les voilà brulés :
             le feu les a dévorés.
    5       Oui ! Un enfant nous est né,
             un fils nous a été donné ;
             l’insigne du pouvoir est sur son épaule ;
             on proclame son nom :
             « Merveilleux-conseiller, Dieu-fort,
             Père-à-jamais, Prince-de la paix. »
    6       Ainsi le pouvoir s’étendra,
             la paix sera sans fin
             pour David et pour son royaume.
             Il sera solidement établi
             sur le droit et la justice
             dès maintenant et pour toujours.
             Voilà ce que fait
             l’amour invincible du SEI­GNEUR de l’univers.

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         Les spécialistes ne savent pas très bien dater ce texte : a-t-il été écrit à l’époque même des événements dont il parle ? Ou beaucoup plus tard ? En revanche, on sait très bien deux choses : 1) à quelle situation politique ce texte fait référence (même si, peut-être, il a été écrit longtemps après)... 2) le sens même de cette parole prophétique, c’est-à-dire « qui vient de Dieu » : il s’agit de raviver l’espérance du peuple.

         À l’époque dont il est question, le royaume d’Israël est divisé en deux : vous vous souvenez que David puis Salomon ont été rois de tout le peuple d’Israël ; mais, dès la mort de Salomon, en 933 av.J.C., l’unité a été rompue, (on parle du schisme d’Israël);  et il y a eu deux royaumes bien distincts et même parfois en guerre l’un contre l’autre : au Nord, il s’appelle Israël, c’est lui qui porte le nom du peuple élu ; sa capitale est Samarie ; au Sud, il s’appelle Juda, et sa capitale est Jérusalem. C’est lui qui est véritablement le royaume légitime : car c’est la descendance de David sur le trône de Jérusalem qui est porteuse des promesses de Dieu.

         Isaïe prêche dans le royaume du Sud, mais, curieusement, tous les lieux qui sont cités ici appartiennent au royaume du Nord : « Le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali... il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain et la Galilée... comme au jour de la victoire sur Madiane » : Zabulon, Nephtali, la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, la Galilée, Madiane, ce sont six noms de lieux qui sont au Nord ; Zabulon et Nephtali : ce sont deux des douze tribus d’Israël ; et leur territoire correspond à la Galilée, à l’Ouest du lac de Tibériade ; on est bien au Nord de la Palestine. La route de la mer, comme son nom l’indique, c’est la plaine côtière à l’Ouest de la Galilée ; enfin, ce qu’Isaïe appelle le pays au-delà du Jourdain, c’est la Transjordanie.

         Ces précisions géographiques permettent d’émettre des hypothèses sur les événements historiques auxquels Isaïe fait allusion ; car ces trois régions, la Galilée, la Transjordanie et la plaine côtière, ont eu un sort particulier pendant une toute petite tranche d’histoire, entre 732 et 721 av. J.-C. On sait qu’à cette époque-là la puissance montante dans la région est l’empire assyrien dont la capitale est Ninive. Or ces trois régions-là ont été les premières annexées par le roi d’Assyrie, Tiglath-Pilézer III, en 732. Puis, en 721, c’est la totalité du royaume de Samarie qui a été annexée (y compris la ville même de Samarie), avant que l’empereur de Babylone ne prenne à son tour le contrôle de la région. 

         C’est donc très certainement à cette tranche d’histoire qu’Isaïe fait référence. Certains pensent même que l’expression  « Le peuple qui marchait dans les ténèbres » est une allusion aux colonnes des déportés : humiliés, souvent les yeux crevés par le vainqueur, ils étaient physiquement et moralement dans les ténèbres !

         C’est à ces trois régions précisément qu’Isaïe promet un renversement radical de situation : « Dans un premier temps, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée, carrefour des païens ».

         Il reste qu’Isaïe prêche à Jérusalem ; et on peut évidemment se demander en quoi ce genre de promesses au sujet du royaume du Nord peut intéresser le royaume du Sud.

         On peut répondre que le royaume du Sud n’est pas indifférent à ce qui se passe au Nord, au moins pour deux raisons : d’abord, étant donné leur proximité géographique, les menaces qui pèsent sur l’un, pèseront tôt ou tard sur l’autre : quand l’empire assyrien prend possession du Nord, le Sud a tout à craindre. D’autre part, le royaume du Sud interprète le schisme comme un déchirure dans une robe qui aurait dû rester sans couture : il espère toujours une réunification, sous sa houlette, bien sûr.

         Or, justement, ces promesses de relèvement du royaume du Nord résonnent à ce niveau : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur les habitants du pays de l’ombre une lumière a resplendi », voilà deux phrases qui faisaient partie du rituel du sacre de chaque nouveau roi. Traditionnellement, l’avènement d’un nouveau roi est comparé à un lever de soleil, car on compte bien qu’il rétablira la grandeur de la dynastie.

         C’est donc d’un sacre royal qu’il est question. Et ce nouveau roi assurera à la fois la sécurité du royaume du Sud et la réunification des deux royaumes.

         Et effectivement, un peu plus bas, Isaïe l’exprime en toutes lettres : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné... et il conclut « il sera le prince de la paix » ; le sens de la prophétie est clair : ce qui est sûr, aux yeux d’Isaïe, c’est que Dieu ne laissera pas indéfiniment son peuple en esclavage. Pourquoi cette assurance qui défie toutes les évidences de la réalité ? Simplement parce que Dieu ne peut pas se renier lui-même, comme dira plus tard Saint Paul : Dieu veut libérer son peuple contre toutes les servitudes de toute sorte. Cela, c’est la certitude de la foi.

         Cette certitude s’appuie sur la mémoire : Moïse y avait insisté souvent : « Garde-toi d’oublier ce que le SEI­GNEUR a fait pour toi » : parce que si nous perdons cette mémoire-là, nous sommes perdus ; rappelez-vous encore le même Isaïe disant au roi Achaz : « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas » ; à chaque époque d’épreuve, de ténèbres, la certitude du prophète que Dieu ne manquera pas à ses promesses lui dicte une prophétie de victoire.

         Une victoire qui sera « Comme au jour de la victoire sur Madiane » : une fameuse victoire de Gédéon sur les Madianites était restée célèbre : en pleine nuit, une poignée d’hommes, armés seulement de lumières, de trompettes et surtout de leur foi en Dieu avait mis en déroute le camp des Madianites.

         Le message d’Isaïe, c’est : « Ne crains pas. Dieu n’abandonnera jamais la dynastie de David ». On pourrait traduire pour aujourd’hui :  ne crains pas, petit troupeau : c’est la nuit qu’il faut croire à la lumière. Quelles que soient les ténèbres qui recouvrent le monde et la vie des hommes, et aussi la vie de nos communautés, réveillons notre espérance : Dieu n’abandonne pas son projet d’amour sur l’humanité. 

PSAUME  95 (96)

 

1      Chantez au SEI­GNEUR un chant nouveau,
        chantez au SEI­GNEUR, terre entière,
2      chantez au SEI­GNEUR et bénissez son nom !

        De jour en jour proclamez son salut,
3      racontez à tous les peuples sa gloire,      
        à toutes les nations, ses merveilles !

4      Il est grand, le SEI­GNEUR, hautement loué,        
        redoutable au-dessus de tous les dieux :
5      néant tous les dieux des nations !

        Lui, le SEI­GNEUR, a fait les cieux :
6      devant lui, splendeur et majesté,
        dans son sanctuaire, puissance et beauté.

7      Rendez au SEI­GNEUR, familles des peuples,      
        rendez au SEI­GNEUR la gloire et la puissance,
8      rendez au SEI­GNEUR la gloire de son nom.

        Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis,
9      adorez le SEI­GNEUR, éblouissant de sainteté :    
        tremblez devant lui, terre entière.

10    Allez dire aux nations : « Le SEI­GNEUR est roi ! »         
        le monde, inébranlable, tient bon.          
        Il gouverne les peuples avec droiture.

11    Joie au ciel ! Exulte la terre !      
        Les masses de la mer mugissent,
12    la campagne tout entière est en fête.

        Les arbres des forêts dansent de joie
13    devant la face du SEI­GNEUR, car il vient,           
        car il vient pour juger la terre.

        Il jugera le monde avec justice,  
        et les peuples selon sa vérité !

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         C’est trop dommage de ne lire que quelques versets de ce merveilleux psaume 95/96 ; nous l’avons donc transcrit  en entier. Une espèce de frémissement, d’exaltation court sous tous ces versets. Pourquoi est-on tout vibrants ? Alors que, pourtant, on chante ce psaume dans le Temple de Jérusalem dans une période qui n’a rien d’exaltant ! Mais c’est la foi qui fait vibrer ce peuple, ou plutôt c’est l’espérance... qui est la joie de la foi... l’espérance qui permet d’affirmer avec certitude ce qu’on ne possède pas encore.

         Car on est  en pleine anticipation : le psaume nous transporte déjà à la fin du monde, en ce jour béni où tous les peuples sans exception reconnaîtront Dieu comme le seul Dieu. Le jour, où enfin l’humanité tout entière aura mis sa confiance en lui seul. Imaginons un peu cette scène que nous décrit le psaume : nous sommes à  Jérusalem... et plus précisément dans le Temple ; tous les peuples, toutes les nations, toutes les races se pressent aux abords du Temple, l’esplanade grouille de monde, les marches du parvis du Temple sont noires de monde, la ville de Jérusalem n’y suffit pas... aussi loin que porte le regard, les foules affluent... il en vient de partout, il en vient du bout du monde. Et toute cette foule immense chante à pleine gorge, c’est une symphonie ; que chantent-ils ? « Dieu règne ! » C’ est une clameur immense, superbe, gigantesque... Une clameur qui ressemble à l’ovation qu’on faisait à chaque nouveau roi le jour de son sacre, mais cette fois, ce n’est pas le peuple d’Israël qui acclame un roi de la terre, c’est l’humanité tout entière qui acclame le roi du monde : « Il est grand, le SEI­GNEUR, hautement loué, redoutable » (toutes ces expressions sont empruntées au vocabulaire de cour »).

         En fait, c’est beaucoup plus encore que l’humanité : la terre elle-même en tremble. Et voilà que les mers aussi entrent dans la symphonie : on dirait qu’elles mugissent. Et les campagnes entrent dans la fête, les arbres dansent. A-t-on déjà vu des arbres danser ? Et bien oui, ce jour-là ils dansent! Bien sûr, si on y réfléchit, c’est normal ! Les mers sont moins bêtes que les hommes ! Elles, elles savent qui les a faites, qui est leur créateur ! Elles mugissent pour Lui, elles l’acclament à leur manière. Les arbres des forêts, eux aussi, sont moins bêtes que les hommes : ils  savent reconnaître leur créateur : parmi des tas d’idoles, de faux dieux, pas d’erreur possible, les arbres ne s’y laissent pas prendre.

         Les hommes, eux, se sont laissé berner longtemps... Il suffit de se rappeler le combat des prophètes contre l’idolâtrie au long des siècles ! On entend ici cette même pointe contre l’idolâtrie « néant les dieux des nations ». Il est incroyable que les hommes aient mis si longtemps à reconnaître leur Céateur, leur Père... qu’il ait fallu leur redire cent fois cette évidence que le Seigneur est « redoutable au-dessus de tous les dieux » ; que « c’est LUI, le Seigneur, (sous-entendu « et personne d’autre ») qui a fait les cieux ».

         Mais cette fois c’est arrivé ! Et on vient à Jérusalem pour acclamer Dieu parce qu’enfin on a entendu la bonne nouvelle ; et si on a pu l’entendre c’est parce qu’elle était clamée à nos oreilles depuis des siècles ! Oui, « de jour en jour, Israël avait proclamé son salut »... de jour en jour Israël avait raconté l’œuvre de Dieu, ses merveilles, traduisez son œuvre incessante de libération... de jour en jour Israël avait témoigné que Dieu l’avait libéré de l’Égypte d’abord, puis de toutes les sortes d’esclavage : et le plus terrible des esclavages, c’est de se tromper de Dieu, c’est de mettre sa confiance dans de fausses valeurs, des faux dieux qui ne peuvent que décevoir, des idoles...

         Israël a cette chance immense, cet honneur inouï, ce bonheur de savoir et d’être chargé de dire que le SEI­GNEUR notre Dieu, l’Éternel  est le seul Dieu, est le Dieu UN ; comme le dit la profession de foi juive, le « shema Israël » : « Écoute Israël, le SEI­GNEUR ton Dieu est le SEI­GNEUR UN ». C’est le mystère de la vocation d’Israël dont on n’a pas fini de s’émerveiller ; comme le dit le livre du Deutéronome : « A toi, il t’a été donné de voir, pour que tu saches que c’est le SEI­GNEUR qui est Dieu : il n’y en a pas d’autre que lui. » Mais le peuple choisi n’a jamais oublié que s’il lui a été donné de voir, c’est pour qu’il le fasse savoir.

         Et alors, enfin, la bonne nouvelle a été entendue jusqu’aux extrémités de la terre... et tous se pressent pour entrer dans la Maison de leur Père. Nous sommes là en pleine anticipation ! En attendant que ce rêve se réalise, le peuple d’Israël fait retentir ce psaume pour renouveler sa foi et son espérance, pour puiser la force de faire entendre la bonne nouvelle dont il est chargé.

DEUXIÈME  LECTURE - Lettre de Paul à Tite  2, 11-14  (3, 4-7 pour la Messe de l'Aurore de Noël)

 

2, 11 La grâce de Dieu s'est manifestée    
         pour le salut de tous les hommes.
12     C'est elle qui nous apprend à rejeter le péché           
         et les passions d'ici-bas,        
         pour vivre dans le monde présent     
         en hommes raisonnables, justes et religieux,
13     et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir           
         quand se manifestera
         la gloire de Jésus-Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.
14     Car il s'est donné pour nous  
         afin de nous racheter de toutes nos fautes,  
         et de nous purifier      pour faire de nous son peuple,          
         un peuple ardent à faire le bien.
3, 4   Dieu, notre Sauveur,
         a manifesté sa bonté et sa tendresse pour tous les hommes ;
5     il nous a sauvés. Il l'a fait dans sa miséricorde, et non pas à cause d'actes méritoires que nous aurions accomplis par  nous-mêmes.  Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l'Esprit Saint.
6       Cet Esprit, Dieu l'a répandu sur nous avec abondance, par Jésus-Christ notre Sauveur ;
7       ainsi, par sa grâce, nous sommes devenus des justes, et nous possédons dans l'espérance l'héritage de la vie éternelle.

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         Les Crétois avaient très mauvaise réputation au temps de Paul ; c’est un poète local, Épiménide de Cnossos, au sixième siècle av.J.C. qui les traitait de « Crétois, perpétuels menteurs, bêtes méchantes, panses malfaisantes ». Et Paul, en le citant, le confirme en disant : « Ce témoignage est vrai » ! C’est pourtant de ces Crétois pleins de défauts que Paul a essayé de faire des Chrétiens. Apparemment, il a eu fort à faire. C’est au cours de son transfert à Rome que Paul a abordé en Crète et entrepris, là comme ailleurs, son œuvre d’évangélisation. Puis il a laissé à Tite, resté sur place, la mission d’organiser la communauté chrétienne toute neuve.1

         Cette lettre à Tite contient donc les conseils du fondateur de la communauté à celui qui en est désormais le responsable. Vous savez que, pour des raisons de style, de vocabulaire et même de vraisemblance chronologique, beaucoup de ceux qui connaissent bien les épîtres pauliniennes pensent que cette lettre à Tite (comme les deux lettres à Timothée, d’ailleurs) aurait été écrite seulement à la fin du premier siècle, c’est-à-dire trente ans environ après la mort de Paul, mais dans la fidélité à sa pensée et pour appuyer son œuvre.

         Dans l’incapacité de trancher, nous continuerons à parler de Paul comme s’il était l’auteur, puisque c’est le contenu de la lettre qui nous intéresse. Quelle que soit l’époque à laquelle cette lettre a été rédigée, il faut croire que les difficultés des Crétois persistaient ! A propos de contenu, cette lettre à Tite est particulièrement courte, trois pages seulement et nous lisons ici la fin du chapitre 2 (le début du chapitre 3 est en outre proposé à Noël pour la Messe de l’Aurore et l’ensemble de ces deux textes pour la Fête du Baptême du Seigneur, année C). Tout ce qui précède et ce qui suit cet ensemble consiste en recommandations extrêmement concrètes à l’intention des membres de la communauté, vieux et jeunes, hommes et femmes, maîtres et esclaves. Les responsables ne sont pas oubliés et si Paul insiste sur l’irréprochabilité qu’on doit exiger d’eux, il faut croire que cela n’allait pas de soi ! « Il faut que l’épiscope soit irréprochable en sa qualité d’intendant de Dieu : ni arrogant, ni buveur, ni batailleur, ni avide de gains honteux. Il doit être hospitalier, ami du bien, pondéré, juste, saint, maître de soi, fermement attaché à la Parole... » Une telle avalanche de conseils donne une idée des progrès qui restaient à faire : en général un bon pédagogue ne se hasarde pas à donner des conseils superflus...

         Ce qui est très intéressant pour nous, c’est l’articulation entre tous ces conseils d’ordre moral et le passage qui nous intéresse aujourd’hui et qui est au contraire un exposé théologique sur le mystère de la foi ; mais justement, pour Paul, l’un découle de l’autre ; c’est notre Baptême qui fait de nous des hommes nouveaux. Paul vient de donner toute sa série de conseils et il les justifie par la seule raison que « la grâce de Dieu s’est manifestée », comme il dit. D’ailleurs, pour qui a la curiosité d’aller vérifier dans sa Bible, on s’aperçoit que la lecture du Missel omet un mot très important. Dans la Bible, notre texte commence en réalité par le mot « CAR ». Ce qui donne : (Comportez-vous bien) « Car la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. »

         Cela veut dire que la morale chrétienne s’enracine dans l’événement qui est la charnière de l’histoire du monde : la naissance du Christ. Quand Paul dit « la grâce de Dieu s’est manifestée », il faut traduire « Dieu s’est fait homme ». Et désormais, c’est notre manière d’être hommes qui est transformée : « Par le bain du Baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. » (3, 5). Désormais la face du monde est changée, et donc aussi notre comportement. Encore faut-il nous prêter à cette transformation. Et le monde attend de nous ce témoignage. Il ne s’agit pas de mérites à acquérir (« Il l’a fait dans sa miséricorde, et non pas à cause d’actes méritoires que nous aurions accomplis par nous-mêmes. »), mais de témoignage à porter. Le mystère de l’Incarnation va jusque-là. Dieu veut le salut de toute l’humanité, pas seulement le nôtre ! « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. » Mais il attend notre collaboration pour cela.

         C’est donc la transformation de l’humanité tout entière qui est au programme, si l’on peut dire ; car le projet de Dieu, prévu de toute éternité, c’est de nous réunir tous autour de Jésus-Christ. Tellement serrés autour de lui que nous ne ferons qu’un avec lui. Réunir, c’est-à-dire surmonter nos divisions, nos rivalités, nos haines, pour faire de nous un seul homme ! Il y a encore du chemin à faire, c’est vrai ; tellement de chemin que les incroyants disent que « c’est une utopie » ; mais les croyants affirment « puisque c’est une promesse de Dieu, c’est une certitude ! » Paul dit bien : « Nous attendons le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus-Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur. » « Nous attendons », cela veut dire « c’est certain, tôt ou tard, cela viendra. »

         Au passage, nous reconnaissons là une phrase que le prêtre prononce à chaque Eucharistie, après le Notre Père : « Nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ». Comme bien souvent, ce ET signifie « c’est-à-dire ». Il faut entendre « Nous espérons le bonheur que tu promets QUI EST l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ». Ce n’est pas une manière de nous voiler la face sur les lenteurs de cette transformation du monde, c’est un acte de foi : nous osons affirmer que l’amour du Christ aura le dernier mot.

         Cette certitude, cette attente sont le moteur de toute liturgie : au cours de la célébration, les Chrétiens ne sont pas des gens tournés vers le passé mais déjà un seul homme debout tourné vers l’avenir. Quand viendra la fin du monde, le journaliste de service écrira : « Et ils se levèrent comme un seul homme. Et cet homme avait pour nom Jésus-Christ ».

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Note

1 - A propos de la naissance d’une communauté chrétienne en Crète, certains exégètes formulent une autre hypothèse : d’après les Actes des Apôtres, le bateau qui transportait Paul prisonnier en attente d’un jugement à Rome a fait escale dans un endroit appelé « Beaux Ports » au sud de l’île. Mais Luc ne parle pas de la naissance d’une communauté à cette occasion, et Tite ne faisait pas partie du voyage. On sait qu’après de nombreuses péripéties, ce voyage s’est terminé comme prévu à Rome où Paul a été emprisonné pendant deux ans dans des conditions très libérales : on pourrait parler plutôt de « résidence surveillée ». On suppose que cette captivité romaine s’est soldée par une remise en liberté. Paul aurait alors entrepris un quatrième voyage missionnaire, et c’est au cours de ce dernier voyage qu’il aurait évangélisé la Crète.

ÉVANGILE : Luc 2, 1 - 14

 

1           En ces jours-là,     
             parut un édit de l'empereur Auguste,      
             ordonnant de recenser toute la terre.
2           - Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie.-
3           Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d'origine.
4           Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée,  
             pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem,    
             car il était de la maison et de la descendance de David.
5           Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse,           
             qui était enceinte.
6           Or, pendant qu'ils étaient là,        
             arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
7           Elle mit au monde son fils premier-né ;   
             elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire,        
             car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
8           Dans les environs se trouvaient des bergers        
             qui passaient la nuit dans les champs       
             pour garder leurs troupeaux.
9           L'Ange du Seigneur s'approcha,  
             et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière.      
             Ils furent saisis d'une grande crainte,
10         mais l'ange leur dit :         
             « Ne craignez pas,
             car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle,          
             une grande joie pour tout le peuple :
11         Aujourd'hui vous est né un Sauveur,       
             dans la ville de David.     
             Il est le Messie, le Seigneur.
12         Et voilà le signe qui vous est donné :      
             vous trouverez un nouveau-né     
             emmailloté et couché dans une mangeoire. »
13         Et soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable,
             qui louait Dieu en disant :
14         « Gloire à Dieu au plus haut des cieux,   
             et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. »

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         Lorsque le prophète Isaïe annonçait des temps meilleurs au roi Achaz, grâce à la naissance d’un futur roi, il lui disait « Voilà ce que fait l’amour invincible du SEI­GNEUR de l’univers. » (Is 9, 6). Cette phrase résonne en filigrane de tout l’évangile de Luc sur la naissance de Jésus.

         Car la nuit de Bethléem résonne d’une merveilleuse annonce : « Paix aux hommes que Dieu aime. » Encore faut-il ne pas l’entendre de travers : le texte ne signifie pas qu’il y a ceux que Dieu aime et les autres ! Il faut évidemment traduire : « Paix aux hommes parce que Dieu les aime. » Tout le projet de Dieu est dit là, une fois de plus. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique » (Jn 3, 16). Alors, bien sûr, nous n’avons rien à craindre : « Ne craignez pas », disent les anges aux bergers : que peut-on craindre d’un tout petit ? Et si Dieu, tout simplement, avait imaginé de naître sous les traits d’un nourrisson pour que nous quittions à tout jamais nos craintes spontanées à son égard ?

         Comme Isaïe, l’Ange annonce la naissance d’un roi : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. » Autrement dit, celui que tout le peuple attendait depuis des siècles, est enfin né. Car tout le monde avait en tête la prophétie de Nathan au roi David (2 S 7, voir au quatrième dimanche de l’Avent de l’Année A) : « Le SEI­GNEUR te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison. Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté. » (2 S 7, 11). D’où l’importance des précisions données par Luc sur les origines du père de l’enfant : « Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. » On savait aussi, à cause de la prophétie de Michée, que le Messie naîtrait à Bethléem : « Et toi, Bethléem Ephrata, trop petite pour compter parmi les clans de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël... Il se tiendra debout et fera paître son troupeau, par la puissance du Seigneur, par la majesté du Nom du SEI­GNEUR son Dieu... Lui-même il sera la paix. » (Mi 5, 1... 4).

         C’est donc bien une « bonne, une grande nouvelle » qu’annoncent les Anges aux bergers, et l’on comprend que les armées célestes chantent la gloire de Dieu. Mais le plus surprenant, ici, est le contraste entre la grandeur du destin promis au Messie et la petitesse de cet enfant né dans les circonstances les plus modestes. Pour l’instant, « la force divine du bras de Dieu » qui libère son peuple, dont parle Isaïe, repose dans deux petites mains d’enfant dans une famille pauvre, parmi tant d’autres ! Et c’est bien cela le plus étrange, peut-être : il n’y a rien de remarquable dans la pauvreté tout-à-fait ordinaire de la crèche ; mais justement, le signe de Dieu est là : c’est dans la banalité quotidienne, voire la pauvreté, que nous le rencontrons. C’est justement cela le mystère de l’Incarnation.

         Celui que la lettre aux Hébreux appelle  « l’héritier de toutes choses » naît parmi les pauvres ; celui que Saint Jean appelle « la lumière du monde » est né dans la pénombre d’une étable ; et celui qui est la Parole de Dieu créant le monde a dû être mis au monde comme toute créature et devra, comme tout un chacun, apprendre à parler. Pas étonnant que « les siens ne l’aient pas reconnu » ! Pas étonnant non plus que ce soient les pauvres et les petits qui aient le plus volontiers accueilli son message. Le « Miséricordieux », celui qui est attiré par toute pauvreté a tant pitié de la nôtre qu’en nous invitant à nous pencher sur ce berceau, il nous indique le meilleur moyen de lui ressembler. Ainsi nous est donné le pouvoir de « devenir enfants de Dieu ».

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Compléments

- « Premier-né » : en langage biblique, cela ne signifie pas qu’il y a eu d’autres enfants après, cela signifie qu’il n’y en a pas eu avant. C’est un terme juridique : le premier-né devait être consacré à Dieu.

- « Bethléem » signifie littéralement « maison du pain » ; le pain de vie est donné au monde.

- Les titres donnés à Jésus : l’empereur se faisait révérer comme Dieu et Sauveur ; en réalité, le seul qui puisse porter ces titres en vérité est le nouveau-né de Bethléem.

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Published by Il était une Foi
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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 00:00

Marie-Noëlle Thabut lit et commente l'intégralité des lectures du 4e dimanche de l´Avent, année A.
En marche vers dimanche du 16/12/2016.

PREMIÈRE LECTURE – Livre du prophète Isaïe  7, 10 - 16

 

              En ces jours-là,
10          le SEIGNEUR parla ainsi au roi Acaz :
11          « Demande pour toi un signe de la part du SEIGNEUR ton Dieu,
              au fond du séjour des morts
              ou sur les sommets, là-haut. »
12          Acaz répondit :
              « Non, je n’en demanderai pas,
              je ne mettrai pas le SEIGNEUR à l’épreuve. »
13          Isaïe dit alors :
              « Écoutez, maison de David !
              Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes :
              il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu !
14          C’est pourquoi le Seigneur lui-même
              vous donnera un signe :
              Voici que la vierge est enceinte,
              elle enfantera un fils,
              qu’elle appellera Emmanuel
              (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous).
15          De crème et de miel il se nourrira,
              jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien.
16          Avant que cet enfant sache rejeter le mal
              et choisir le bien,
              la terre dont les deux rois te font trembler
              sera laissée à l’abandon. »

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Sans le savoir, nous venons d’assister à l’une des pages les plus dramatiques de l’histoire du peuple d’Israël ; nous sommes vers 735 avant J.-C. : l’ancien royaume de David est divisé en deux petits royaumes, depuis environ deux cents ans ; deux rois, deux capitales : Samarie au Nord, Jérusalem au Sud ; c’est là, à Jérusalem, que règne la dynastie de David, celle dont naîtra le Messie ; pour l’instant, il est clair que le Messie n’est pas encore né ! Un jeune roi de 20 ans, Achaz, vient de monter sur le trône de Jérusalem, et dès le dernier son des  trompettes du couronnement, il doit prendre des décisions très difficiles.

La Bible n’est pas un livre d’histoire, nous le savons bien ; et si les paroles du  prophète Isaïe nous ont été conservées et transmises, c’est parce que la question qui se pose à Achaz est d’abord une question de foi. Pour prendre des décisions valables, il doit s’appuyer sur sa foi, c’est-à-dire ne compter que sur Dieu seul : Dieu a promis que la dynastie de David ne s’éteindrait pas ; il a promis, il tiendra ses promesses. Il n’abandonnera pas son peuple. C’est la conviction d’Isaïe.

Mais il est vrai que pour le jeune roi la responsabilité est très lourde ; la situation politique est inquiétante, le petit royaume de Jérusalem est pris en étau entre deux camps rivaux : le premier camp, c’est la puissance montante au Proche-Orient, l’empire Assyrien, dont la capitale est Ninive (actuellement, les ruines de Ninive sont tout près de Mossoul) ; il menace toute la région, et ses campagnes l’ont déjà mené jusqu’à Damas, en  Syrie, et en Samarie ; en 738, le roi de Damas et le roi de Samarie, vaincus, ont été obligés de capituler et de payer tribut.

L’autre camp, ce sont précisément ces deux petits royaumes de Syrie et de Samarie qui se révoltent contre Ninive et font le siège de Jérusalem pour détrôner Achaz et le remplacer par un autre roi qui acceptera d’être leur allié dans la guerre d’indépendance contre Ninive.

Achaz est pris de panique ; les versets précédents racontent que « son cœur et le cœur de son peuple furent agités comme les arbres de la forêt sont agités par le vent » (Is 7, 2). Isaïe commence par l’inviter au calme et à la confiance ; il lui dit quelque chose comme « fais confiance à Dieu, ta dynastie ne peut pas s’éteindre, puisqu’il l’a promis » ; et donc le conseil d’Isaïe c’est « affronte tranquillement les menaces qui se présentent, mise sur ta foi et sur les ressources de ton peuple ». Et il ajoute : « la foi est votre survie ; si vous ne croyez pas, toi et ton peuple, vous ne subsisterez pas. »

Mais Achaz n’écoute plus ; lui, le dépositaire de la foi au Dieu unique, offre des sacrifices à toutes les idoles et il va même jusqu’à faire la chose la plus atroce, malheureusement courante à cette époque dans les autres peuples, mais que tous les prophètes ont toujours interdite : il a tué son fils unique pour l’offrir en sacrifice ; le deuxième livre des Rois dit « il fit passer son fils par le feu » (2 R 16, 3).

Finalement Achaz ne voit qu’une issue : pour éviter la menace immédiate de ses deux voisins, les rois de Damas et de Samarie, il est décidé à demander l’appui  de l’empereur assyrien ; Isaïe est très opposé à cette solution, car tout se paie ! Achaz, en demandant cet appui, perd son indépendance politique et religieuse : c’est balayer d’un coup toute l’œuvre de libération entreprise depuis Moïse.

Et c’est là qu’Isaïe prononce les paroles que nous avons entendues aujourd’hui : comme on le voit, avant d’être adressées à nos oreilles de chrétiens, avec une signification pour nous, elles ont d’abord été prononcées dans une situation particulière très concrète. Il dit à Achaz « puisque tu as du mal à croire, demande à Dieu un signe ; tu peux le demander sur les hauteurs ou dans les vallées... Dieu règne partout ».

Achaz lui fait une réponse abominablement hypocrite : lui qui a déjà pris sa décision, tout-à-fait contraire aux conseils du prophète, et pire, lui qui, dans sa panique, a sacrifié son fils unique, sur qui reposait la promesse de Dieu, il dit : « Oh non ! Loin de moi l’idée d’oser exiger quelque chose de Dieu ! » C’est là qu’Isaïe, qui n’est pas dupe, lui dit « il ne vous suffit pas de fatiguer les hommes, il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu » et intentionnellement, il dit « mon Dieu » car il estime qu’Achaz se conduit comme s’il n’était plus dans l’Alliance.

Mais même devant ces infidélités répétées d’Achaz, Isaïe annonce que Dieu, lui, reste fidèle ; et Dieu va en donner la preuve : la « jeune femme »1 (c’est-à-dire la jeune reine) est enceinte ; et l’enfant qu’elle va donner au roi s’appellera justement « Dieu est avec nous ». Car ni les ennemis qui veulent détrôner Achaz, ni lui-même qui immole son fils n’empêcheront la fidélité promise par Dieu à la descendance de David et à son peuple.

Enfin les promesses concernent cet enfant-roi : « Il saura rejeter le mal et choisir le bien... » (ce qui veut dire : il recevra à son tour l’esprit du Seigneur pour être capable de rejeter le mal et de choisir le bien). Et la dernière promesse, c’est « Avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, (c’est-à-dire avant même que cet enfant ait grandi), elle sera abandonnée la terre dont les deux rois te font trembler ». Traduisez : quant à la menace des deux rois de Damas et de Samarie, elle sera vite oubliée puisque d’ici peu on ne parlera même plus d’eux. Effectivement, très peu de temps après les paroles d’Isaïe, les deux royaumes de Syrie et de Samarie ont été complètement écrasés par l’empire assyrien, leurs richesses emmenées à Ninive et leurs populations déplacées.

Il reste que les hommes et les rois demeurent libres ; et le jeune roi annoncé ici, le petit Ézéchias, commettra des erreurs à son tour ; mais la prophétie d’Isaïe restera toujours valable : quelles que soient les infidélités des hommes, rien n’empêchera la fidélité promise par Dieu à la descendance de David et à son peuple. C’est ainsi que, de siècle en siècle, on gardera au cœur les promesses de Dieu, avec la certitude qu’un jour, peut-être lointain, viendra enfin un roi digne de porter le nom d’Emmanuel.

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Note

1 – « Voici que la jeune femme est enceinte » : le texte hébreu du livre d’Isaïe emploie ici un mot qui ne signifie pas « la jeune fille vierge », mais une jeune femme mariée.

Complément

Premier étonnement : en quoi une naissance d’un bébé au palais royal mérite-t-elle une annonce aussi solennelle ? En réalité cette annonce dit plus qu’un heureux événement : plus que d’un berceau, elle parle de pardon. Car, en sacrifiant son fils, le dauphin, à une divinité païenne, le dieu Moloch, sous prétexte que l’ennemi était aux portes de la ville sainte, le jeune roi Achaz vient de commettre l’irréparable. C’est évidemment un grave manque de confiance en Dieu, mais c’est aussi un sabotage caractérisé de l’avenir de la dynastie. Car Dieu avait promis à David une royauté perpétuelle sur le trône de Jérusalem. Après le crime du roi, que restait-il de cette promesse ? Mais c’est compter sans la fidélité de Dieu !

PSAUME 23 (24), 1-2. 3-4. 5-6

 

 1  Au SEIGNEUR, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !         
2  C'est lui qui l'a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.
3  Qui peut gravir la montagne du SEIGNEUR
et se tenir dans le lieu saint ?
4   L'homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.
5   Il obtient, du SEIGNEUR, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
6   Voici le peuple de ceux qui le cherchent
qui recherchent la face de Dieu !

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Comme dans presque tous les psaumes, nous sommes au Temple de Jérusalem : une  gigantesque procession s’avance : à l’arrivée aux portes du Temple, deux chorales alternées entament un chant dialogué : « Qui gravira la montagne du SEIGNEUR ? » (On sait que le temple est bâti sur la hauteur) ; « Qui pourra tenir sur le lieu de sa sainteté ? » Déjà Isaïe comparait le Dieu trois fois saint à un feu dévorant : au chapitre 33, il posait la même question : « Qui de nous tiendra devant ce feu dévorant ? Qui tiendra devant ces flammes éternelles ? » sous-entendu « par nous-mêmes, nous ne pourrions pas soutenir sa vue, le flamboiement de son rayonnement ». Cette question est en réalité le cri de triomphe du peuple élu : admis sans mérite de sa part dans la compagnie du Dieu saint ; telle est la grande découverte du peuple d’Israël : Dieu est le Saint, le tout-Autre ; « Saint, Saint Saint le SEIGNEUR Dieu de l’univers » chantaient les séraphins pendant l’extase d’Isaïe au jour de sa  vocation (Is 6, 3)... et en même temps ce Dieu tout-Autre se fait le tout-proche de l’homme et lui permet de « tenir »,  comme dit Isaïe, en sa compagnie.

Le chant continue : « l’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles » : voilà la réponse, voilà l’homme qui peut « tenir » devant Dieu. Il ne s’agit pas ici, d’abord, d’un comportement moral : puisque le peuple se sait admis devant Dieu, sans mérite de sa part ; il s’agit d’abord ici de l’adhésion de la foi au Dieu unique, c’est-à-dire du refus des idoles. La seule condition exigée du peuple élu pour pouvoir « tenir » devant Dieu c’est de rester fidèle au Dieu unique. C’est de « ne pas livrer son âme aux idoles », pour reprendre les termes de notre psaume. D’ailleurs, si on y regarde de plus près, la traduction littérale serait : « l’homme qui n’a pas élevé son âme vers des dieux vides » : or l’expression « lever son âme » signifie « invoquer » ; « lever les yeux vers quelqu’un » en langage biblique, cela veut dire le prier, le supplier, le reconnaître comme Dieu. L’homme qui peut tenir devant le Dieu d’Israël, c’est celui qui ne lève pas les yeux vers les idoles, comme le font les autres peuples.

« L’homme au cœur pur » cela veut dire la même chose : le mot « pur » dans la Bible a le même sens  qu’en chimie : on dit qu’un corps chimique est pur quand il est sans mélange ; le cœur pur, c’est celui qui se détourne résolument des idoles pour se tourner vers Dieu seul.

« L’homme aux mains innocentes », c’est encore dans le même sens ; les mains innocentes, ce sont celles qui n’ont pas offert de sacrifices aux idoles, ce sont celles aussi qui ne se sont pas levées pour la prière aux faux dieux.

Il faut entendre le parallélisme entre les deux lignes (on dit les deux « stiques ») de ce verset : « L’homme au cœur pur, aux mains innocentes... qui ne livre pas son âme aux idoles. » Le deuxième membre de phrase est synonyme du premier. « L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, c’est celui qui ne livre pas son âme aux idoles. »

Nous touchons là à la lutte incessante que les prophètes ont dû mener pour que le peuple élu abandonne définitivement toute pratique idolâtrique ; dans la première lecture, nous avions vu Isaïe aux prises avec le roi Achaz au huitième siècle ; mais ce ne sera pas fini ; pendant l’Exil à Babylone le peuple sera en contact avec une civilisation polythéiste ; ce psaume chanté au retour de l’Exil réaffirme encore avec force cette condition première de l’Alliance. Israël est le peuple qui, de toutes ses forces, « recherche la face de Dieu », comme dit le dernier verset. L’expression « rechercher la face » était employée pour les courtisans qui voulaient être admis en présence du roi : manière de nous rappeler que, pour Israël, le seul véritable roi, c’est Dieu lui-même.

Tandis que les idoles ne sont que des « dieux vides » comme on dit ; à commencer par le veau d’or sculpté dans le Sinaï pendant l’Exode, au moment où Moïse avait le dos tourné, si j’ose dire ; parce que Moïse tardait à redescendre de la montagne, où il avait rencontré Dieu, le peuple a fait le siège d’Aaron jusqu’à ce qu’il accepte de leur prendre tout leur or pour en faire le fameux veau. Les prophètes n’ont pas de mots trop sévères pour fustiger ceux qui fabriquent de toutes pièces une statue, pour ensuite s’agenouiller devant elle.

Le psaume 115 (113 en liturgie) est très clair à ce sujet : « Leurs idoles sont d’or et d’argent, faites de main d’homme. Elles ont une bouche et ne parlent pas ; elles ont des yeux et ne voient pas ; elles ont des oreilles et n’entendent pas ; elles ont un nez et ne sentent pas ; des mains et elles ne palpent pas ;  des pieds et ne marchent pas ; elles ne tirent aucun son de leur gosier... Notre Dieu, lui, est dans les cieux ; tout ce qu’il a voulu, il l’a fait. »  

Cette fidélité au Dieu unique est la seule condition pour être en mesure d’accueillir la bénédiction promise aux patriarches, pour entrer dans le salut promis ; combat jamais tout-à-fait gagné puisque Jésus, à son tour, jugera utile de rappeler « Nul ne peut avoir deux maîtres... » (Mt 6, 24).

À un deuxième niveau, cette fidélité au Dieu unique entraînera des conséquences concrètes dans la vie sociale : l’homme au cœur pur deviendra peu à peu un homme au cœur de chair qui ne connaît plus la haine ; l’homme aux mains innocentes ne fera plus le mal ; le verset suivant « il obtient de Dieu son Sauveur la justice » dit bien ces deux niveaux : la justice, dans un premier sens, c’est la conformité au projet de Dieu ; l’homme juste c’est celui qui remplit fidèlement sa vocation ; ensuite, la justice nous engage concrètement à conformer toute notre vie sociale au projet de Dieu qui est le bonheur de ses enfants.

En redisant ce psaume, on entend se profiler les Béatitudes : « Heureux les affamés et assoiffés de justice, ils seront rassasiés... Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ».

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Complément

« Lever les yeux » : on retrouve cette expression dans la fameuse phrase du prophète Zacharie reprise par saint Jean « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37).

DEUXIÈME LECTURE – Lettre de saint Paul apôtre aux Romains  1, 1 - 7

 

1          Paul, serviteur du Christ Jésus,
            appelé à être Apôtre,
            mis à part pour l’Évangile de Dieu,
            à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome.
2          Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance
            par ses prophètes dans les saintes Écritures,
3          concerne son Fils qui, selon la chair,
            est né de la descendance de David
4          et, selon l’Esprit de sainteté,
            a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu
            par sa résurrection d’entre les morts,
            lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
5          Pour que son nom soit reconnu,
            nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre,
            afin d’amener à l’obéissance de la foi
            toutes les nations païennes,
6          dont vous faites partie,
            vous aussi que Jésus Christ a appelés.
7          À vous qui êtes appelés à être saints,
            la grâce et la paix
            de la part de Dieu notre Père
            et du Seigneur Jésus Christ.

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                        Ce sont les premiers mots que Paul adresse aux Romains ; en quelques lignes, nous avons déjà le résumé de toute la foi chrétienne : les promesses de Dieu dans les Écritures, le mystère du Christ, sa naissance et sa Résurrection, l’élection gratuite du peuple saint, et la mission des Apôtres auprès des nations païennes. Je vous propose tout simplement une lecture en suivant.

                        S’adressant à une communauté chrétienne qu’il n’a encore jamais rencontrée, Paul se présente : son titre est double « serviteur de Jésus-Christ », et « apôtre » c’est-à-dire en quelque sorte mandaté ; il n’agit qu’en service commandé : voilà la source de toutes ses audaces.

                        Au passage, il faut noter le titre donné à Jésus : « Christ » ; à lui seul, c’est une profession de foi. Pour nous, dire « Jésus » ou dire le « Christ », c’est la même chose ; après deux mille ans de foi chrétienne, c’est normal ; mais ses contemporains faisaient la différence : « Jésus », c’est un prénom qui désigne quelqu’un ; le « Christ », c’est un titre puisque « Christ » signifie « Messie » : c’est tout simplement la traduction grecque du mot hébreu « Messie ». Dire Jésus-Christ, c’est déjà affirmer le tout de la foi chrétienne : ce Jésus de Nazareth est le Messie.

                        Paul continue « Mis à part pour l’Évangile de Dieu » : pour bien faire, il faudrait renverser la formule : annoncer la Bonne Nouvelle, c’est annoncer que la Nouvelle est Bonne ! C’est annoncer que le dessein de Dieu, le projet de Dieu est bienveillant, j’aurais envie de dire « le dessein de Dieu n’est que bienveillant » ; être chrétien, c’est tout simplement annoncer deux choses : premièrement que le dessein de Dieu n’est que bienveillant et deuxièmement qu’il est accompli en Jésus-Christ. C’est exactement ce que fait Paul dans ces quelques lignes. 

                        Reprenons le texte : « Cette Bonne Nouvelle, Dieu l’avait déjà promise par ses prophètes dans les saintes Écritures » ; je crois fermement qu’on ne peut rien comprendre à l’Évangile et à l’ensemble du Nouveau Testament si on n’est pas imprégné de l’Ancien Testament : les deux font un tout indissociable ; le dessein de Dieu est prévu  depuis l’aube du monde, et c’est peu à peu que Dieu l’a révélé à son peuple par la bouche de ses prophètes.

                        « Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils » dit Paul : il faut entendre le mot « concerner » en un  sens beaucoup plus fort qu’on ne l’emploie aujourd’hui. Pour Paul, Jésus-Christ est depuis toujours au centre du projet de Dieu : quand il parle du dessein bienveillant dans sa lettre aux Éphésiens, il dit que « Dieu l’a arrêté d’avance en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement » ; c’est-à-dire que depuis toujours et dès l’origine du monde, Dieu poursuit son projet de rassembler l’humanité tout entière unifiée en Jésus-Christ.

                        « Selon la chair, il est né de la race de David » : il est homme, membre du peuple élu, descendant de David ; il remplit bien les conditions pour être le Messie. « Selon l’Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts » : traditionnellement, le titre de fils de Dieu était donné à chaque roi le jour de son couronnement ; pour Jésus-Christ c’est le jour de sa résurrection que Dieu l’a intronisé comme roi de l’humanité nouvelle. Pour Paul, la Résurrection du Christ est vraiment l’événement qui bouleverse la face du monde.

          Curieusement, Paul ne parle pas de la mort du Christ, mais seulement de sa Résurrection : on sait qu’elle est pour lui le premier article de foi. « Si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vide » dit-il aux Corinthiens (1 Co 15, 14). C’est cette résurrection du Christ que Paul va annoncer partout « Pour que le nom de Jésus-Christ soit honoré », comme il dit. On retrouve ici la si belle formule de la lettre aux Philippiens : « Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom », entendez le nom même de Seigneur qui était réservé à Dieu et qui, désormais, est attribué à Jésus lui-même.

          Il s’agit « d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes ». Curieuse formule, aujourd’hui, pour nos mentalités peu favorables à tout ce qui ressemble à de l’obéissance. Mais chez Paul, imprégné de l’Ancien Testament et des découvertes progressives qu’ont faites les hommes de la Bible, le mot « obéissance » n’est pas servilité, abaissement ; il signifie l’écoute confiante de celui qui se sait en sécurité et peut donc suivre les conseils qui lui sont donnés ; c’est l’attitude filiale par excellence. « Amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes », c’est leur annoncer la Bonne Nouvelle : quand elles auront compris que la Nouvelle est Bonne, elles pourront en toute confiance mettre leur oreille sous cette parole d’amour du Père.

          Paul termine par un souhait très habituel chez lui ; c’est le souhait le plus beau que l’on puisse faire à quelqu’un : « Que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur ». Comme toujours on sait que ces souhaits au subjonctif (que la grâce et la paix soient avec vous) ne supposent pas que Dieu pourrait ne pas nous donner sa grâce et sa paix ; grâce et paix nous sont toujours offertes par Dieu, mais nous restons libres de ne pas les accueillir : ce subjonctif dit notre liberté.

          Paul ne fait que reprendre ici la superbe formule du livre des Nombres (Nb 6, 24-26) : « Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde, qu’il fasse sur toi rayonner son visage ; que le SEIGNEUR te découvre sa face, qu’il te prenne en grâce et t’apporte la paix ».

ÉVANGILE de Jésus Christ selon saint Matthieu  1, 18 - 24

 18          Voici comment fut engendré Jésus Christ :
              Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ;
              avant qu’ils aient habité ensemble,
              elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
19          Joseph, son époux,
              qui était un homme juste,
              et ne voulait pas la dénoncer publiquement,
              décida de la renvoyer en secret.
20          Comme il avait formé ce projet,
              voici que l’ange du Seigneur
              lui apparut en songe et lui dit :
              « Joseph, fils de David,
              ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse,
              puisque l’enfant qui est engendré en elle
              vient de l’Esprit Saint ;
21          elle enfantera un fils,
              et tu lui donneras le nom de Jésus
              (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve),
              car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
22          Tout cela est arrivé
              pour que soit accomplie
              la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
23          Voici que la Vierge concevra,
et elle enfantera un fils ;

              on lui donnera le nom d’Emmanuel,

              qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».

24          Quand Joseph se réveilla,
              il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit :
              il prit chez lui son épouse.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

          

Saint Matthieu débute son évangile par la phrase « Livre de la genèse de Jésus-Christ 1» et il retrace  une longue généalogie qui montre bien que Joseph est de la descendance de David ; il commence par « Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères ... » et ainsi de suite. Arrivé à Joseph qui se trouve être fils d’un autre Jacob, il dit comme on s’y attend « Jacob engendra Joseph », mais ensuite, il ne peut plus employer la même formule : il ne peut évidemment pas dire « Joseph engendra Jésus » ; il dit « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l’on appelle Christ ».

           Ce verset montre bien la rupture dans la généalogie : selon la formule habituelle (« Joseph engendra Jésus ») celui-ci serait automatiquement de la lignée de David ; mais ici, pour que Jésus soit inscrit dans cette lignée, il faut qu’il soit adopté par Joseph : déjà le Fils de Dieu est livré aux mains des hommes, le dessein de Dieu est suspendu à l’acceptation, au bon vouloir d’un homme, Joseph. C’est dire l’importance de notre récit pour Matthieu.

           Or nous connaissons bien le récit de l’Annonciation (dans l’évangile de Luc), « l’annonce faite à Marie » comme disait Claudel ; il a inspiré d’innombrables tableaux, sculptures, vitraux... Mais curieusement, l’annonce faite par l’ange à Joseph a inspiré des artistes beaucoup moins nombreux. 

           Et pourtant, cette acceptation libre d’un homme juste conditionne le début de l’histoire humaine de Jésus. Matthieu y insiste encore : quand l’Ange s’adresse à Joseph, il l’appelle « fils de David » ; les paroles qui suivent montrent bien le mystère de la filiation de Jésus : engendré par l’Esprit-Saint et non par Joseph, il sera cependant reconnu comme son fils : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse » veut dire que Jésus sera introduit dans sa maison ; et d’autre part, c’est Joseph qui donnera à Jésus son nom.

           À propos de ce nom de Jésus, Matthieu en donne le sens, « Jésus veut dire le Seigneur sauve » et il explique « Car c’est lui qui sauvera le peuple de ses péchés ». Précision intéressante : le peuple juif attendait impatiemment le Messie et pas seulement un Messie politique qui le libérerait de l’occupation romaine. Nous avons déjà eu l’occasion de parler de cette attente messianique : on attendait un roi, un leader politique, c’est vrai, de la descendance de David, et c’est lui qui devait restaurer la royauté en Israël, mais on attendait aussi et surtout l’avènement du monde nouveau, de la création nouvelle, dans la justice et la paix pour tous. Il y a tout cela dans le nom de Jésus tel que Matthieu le comprend «  c’est lui qui sauvera le peuple de ses péchés ».

            Je reviens sur la phrase « l’enfant qui est engendré en Marie vient de l’Esprit-Saint » : nous possédons deux textes sur la conception virginale de Jésus : ce passage de l’annonce à Joseph dans l’évangile de Matthieu et le parallèle de l’annonce à Marie chez Luc. La tradition de l’Église nous enseigne que les Écritures, y compris le Nouveau Testament, sont inspirées par l’Esprit-Saint. La conception virginale de Jésus est donc un article de foi. Bien évidemment, il ne s’agit pas de prétendre comprendre ni le pourquoi ni le comment de cette volonté souveraine de Dieu ; nous pouvons seulement nous émerveiller de ce plan qui fait de Jésus à la fois un homme, né d’une femme, venu au monde comme tout le monde si j’ose dire... descendant de David par le bon vouloir de Joseph, et en même temps Fils Unique de Dieu, conçu de l’Esprit-Saint.

            Je reprends le texte : Matthieu cite les Écritures, et justement la promesse du prophète Isaïe à Achaz que nous avons entendue dans la première lecture : « Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel qui signifie Dieu-avec-nous ».

            Deux remarques sur cette citation de l’Ancien Testament par Matthieu : premièrement, le texte hébreu d’Isaïe disait « Voici que la jeune femme est enceinte » (En hébreu « alma » signifie l’épouse royale) et Matthieu, lui, parle d’une vierge (en grec, « parthenos »). En fait, Matthieu cite ici non le texte hébreu d’Isaïe mais la traduction grecque faite à Alexandrie vers 250 av. J.-C. ; car déjà à l’époque de cette traduction, on pensait que le Messie naîtrait d’une Vierge.

            Deuxième remarque sur le nom de Jésus, cette fois : l’ange dit : « Tu appelleras ton fils Jésus (c’est-à-dire : « le Seigneur sauve »), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Et Matthieu commente : Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur ... on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».

            On a presque envie de demander : « Finalement, il s’appelle comment ? Jésus ? Ou Emmanuel ? Bien évidemment c’est le but de Matthieu ; et la réponse, il nous la donnera à la fin de son évangile. Cet enfant s’est appelé Jésus, nous le savons bien, (et cela veut dire « le Seigneur sauve son peuple de ses péchés ») mais quand il quittera les siens il leur dira « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps », ce qui est la traduction d’Emmanuel. Être sauvé de ses péchés, c’est tout simplement savoir que Dieu est avec nous, ne plus jamais douter qu’il est avec nous et « vivre en sa présence » comme le disait le prophète Michée. C’est ce qu’a fait Joseph justement.

            Dans le récit de la Visitation qui nous est rapporté par l’évangile de Luc, Élisabeth dit à Marie « Bienheureuse celle qui a cru ; ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira ». Ici, on est tenté de reprendre ces mêmes mots pour Joseph : « Bienheureux Joseph qui a cru : grâce à lui, Dieu a pu accomplir son dessein de salut ».

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Note

1 – Dans son premier chapitre, Matthieu, parlant des origines de Jésus Christ, emploie deux fois le mot « genèse » (Mt 1, 1. 18). Ce n’est évidemment pas un hasard : car c’est le mot employé pour présenter la descendance d’Adam au chapitre 5 du livre de la Genèse. Le texte disait : « Voici le livre de la genèse d’Adam » ; en reprenant le même mot, Matthieu veut certainement suggérer que Jésus récapitule en lui toute l’histoire humaine. Paul dirait « il est le Nouvel Adam ».

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 00:00

PREMIÈRE LECTURE – Livre du prophète Isaïe, 35, 1…10


1 Le désert et la terre de la soif,
qu’ils se réjouissent !
2 Le pays aride, qu’il exulte
et fleurisse comme la rose,
qu’il se couvre de fleurs des champs,
qu’il exulte et crie de joie !
La gloire du Liban lui est donnée,
la splendeur du Carmel et du Sarone.
On verra la gloire du Seigneur,
la splendeur de notre Dieu.
3 Fortifiez les mains défaillantes,
affermissez les genoux qui fléchissent,
4 dites aux gens qui s’affolent :
« Soyez forts, ne craignez pas.
Voici votre Dieu :
c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu.
Il vient lui-même et va vous sauver. »
5 Alors se dessilleront les yeux des aveugles,
et s’ouvriront les oreilles des sourds.
6 Alors le boiteux bondira comme un cerf,
et la bouche du muet criera de joie.
10 Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent,
ils entrent dans Sion avec des cris de fête,
couronnés de l’éternelle joie.
Allégresse et joie les rejoindront,
douleur et plainte s’enfuient.


Je commence tout de suite par le mot difficile de ce texte : au milieu de promesses magnifiques, Isaïe parle de la vengeance de Dieu. Voilà pour nous l’occasion de découvrir une fois pour toutes ce que veut dire ce mot dans la Bible ! Car Isaïe lui-même l’explique très clairement. Il prêche au sixième siècle, au moment de l’Exil à Babylone : à cette époque-là, visiblement, il y a des gens qui s’affolent, puisque le prophète dit : « Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent. Dites aux gens qui s’affolent… » Et c’est pour les rassurer qu’il annonce la vengeance de Dieu : « Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. » Et il en donne aussitôt la définition : « Votre Dieu vient lui-même et va vous sauver. » Il continue : « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. »
Cela veut dire qu’au moment où ce texte a été écrit, l’expression « vengeance de Dieu » est non un épouvantail mais une promesse de salut. C’est donc un sens extrêmement positif du mot « vengeance » ; dans ce texte, il est bien clair que Dieu ne se venge pas des hommes, il ne prend pas sa revanche contre les hommes, mais contre le mal qui atteint l’homme, qui abîme l’homme ; sa revanche c’est la suppression du mal, c’est comme dit Isaïe « les aveugles qui voient et les sourds qui entendent, les boiteux qui bondissent et les muets qui crient de joie, les captifs qui sont libérés ». Quelle que soit l’humiliation physique ou morale que nous ayons subie, il veut nous libérer, nous relever.
Mais il faut bien dire qu’on n’a pas toujours pensé comme cela ! Le texte d’Isaïe est assez tardif dans l’histoire biblique (sixième siècle av. J.-C.) ; il a fallu tout un long chemin de révélation pour en arriver là. Au début de son histoire, le peuple de la Bible imaginait un Dieu à l’image de l’homme, un Dieu qui se venge comme les humains.
Puis, au fur et à mesure de la Révélation, grâce à la prédication des prophètes, on a commencé à découvrir Dieu tel qu’il est, et non pas tel qu’on l’imaginait ; alors le mot « vengeance » est resté dans le vocabulaire mais son sens a complètement changé ; nous avons déjà vu plusieurs fois dans la Bible ce phénomène de retournement complet du sens d’un mot : c’est le cas pour le sacrifice, par exemple, et aussi pour la crainte de Dieu.
Très concrètement, quand Isaïe écrit le texte de ce dimanche, le salut auquel aspirent ses contemporains, c’est le retour au pays de tous ceux qui sont exilés à Babylone ; ils ont vécu les atrocités du siège de Jérusalem par les armées de Nabuchodonosor ; et maintenant, l’exil n’en finit pas ! Cinquante années, de quoi perdre courage. Ce n’est pas par hasard qu’Isaïe leur dit « Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : Prenez courage, ne craignez pas ». Pendant ces cinquante années, on a rêvé de ce retour, sans oser y croire. Et voilà que le prophète dit « c’est pour bientôt » : « Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête ». (verset 10).
Pour rentrer au pays, le chemin le plus direct entre Babylone et Jérusalem traverse le désert d’Arabie ; mais cette traversée du désert, Isaïe la décrit comme une véritable marche triomphale… mieux, une procession grandiose : le désert se réjouira, le pays aride exultera et criera de joie, il « jubilera » dit même le texte hébreu… Le désert sera beau… et alors là on pense à ce qui est le plus beau au monde pour un habitant de la Terre Sainte à l’époque : ce qui est le plus beau au monde, ce sont les montagnes du Liban, les collines du Carmel, la plaine côtière de Sarone ! Alors on dit : le désert sera aussi beau et luxuriant que ces trois paysages réputés pour leur beauté ! Beau comme les montagnes du Liban, beau comme les collines du Carmel, beau comme la plaine côtière de Sarône… 1
Et tout cela sera l’œuvre de Dieu : « Il vient lui-même et va vous sauver… » ; c’est cette œuvre de salut que le prophète appelle « la gloire de Dieu ». Il dit : « On verra la gloire du SEIGNEUR, la splendeur de notre Dieu. » Et Isaïe continue : « Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête », et l’on sait que le mot « rachetés », dans la Bible, veut dire « libérés » ; tout comme le mot « rédemption » signifie « libération ».
La Loi juive prévoyait une règle qu’on appelait le « rachat » 2 : lorsqu’un débiteur était obligé de vendre sa maison ou son champ pour payer ses dettes, son plus proche parent payait le créancier à sa place et le débiteur gardait donc sa propriété (Lv 25, 25) ; si le débiteur avait été obligé de se vendre lui-même comme esclave à son créancier parce qu’il ne possédait plus rien, de la même manière son plus proche parent intervenait auprès du créancier pour libérer le débiteur, on disait qu’il le « revendiquait ». Il y avait bien un aspect financier, mais il était secondaire : ce qui comptait avant tout, c’était la libération du débiteur.
Le génie d’Isaïe a été d’appliquer ces mots à Dieu lui-même pour nous faire comprendre deux choses : premièrement, Dieu est notre plus proche parent ; deuxièmement, il veut nous libérer de tout ce qui nous emprisonne. Et c’est pourquoi nous chantons si volontiers « Alléluia » qui veut dire « Dieu nous a amenés de la servitude à la libération ».
——————————
Notes
1 – Le Liban est le pays voisin au Nord d’Israël, il est réputé pour ses forêts de cèdres. En Israël même, le Carmel, au Nord-Ouest, est la petite chaîne montagneuse la plus boisée du pays. Le Sharône est la plaine fertile qui borde la Méditerranée entre le Carmel et Jaffa.
2 – Le racheteur s’appelait le « Go’el » ; ce mot ne se trouve pas dans les versets lus ce dimanche, mais il apparaît au verset 9 ; (au verset 10, c’est un synonyme). Nous sommes donc bien dans ce cadre-là.

PSAUME – 145 (146), 7-8. 9-10


7 Le SEIGNEUR fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain,
le SEIGNEUR délie les enchaînés.

8 Le SEIGNEUR ouvre les yeux des aveugles,
le SEIGNEUR redresse les accablés,
le SEIGNEUR aime les justes.

9 Le SEIGNEUR protège l’étranger.
il soutient la veuve et l’orphelin.
10 D’âge en âge, le SEIGNEUR régnera


Nous n’avons lu ici que quatre versets de ce psaume qui en comporte dix et nous n’avons donc pas entendu les Alléluia du premier et du dernier versets. Pour être ainsi encadré par le mot « Alléluia » qui signifie littéralement « Louez Dieu », ce psaume est tout entier un chant de louange et de reconnaissance. Il a été écrit après le retour de l’Exil à Babylone, peut-être pour la dédicace du Temple restauré.
Le Temple avait été détruit en 587 av. J.-C. par les troupes du roi de Babylone, Nabuchodonosor. Cinquante ans plus tard (en 538 av. J.-C.), quand Cyrus, roi de Perse, a vaincu Babylone à son tour, il a autorisé les Juifs, qui étaient esclaves à Babylone, à rentrer en Israël et à reconstruire leur Temple. Vous savez que cela n’a pas été sans mal, de graves dissensions étant apparues entre ceux qui rentraient au pays, pleins d’ardeur et ceux qui s’y étaient installés entre temps. Il a fallu l’énergie et l’obstination des prophètes Aggée et Zacharie pour que les travaux soient quand même menés à bien : ils ont duré de 520 à 515 sous le règne de Darius. La dédicace de ce Temple rebâti a été célébrée dans la joie et dans la ferveur. Le livre d’Esdras raconte : « Les fils d’Israël, les prêtres, les lévites et le reste des déportés firent dans la joie la Dédicace de cette Maison de Dieu ». (Esd 6, 16).
Ce psaume est donc tout imprégné de la joie du retour au pays. Une fois de plus, Dieu vient de prouver sa fidélité à son Alliance : déjà au moment de l’Exode et de la sortie d’Égypte, et maintenant, avec la sortie de Babylone, il a relevé son peuple, il l’a « vengé » au sens où l’entend Isaïe (voir la première lecture). Quand Israël relit son histoire, il peut témoigner que Dieu l’a accompagné tout au long de sa lutte pour la liberté : « Le SEIGNEUR fait justice aux opprimés, le SEIGNEUR délie les enchaînés ». Au cours de sa marche au désert, pendant l’Exode, Dieu lui avait envoyé la manne et les cailles pour sa nourriture : « Aux affamés, il donne le pain ». Et c’est ainsi que, peu à peu, on a découvert ce Dieu qui, systématiquement, prend parti pour la libération des enchaînés et pour la guérison des aveugles, pour le relèvement des petits de toute sorte.
Ce n’était pas l’idée que l’on se faisait spontanément du Créateur de l’univers et il a bien fallu toute la révélation biblique pour accepter cette représentation surprenante de Dieu : c’est l’honneur et la fierté du peuple d’Israël d’avoir révélé à l’humanité le Dieu d’amour et de miséricorde ; « miséricorde », cela veut dire « des entrailles qui vibrent à la souffrance ». Vous vous souvenez peut-être de cette phrase superbe que nous avions lue il y a quelques semaines dans le livre du Siracide « Les larmes de la veuve coulent sur les joues de Dieu » (Si 35,18 lu dans le commentaire de la première lecture du trentième dimanche ordinaire de l’année C). Notre psaume ne dit pas autre chose : « Le SEIGNEUR soutient la veuve et l’orphelin ».
À son tour, le peuple était invité à imiter Dieu, à se conduire avec la même miséricorde vis-à-vis de tous les opprimés de toute sorte. Et vous savez bien que, pour éduquer le peuple à se conformer peu à peu à la miséricorde de Dieu, la Loi d’Israël comportait beaucoup de règles de protection des veuves, des orphelins, des étrangers. Quant aux prophètes, c’est sur ces critères-là entre autres qu’ils jugeaient de la fidélité d’Israël à l’Alliance.
À  un autre niveau de lecture, au fur et à mesure qu’il vit dans l’Alliance avec Dieu, le peuple croyant découvre peu à peu que Dieu le transforme en profondeur : « Aux affamés, il donne le pain », le pain matériel, oui… mais il y a au cœur de chacun d’entre nous une faim plus profonde ; à ces affamés-là, Dieu donne le pain de sa parole… « Le SEIGNEUR ouvre les yeux des aveugles » ; il y a des aveuglements d’un autre ordre et beaucoup plus graves en définitive ; à ceux-là aussi, Dieu ouvre les yeux. « Le SEIGNEUR délie les enchaînés », il y a d’autres chaînes que celles des prisons, les chaînes de la haine, de l’orgueil, de la jalousie… et le croyant peut témoigner que Dieu peu à peu, le délivre de son cœur de pierre.
Alors on comprend que ce psaume soit encadré par des Alléluia ; je vous rappelle le sens que la tradition juive attache à ce simple mot « Alléluia » : « Dieu nous a amenés de la servitude à la liberté, de la tristesse à la joie, du deuil au jour de fête, des ténèbres à la brillante lumière, de la servitude à la rédemption. C’est pourquoi, chantons devant lui l’Alléluia » 1.
Bien sûr, les Chrétiens relisent ce psaume en l’appliquant à Jésus-Christ : non seulement il a nourri ses contemporains en multipliant pour eux les pains ; mais désormais il offre à chaque génération de baptisés le pain de son eucharistie ; c’est lui aussi qui a affirmé « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » (Jn 8, 12). C’est en lui, enfin, que l’humanité peut accéder pleinement à la liberté et à la vie ; sa résurrection est la preuve que la mort biologique n’enchaîne pas les baptisés : « le SEIGNEUR délie les enchaînés. »
Dernière remarque sur ce psaume : la Bible affirme que nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu ; il nous arrive de nous demander en quoi. Nous avons ici au moins une réponse et un encouragement : la réponse, c’est chaque fois que nous intervenons en faveur d’un malheureux, quel qu’il soit, aveugle, sourd ou muet, prisonnier, étranger, nous sommes l’image de Dieu.
L’encouragement c’est : chaque fois que vous avez fait quelque chose pour le plus petit d’entre les miens, vous avez hâté le jour du Règne de Dieu… Vous connaissez l’histoire de cette catéchumène découvrant le récit de la multiplication des pains par Jésus et demandant « pourquoi ne le fait-il pas aujourd’hui pour tous les affamés du monde ? » Après un petit silence, elle avait murmuré : « Il compte peut-être sur nous pour le faire ?… »
—————————-
Note
1 – Ce commentaire à propos de la Pâque juive se trouve dans le Talmud qui regroupe de nombreux commentaires des rabbins. Le Talmud comprend deux grandes parties : la Mishnah et la Gemara. Voici la référence du commentaire de l’Alléluia : Mishnah ; Pesahim V, 5.

DEUXIÈME LECTURE – Lettre de saint Jacques 5, 7 – 10


7 Frères,
en attendant la venue du Seigneur,
prenez patience.
Voyez le cultivateur :
il attend les fruits précieux de la terre avec patience,
jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive.
8 Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme
car la venue du Seigneur est proche.
9 Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres,
ainsi vous ne serez pas jugés.
Voyez : le Juge est à notre porte.
10 Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience
les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.


Il y avait au moins trois Jacques dans l’entourage proche de Jésus : le premier, c’est Jacques, frère de Jean et fils de Zébédée (c’est celui qu’on retrouve avec Jean (et Pierre) à la Transfiguration et à Gethsémani) ; Jésus avait surnommé les deux frères « fils du tonnerre », ce qui nous laisse imaginer pour le moins un caractère volcanique ! Nous, nous l’appelons Jacques le Majeur ; c’est celui qu’on prie à Saint-Jacques-de-Compostelle… Le second, c’est Jacques, fils d’Alphée, lui aussi membre du groupe des Douze apôtres et enfin le troisième, c’est Jacques, cousin de Jésus, (on disait frère de Jésus) qui fut l’un des premiers responsables de la communauté de Jérusalem. Généralement c’est à ce dernier qu’on attribue la lettre qu’on appelle de saint Jacques ; mais on n’est sûr de rien.
En tout cas, on retrouve dans cette lettre un thème qui était habituel pour les premières générations chrétiennes, celui de l’attente : l’horizon, pour lui, la perspective si vous préférez, c’est la venue du Seigneur. Déjà dans les lettres de saint Paul, nous avons souvent remarqué qu’il avait sans cesse les yeux tournés vers le but à atteindre, l’accomplissement définitif du projet de Dieu.
Je remarque au passage que, paradoxalement, c’est au début de la prédication chrétienne qu’on était le plus désireux de voir la fin du monde… peut-être parce que la vue du Christ ressuscité en avait donné un avant-goût ?
Mais, dans cette attente, Jacques recommande la patience : il y insiste quatre fois dans ces quelques lignes ; et si je le comprends bien, patience rime avec espérance : « En attendant la venue du Seigneur, prenez patience » : l’espérance, c’est la certitude de la venue du Seigneur, une certitude telle qu’elle nous tient en éveil, tendus vers ce but comme on l’est dans une course selon une comparaison habituelle chez Paul.
Cette course est une course de fond, nous dit Jacques, il y faut du souffle : le verbe grec que Jacques emploie ici et qui a été traduit par « prenez patience » signifie justement « avoir le souffle long »… Il faut croire que le délai de ce qu’on appelait la parousie, l’avènement définitif du Royaume de Dieu, était vécu comme une épreuve d’endurance… Au tout début, après la Résurrection du Christ et son Ascension, on a cru que son retour glorieux était pour très bientôt ; et puis, les années passant, il a bien fallu s’installer dans la durée. C’est là que l’espérance est devenue une affaire de patience : on pourrait dire peut-être que l’espérance, c’est la foi à l’épreuve du temps… (quand l’attente est devenue une course de fond).
Une course de fond, cela demande du souffle, et le souffle, demandez aux coureurs, aux chanteurs, ou aux flûtistes, il y faut de l’entraînement. Pour leur entraînement, Jacques donne deux modèles à ses chrétiens : la sagesse du cultivateur, le courage du prophète. D’année en année, le cultivateur a appris le retour des saisons : il sait que « Dieu donne en son temps la pluie qu’il faut pour la terre » comme dit le livre du Deutéronome (Dt 11, 14).
Quant aux prophètes, tous ont eu à affronter l’hostilité de ceux à qui ils annonçaient ce qui était pourtant la parole de salut. Ils ont tous dû apprendre la fermeté et la patience pour rester fidèles à leur mission. La communauté chrétienne de saint Jacques a elle aussi une mission prophétique qui ressemble à une épreuve d’endurance ; il lui faut du souffle, il lui faut aussi un cœur solide ; Jacques répète : « tenez ferme », l’expression exacte, c’est « Affermissez votre cœur ».
Curieusement, dans le verset suivant, que nous n’avons pas entendu aujourd’hui, Jacques cite un modèle d’endurance de l’Ancien Testament ; et qui choisit-il ? Job ; c’est la seule et unique fois où le Nouveau Testament cite le personnage de Job, cela mérite donc d’être souligné. « Voyez : nous félicitons les gens endurants ; vous avez entendu l’histoire de l’endurance de Job… » (Jc 5, 11)… Sous-entendu, si vous êtes aussi patients que lui, et fermes dans votre espérance, vous aussi vous rencontrerez le Seigneur comme Job l’a rencontré.
Concrètement, c’est dans leurs relations mutuelles que les Chrétiens ont à remplir une mission prophétique : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra pour mes disciples » avait dit Jésus (Jn 13, 35). Jacques dit quelque chose d’analogue : « Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. » Ce qui, évidemment, nous renvoie à une autre phrase de Jésus : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » (Mt 7, 1 ; Lc 6, 37) sous-entendu Dieu seul est juge. Et d’ailleurs la traduction plus littérale dit « ne vous posez pas en juges » ce qui montre mieux que juger c’est usurper un droit qui ne nous appartient pas. Apparemment, ce rappel n’était pas superflu car, dans sa lettre, Jacques y revient plusieurs fois : « Ne médisez pas les uns des autres » ou bien encore « Qui es-tu, toi, pour juger ton prochain ? » (Jc 4, 11-12).
Jacques emploie l’expression « Le Juge est à votre porte » : tout d’abord c’est une image, car effectivement, dans les temps anciens, les juges siégeaient aux portes des villes, ils n’étaient pas dans la ville. Ensuite, cela veut dire deux choses : premièrement, la venue du Seigneur sera l’heure du Jugement, sous-entendu « vivez dans cette perspective » ; et là nous retrouvons bien les thèmes prophétiques, en particulier, la prédication de Jean-Baptiste ; deuxièmement, le Juge, ce n’est pas vous. C’est le Seigneur, lui qui regarde le cœur et non les apparences, lui qui seul peut sonder les reins et les cœurs… le vrai moissonneur qui ne précipite pas la moisson de peur de déraciner le blé avec l’ivraie (Mt 13, 29).
La leçon est valable pour nous : d’un côté, nous sommes si bien installés dans la durée que nous manquons peut-être du souffle qui fait les prophètes ; mais de l’autre, nous nous posons parfois en juges, ce qui n’est pas notre métier, ou notre vocation, si vous préférez, et nous risquons de confondre l’ivraie et le bon grain.
Décidément, l’histoire de la paille et de la poutre est de tous les temps !

ÉVANGILE – selon saint Matthieu 11, 2 – 11


En ce temps-là,
2 Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison,
des œuvres réalisées par le Christ.
Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda :
3 « Es-tu celui qui doit venir,
ou devons-nous en attendre un autre ? »
4 Jésus leur répondit :
« Allez annoncer à Jean
ce que vous entendez et voyez :
5 Les aveugles retrouvent la vue,
et les boiteux marchent,
les lépreux sont purifiés,
et les sourds entendent,
les morts ressuscitent,
et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.
6 Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »
7 Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient,
Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean :
« Qu’êtes-vous allés regarder au désert ?
un roseau agité par le vent ?
8 Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ?
un homme habillé de façon raffinée ?
Mais ceux qui portent de tels vêtements
vivent dans les palais des rois.
9 Alors, qu’êtes-vous allés voir ?
un prophète ?
Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète.
10 C’est de lui qu’il est écrit :
Voici que j’envoie mon messager en avant de toi,
pour préparer le chemin devant toi.
11 Amen, je vous le dis :
Parmi ceux qui sont nés d’une femme,
personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ;
et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux
est plus grand que lui. »


Dimanche dernier, l’évangile nous a présenté Jean-Baptiste baptisant dans le Jourdain tous ceux qui venaient à lui. Il disait : « Quelqu’un vient après moi ». Et il semble bien que lorsque Jésus lui a demandé le baptême, Jean-Baptiste a reconnu en lui le Messie que tout le monde attendait. Et puis les mois ont passé.
Jean-Baptiste a été mis en prison par Hérode. Les historiens de l’époque situent cet emprisonnement autour de l’année 28 et saint Matthieu dans son évangile dit que c’est à partir de ce moment-là que Jésus a commencé véritablement sa prédication. Il a quitté la région du Jourdain et est parti vers le Nord en Galilée. C’est là qu’il a commencé sa vie publique. Matthieu nous rapporte toute une série de discours, y compris le fameux discours sur la montagne, les Béatitudes, et puis des actes : des quantités de guérisons d’abord, mais aussi des manières d’être un peu étranges ; par exemple, Jésus s’est entouré de disciples, pas tous très recommandables (il y avait un publicain) et plutôt disparates. Sur le plan religieux (comme sur le plan politique) ils n’étaient pas tous du même bord, c’est le moins qu’on puisse dire…
Et puis pour un prophète, il n’était pas très ascète ! Jean-Baptiste en était un, tout le monde admirait cela au moins. Jésus, lui, mangeait et buvait comme tout le monde mais plus grave encore, il s’affichait avec n’importe qui. Le plus décevant dans tout cela, c’est que Jésus lui-même ne revendiquait pas le titre de messie : il ne cherchait pas le pouvoir, d’aucune manière.
Dans sa prison, Jean-Baptiste entendait parler de tout ce qui se passait : il faut savoir que la détention dans les prisons antiques n’était pas nécessairement inhumaine. On a de nombreux exemples de relations des prisonniers avec l’extérieur et dans la prison. On peut donc très bien imaginer que les disciples le tenaient au courant des faits et gestes du Nazaréen. Si bien que Jean-Baptiste se posait des questions.
Et il a fini par se demander : est-ce que je me serais trompé de Messie ? Donc il envoie des disciples à Jésus avec une question : le Messie, c’est toi, oui ou non ? La question de Jean-Baptiste est réellement cruciale, pour Jean-Baptiste bien sûr puisqu’il la pose, mais aussi pour Jésus. Lui aussi a été obligé de se la poser très certainement et plusieurs fois dans sa vie, il a eu des choix à faire ; (l’épisode des Tentations, par exemple, le dit clairement).
Cette question au fond c’est : le Messie, on est tous sûrs qu’il va venir. On sait qu’il apportera à tous le salut : mais comment sera-t-il ? Il y avait deux sortes de textes dans l’Écriture pour annoncer le Messie : les textes qui parlaient de ses œuvres, les textes qui parlaient de ses titres. Pour les titres, certains le présentaient comme un roi, d’autres comme un prophète, d’autres comme un prêtre. Jésus ne cite aucun des textes sur les titres du messie, il n’en revendique aucun, une fois encore.
En revanche, il cite bout à bout plusieurs textes qui parlaient des œuvres du Messie : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » 1
Jésus ne répond donc pas par oui ou par non à la question de Jean-Baptiste. Il cite les prophéties que Jean-Baptiste connaissait comme tout le monde et il lui dit : vérifie par toi-même si c’est bien cela que je suis en train de faire. Sous-entendu : oui, je suis bien le Messie, le vrai Fils de Dieu, tu ne t’es pas trompé. Seulement si tu es surpris, choqué par mes manières de faire, c’est qu’il te reste à découvrir le Vrai visage de Dieu… un Dieu avec les hommes au service de l’homme. Ce n’était pas comme cela qu’on l’imaginait.
Enfin, Jésus termine sa phrase par un mot d’admiration et d’encouragement pour le prisonnier « Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » Car Jean-Baptiste nous donne un exemple en quelque sorte : Au lieu d’entretenir son doute en ruminant les bribes d’informations qu’il a reçues, au lieu de se faire sa propre opinion sur Jésus, Jean-Baptiste a pris le chemin direct en envoyant à Jésus lui-même quelques-uns de ses disciples… Par cette démarche, Jean-Baptiste manifeste qu’il n’a pas perdu confiance. La foi, il l’a toujours, et il demande à Jésus lui-même de l’éclairer. Bienheureux homme qui reste debout même dans le doute !
Alors Jésus demande à ses auditeurs : en fait, pourquoi êtes-vous allés là-bas, pour faire du tourisme, pour rêver ? Non, dit-il, sans le savoir peut-être, vous êtes allés vers le plus grand des prophètes, celui qui dit la parole finale de l’Ancien Testament : celui que Dieu envoie comme messager pour ouvrir la voie au Messie2. C’est lui que la Bible avait plusieurs fois annoncé et qu’on appelle le précurseur, celui qui court devant pour ouvrir la route. Il est le plus grand des prophètes parce qu’il apporte le message décisif : ça y est, la promesse de Dieu se réalise. Mais Jésus ajoute : « cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que Jean-Baptiste ! »
Parole étrange, mais qui dit bien qu’avec la venue de Jésus, l’histoire humaine vient de basculer : Jean-Baptiste n’est que le porteur d’un message et le contenu de ce message le dépasse infiniment. Ce qu’il ne sait pas et que le plus petit des disciples de Jésus va découvrir, c’est le contenu du message : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ».
——————————-
Notes
1 – Jésus fait référence à plusieurs paroles d’Isaïe : en particulier Is 35, 5-6 qui fait partie de notre première lecture et Is 61, 1 : « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi, le SEIGNEUR, en effet, a fait de moi un messie, il m’a envoyé porter joyeux message aux humiliés, panser ceux qui ont le cœur brisé. »
2 – Le prophète Malachie annonçait de la part de Dieu : « Voici, j’envoie mon messager. Il aplanira le chemin devant moi. » (Ml 3, 1).

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 00:00

2ème Dimanche de l'Avent

 

PREMIÈRE LECTURE – Livre du prophète Isaïe, 11, 1 – 10

En ce jour-là,
1 un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David,
un rejeton jaillira de ses racines.
2 Sur lui reposera l’esprit du Seigneur :
esprit de sagesse et de discernement,
esprit de conseil et de force,
esprit de connaissance et de crainte du Seigneur
– qui lui inspirera la crainte du Seigneur.
3 Il ne jugera pas sur l’apparence ;
il ne se prononcera pas sur des rumeurs.
4 Il jugera les petits avec justice ;
avec droiture, il se prononcera
en faveur des humbles du pays.
Du bâton de sa parole, il frappera le pays ;
du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant.
5 La justice est la ceinture de ses hanches ;
la fidélité est la ceinture de ses reins.
6 Le loup habitera avec l’agneau,
le léopard se couchera près du chevreau,
le veau et le lionceau seront nourris ensemble,
un petit garçon les conduira.
7 La vache et l’ourse auront même pâture,
leurs petits auront même gîte.
Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage.
8 Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ;
sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main.
9 Il n’y aura plus de mal ni de corruption
sur toute ma montagne sainte ;
car la connaissance du Seigneur remplira le pays
comme les eaux recouvrent le fond de la mer.
10 Ce jour-là, la racine de Jessé
sera dressée comme un étendard pour les peuples,
les nations la chercheront,
et la gloire sera sa demeure.


Visiblement, on parlait déjà d’arbres généalogiques à l’époque du prophète Isaïe ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici : quand Isaïe parle de la racine de Jessé, ou de la souche de Jessé, cela vise évidemment la dynastie du roi David.
Vous connaissez l’histoire : Jessé avait huit fils. Et, parmi les huit, Dieu a envoyé son prophète Samuel choisir un roi ; or, curieusement, sur les conseils de Dieu, Samuel n’a choisi ni le plus âgé, ni le plus grand, ni le plus fort… mais le plus jeune, celui qui était berger, dans les champs, avec les bêtes. Et c’est ce petit David qui est devenu le plus grand roi d’Israël. Et c’est là que Jessé est devenu célèbre : il est le père du roi David ; il est l’ancêtre d’une longue lignée ; cette lignée, on la représente souvent comme un arbre : un arbre promis à un grand avenir, un arbre qui ne devait jamais mourir.
Car un autre prophète, Natan, avait été jusqu’à dire à David : Dieu te promet que tes descendants régneront pour toujours et que le peuple connaîtra enfin l’unité parfaite et la paix.
Pour être francs, les fruits de cet arbre ont été plutôt décevants : aucun roi de la dynastie de David n’a pleinement réalisé ces belles promesses ; mais on a toujours et même de plus en plus, continué d’espérer. Puisque Dieu l’a promis, on peut être certains que cela se réalisera, tôt ou tard. C’est comme cela, d’ailleurs, que le mot « Messie » a changé de sens.
Je m’explique : tous les rois, qu’ils soient bons ou mauvais, méritaient le titre de messie puisque « messie » (en hébreu) veut dire tout simplement « frotté d’huile » ; c’est une allusion à l’onction d’huile que recevait le roi le jour de son sacre. Mais, avec le temps, le mot « messie » a fini par être synonyme de « roi idéal », celui qui apporterait le bonheur et la justice sur la terre.
Je peux reprendre maintenant la première phrase du texte d’Isaïe : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton sortira de ses racines ». Ce qu’il dit à ses contemporains, c’est : pour l’instant, vous avez l’impression que toutes ces belles promesses sont envolées et que l’arbre généalogique de David ne produit rien de bon1 ! Mais, même d’un arbre mort, d’une souche, vous savez bien, Dieu peut faire ressurgir un rejeton inattendu. Soyez-en sûrs, tôt ou tard, le messie viendra.
Je reprends le texte : un cadre formé par les deux phrases sur l’arbre de Jessé, et à l’intérieur de ce cadre, deux parties ; la première parle de ce roi-messie sur qui reposera l’esprit du Seigneur ; et vous l’avez remarqué, les dons de l’Esprit sont au nombre de 7 parce que, dans la Bible, c’est le chiffre de la plénitude ; vous avez noté aussi l’insistance sur la « crainte du SEIGNEUR » : « Sur lui reposera l’esprit du SEIGNEUR, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du SEIGNEUR qui lui inspirera la crainte du SEIGNEUR. » À l’époque d’Isaïe, quand on parle de « crainte de Dieu », cela veut dire une attitude filiale, faite de confiance et de respect. Le roi-messie, quand il viendra, se conduira envers Dieu comme un fils, c’est-à-dire qu’il gouvernera son peuple comme Dieu le veut.
Nous comprenons alors l’insistance du prophète sur la justice ; elle sera le mot d’ordre de ce roi idéal : « Justice est la ceinture de ses hanches, fidélité le baudrier de ses reins… Il ne jugera pas d’après les apparences, il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture envers les pauvres du pays ». On sait qu’Isaïe avait de gros reproches à faire à ses contemporains sur ce sujet.
Isaïe continue : « Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant » ; la formule est un peu surprenante pour nous parce que, dans notre langage moderne, le mot « méchant » semble viser des personnes ; en fait il suffit de le remplacer par le mot « méchanceté » ou injustice ; il nous arrive d’employer l’expression « faire la guerre à la guerre », là on pourrait dire : le roi-messie fera la guerre à l’injustice.
La deuxième partie de ce texte, c’est ce que l’on pourrait appeler la « fable des animaux »2 : cette merveilleuse image de l’harmonie universelle ; il ne s’agit pas d’un retour au Paradis terrestre, il s’agit au contraire de l’aboutissement final du projet de Dieu : le jour où l’Esprit aura fini de nous mener vers la vérité tout entière, comme dit Jésus ; ce jour où enfin « la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. »
Enfin, Isaïe rappelle une fois de plus que le projet de Dieu concerne bien l’humanité tout entière : « Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront ». Plus tard, Jésus dira « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ». (Jn 12, 32).
——————————-
Notes
1 – Isaïe prêche à la fin du huitième siècle av. J.-C., dans une période très troublée où il est bien difficile de garder l’espérance, car le petit royaume de Jérusalem est menacé de toutes parts.
2 – Isaïe écrit sa « fable des animaux », tout comme Jean de La Fontaine faisait semblant de parler d’animaux pour décrire les comportements humains. Cette fable de la « conversion » des animaux est donc une promesse d’un avenir de paix et de fraternité pour les humains.

Complément
Le texte de Martin Luther King « Je fais le rêve » est directement inspiré de ce passage d’Isaïe 11 ainsi que de Isaïe 2, 1-5.

PSAUME – 71 (72), 1-2. 7-8. 12-13. 17

1 Dieu donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
2 Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

7 En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
8 Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

12 Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours
13 Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

17 Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !



« Dieu donne au roi tes pouvoirs » : c’est une prière … « Qu’il gouverne ton peuple avec justice », c’est un souhait. Ce sont les mots mêmes que l’on disait lors du sacre d’un nouveau roi… Nous sommes au Temple de Jérusalem… mais curieusement, ce psaume a été composé et chanté après l’Exil à Babylone, (donc entre 500 et 100 av. J.-C.) c’est-à-dire à une époque où il n’y avait déjà plus de roi en Israël ; ce qui veut dire que cette prière, ce souhait ne concernent pas un roi en chair et en os… ils concernent le roi qu’on attend, que Dieu a promis, le roi-messie. Et puisqu’il s’agit d’une promesse de Dieu, on est sûr qu’elle se réalisera.
La Bible tout entière est traversée par cette espérance indestructible : l’histoire humaine a un but, un sens ; et le mot « sens » veut dire deux choses : à la fois « signification » et « direction ». Dieu a un projet. Ce projet inspire toutes les lignes de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments : il porte des noms différents selon les auteurs. Par exemple, c’est le « Jour de Dieu » pour les prophètes, le « Règne des cieux » pour saint Matthieu, le « dessein bienveillant » pour saint Paul, mais c’est toujours du même projet qu’il s’agit. Comme un amoureux répète inlassablement des mots d’amour, Dieu propose inlassablement son projet de bonheur à l’humanité. Ce projet sera réalisé par le Messie et c’est ce Messie que les croyants appellent de tous leurs vœux lorsqu’ils chantent ce psaume au Temple de Jérusalem.
Son projet de bonheur, Dieu l’avait déjà annoncé dès sa première parole à Abraham, au chapitre 12 de la Genèse, alors que celui-ci ne s’appelait encore que Abram ; Dieu lui avait promis : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 31). Je crois qu’il est très important de ne jamais oublier que dès le début de la révélation biblique, il est clair que l’humanité tout entière est concernée, même si on ne l’a pas compris tout de suite. Le peuple d’Israël a découvert peu à peu qu’il est élu non pas pour garder son beau secret pour lui tout seul, mais pour annoncer au monde le projet de Dieu.
Notre psaume ne dit pas autre chose : « En lui (sous-entendu le roi-messie) que soient bénies toutes les familles de la terre ; que tous les pays le disent bienheureux ».
Un autre verset que nous avons lu également reprend une autre promesse de Dieu à Abraham, au chapitre 15 de la Genèse cette fois : « Le Seigneur conclut une Alliance avec Abram en ces termes : C’est à ta descendance que je donne ce pays, du Fleuve d’Égypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate ». Et le psaume répond en écho : « Qu’il domine de la mer à la mer et du Fleuve jusqu’au bout de la terre ! » (Gn 15, 18).
Plus tard, le livre de Ben Sirac (« l’Ecclésiastique ») rapprochera toutes ces promesses faites à Abraham ; on y lit : « Dieu assura par serment à Abraham que les nations seraient bénies en sa descendance, qu’il les multiplierait comme la poussière de la terre, qu’il exalterait sa descendance comme les étoiles et qu’ils recevraient le pays en héritage de la mer jusqu’à la mer et depuis le Fleuve jusqu’aux extrémités de la terre. » (Si 44, 21).
Nous qui sommes assez chatouilleux sur la démocratie, sommes peut-être un peu surpris qu’on puisse tant rêver d’un roi et d’un roi qui domine sur toute la planète « de la mer à la mer et du Fleuve jusqu’au bout de la terre ! » ; nos empereurs les plus ambitieux n’ont jamais osé rêvé jusque-là. Mais il ne faut pas oublier que, dans la Bible, c’est en définitive le peuple qui est au centre de la promesse : le roi n’est qu’un instrument dans la main de Dieu, un instrument au service du peuple. Et ce peuple aura la dimension de l’humanité.
Une humanité enfin fraternelle et pacifique où plus personne ne connaîtra l’humiliation : « En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes ! » Enfin sera réalisé le rêve de justice et de paix qui hante toute l’humanité depuis les origines : ce n’est pas pour rien que le nom même de « Jérusalem », en hébreu, veut dire « ville de la paix » ; mais Bagdad, aussi veut dire « demeure de la paix », ou Dar es Salam ; parce que tous les peuples en rêvent depuis toujours.
Et c’est la force incroyable, l’audace de la Bible d’affirmer contre vents et marées, et contre toutes les apparences contraires, que le jour de la paix viendra. Et comme justice et paix vont ensemble, « justice et paix s’embrassent » dit même le psaume 84, il n’y aura plus de pauvre à la surface de la terre ; alors la terre sera vraiment « sainte » comme elle doit être ; cet idéal-là court lui aussi tout au long de la Bible ; le livre du Deutéronome disait « Il n’y aura pas de pauvre chez toi » (Dt 15, 4). Le psaume s’inscrit dans cette ligne : « Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. »
Tout ce psaume rappelle donc la promesse de Dieu et lui demande de hâter ce jour… non pas que Dieu risque d’oublier ses promesses ! Au contraire, si les pèlerins assemblés au temple de Jérusalem redisent ce psaume sur le roi-messie, c’est parce qu’ils savent que Dieu n’oublie pas son projet. Quand nous prions, il ne s’agit pas de rappeler à Dieu quelque chose qu’il risquerait d’ignorer ou d’oublier… Quand nous prions, nous apprenons à regarder le monde avec les yeux de Dieu ; nous nous replaçons devant le projet de Dieu pour raviver notre espérance et pour trouver la force de travailler à l’accomplissement de la promesse. Car la paix, la justice, le salut des pauvres et des malheureux ne viendront pas par un coup de baguette magique : à nous de prier, de faire nôtre le projet de Dieu, et de nous laisser guider par l’Esprit Saint pour nous engager dans ce combat. Avec sa lumière, avec sa force, avec sa grâce, nous y arriverons.
——————————
Note
1 – À partir du texte hébreu, ce verset (Gn 12, 3) peut s’entendre de deux manières, et ces deux manières ne s’excluent pas l’une l’autre, au contraire elles s’additionnent : d’abord « Par toi se béniront toutes les familles de la terre » : c’est-à-dire, quand elles se souhaiteront du bien, toutes les familles de la terre feront référence à toi comme un modèle de réussite ; on dira « puisses-tu réussir comme notre père Abraham » ; deuxième traduction : « À travers toi, Abraham, grâce à toi, toutes les familles de la terre seront bénies, c’est-à-dire connaîtront le bonheur » (à condition qu’elles veuillent bien entrer dans ce projet, bien sûr).

DEUXIÈME LECTURE – Lettre de saint Paul apôtre aux Romains 15, 4 – 9

Frères,
4 tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints
l’a été pour nous instruire,
afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures,
nous ayons l’espérance.
5 Que le Dieu de la persévérance et du réconfort
vous donne d’être d’accord les uns avec les autres
selon le Christ Jésus.
6 Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix,
vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.
7 Accueillez-vous donc les uns les autres,
comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu.
8 Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs,
en raison de la fidélité de Dieu,
pour réaliser les promesses faites à nos pères ;
9 quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde
qu’elles rendent gloire à Dieu,
comme le dit l’Écriture :
C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations,
je chanterai ton nom.


Voilà une phrase à écrire en lettres d’or : « Tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que nous ayons l’espérance. »
Être convaincu que l’Écriture n’a qu’un but, celui de nous instruire, qu’elle est pour nous source d’espérance, c’est la meilleure clé pour l’aborder. À partir du moment où nous abordons la Bible avec cet a priori positif, les textes s’éclairent. Pour le dire autrement, l’Écriture est toujours Bonne Nouvelle ; concrètement, cela veut dire que si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. Ce n’est pas un péché de ne pas comprendre, il faut seulement continuer à travailler pour découvrir la Bonne Nouvelle qui est toujours dans l’Écriture.
Quand nous acclamons la Parole de Dieu à la Messe, ou bien quand nous disons « Évangile (c’est-à-dire Bonne Nouvelle) de Jésus-Christ notre Seigneur », ce n’est pas une simple façon de parler. C’est le contenu même de notre foi ; comme dirait La Fontaine « Un trésor est caché dedans » ; à nous de creuser le texte pour le découvrir.
Pas étonnant que l’Écriture nourrisse notre espérance puisqu’elle n’a en définitive qu’un seul sujet, l’annonce du fantastique projet de Dieu, ce que Paul appelle le « dessein bienveillant de Dieu », c’est-à-dire la parole d’amour de Dieu à l’humanité.
Revenons à notre lettre aux Romains : Paul continue par un rappel à l’ordre bien concret adressé aux Chrétiens de Rome : « Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis » ; on peut en déduire aussitôt qu’il y avait un problème. On ne sait pas par qui Paul était informé de ce qui se passait dans cette communauté où il n’était jamais allé…
Mais à lire entre les lignes, on devine qu’il y avait un conflit entre deux camps, les Chrétiens d’origine juive et ceux d’origine païenne : les premiers restaient attachés à l’observance de toutes les pratiques juives, en matière de nourriture notamment, et les seconds trouvaient ces exigences périmées.
Nous connaissons bien ce problème qui a empoisonné très vite la vie des communautés chrétiennes : selon les lieux et les communautés, il pouvait jouer dans les deux sens : soit les Chrétiens d’origine juive voulaient imposer les pratiques juives à ceux qui étaient issus du paganisme ; soit les Chrétiens issus du paganisme se considéraient comme des esprits supérieurs parce qu’ils ne s’astreignaient pas à des pratiques jugées surannées. À Rome il s’agit peut-être de ce second cas. En tout cas il est clair que la discorde et peut-être le mépris s’installait.
Nous-mêmes au vingt-et-unième siècle, ne sommes pas exempts de querelles de ce genre : les camps portent d’autres noms mais à l’intérieur de la seule Église catholique, les diversités de sensibilités sont devenues des divergences et de véritables conflits parfois. La différence, c’est qu'aujourd’hui, pour éviter les conflits, chacun choisit sa paroisse ou son groupe, le lieu qui lui convient… Il n’est pas sûr qu’à terme, ce soit la solution la plus pacifique…
À Rome on essayait l’autre solution, celle de la cohabitation. Paul ne leur dit pas : séparez-vous, coupez la communauté en deux, les Chrétiens d’origine juive d’un côté, et ceux d’origine païenne de l’autre ; il leur donne, au contraire, des conseils de cohabitation :
Dans les versets qui précèdent notre passage d’aujourd’hui, il leur a dit : « Recherchons donc ce qui convient à la paix et à l’édification mutuelle » (14, 19) et « Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain en vue du bien, pour édifier » (sous-entendu pour édifier la communauté) (15, 2). « Édifier », c’est un mot du vocabulaire de la construction : Paul veut dire par là que chacune de nos communautés chrétiennes est un édifice à construire au jour le jour ; encore faut-il que nous y mettions un peu du ciment de la patience et de la tolérance. Ici, il leur dit : « Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. »
Comme toujours, la règle de la conduite des Chrétiens doit être d’imiter le Christ lui-même : « Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis ». Et qu’a fait le Christ ? Paul précise : « le Christ s’est fait le Serviteur des Juifs », ce qui est une allusion au personnage du serviteur décrit par Isaïe. Vous vous souvenez de ces quatre textes des chapitres 42 à 53 du livre d’Isaïe qui décrivent le Serviteur de Dieu1 : choisi par Dieu, (le texte dit même qu’il est « l’Élu » de Dieu), le Serviteur, instruit chaque matin par la Parole, donne sa vie pour ses frères et grâce au don de sa vie, il sauve ses frères, et mieux encore, le salut de Dieu parvient à toutes les nations.
Manifestement quand Paul écrit aux Romains, il est imprégné de ces quatre textes. Et il relit la vie du Christ à leur lumière. Grâce au don que Jésus a fait de sa vie, tous sont sauvés, les Juifs à cause de l’Alliance avec Israël, les anciens païens par pure grâce. Il n’est donc pas question pour qui que ce soit d’invoquer une quelconque supériorité, tout est l’œuvre du Christ : « Si le Christ s’est fait le Serviteur des Juifs, c’est en raison de la fidélité de Dieu à ses promesses… mais c’est en raison de la miséricorde de Dieu que les nations païennes peuvent lui rendre gloire ».
Conclusion : accueillez-vous mutuellement, juifs ou païens devenus chrétiens, ne vous occupez plus de votre passé respectif, chantez seulement la gloire de Dieu, sa fidélité pour les uns, sa miséricorde pour les autres.
——————————–
Note
1 – Voici les références des quatre « Chants du Serviteur » dans le livre d’Isaïe :
Is 42 , 1-7 ; Is 49, 1-6 ; Is 50, 4-7 ; Is 52,13 – 53, 12

ÉVANGILE – selon saint Matthieu 3 , 1 – 12

1 En ces jours-là,
paraît Jean le Baptiste,
qui proclame dans le désert de Judée :
2 « Convertissez-vous,
car le royaume des Cieux est tout proche. »
3 Jean est celui que désignait la parole
prononcée par le prophète Isaïe :
Voix de celui qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
 rendez droits ses sentiers.
4 Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau,
et une ceinture de cuir autour des reins ;
il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage.
5 Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain
se rendaient auprès de lui,
6 et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain
en reconnaissant leurs péchés.
7 Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens
se présenter à son baptême,
il leur dit :
« Engeance de vipères !
Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
8 Produisez donc un fruit digne de la conversion.
9 N’allez pas dire en vous-mêmes :
‘Nous avons Abraham pour père’ ;
car, je vous le dis :
des pierres que voici,
Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
10 Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres :
tout arbre qui ne produit pas de bons fruits
va être coupé et jeté au feu.
11 Moi, je vous baptise dans l’eau,
en vue de la conversion.
Mais celui qui vient derrière moi
est plus fort que moi,
et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales.
Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
12 Il tient dans sa main la pelle à vanner,
il va nettoyer son aire à battre le blé,
et il amassera son grain dans le grenier ;
quant à la paille,
il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »


Quand Jean-Baptiste commence sa prédication, l’occupation romaine dure depuis quatre-vingt-dix ans à peu près : le roi Hérode a été laissé en place par les Romains mais il est unanimement détesté ; les partis religieux sont divisés et on ne sait plus très bien qui croire ; il y a les collaborateurs et les résistants… régulièrement un exalté fait parler de lui, promet le salut, mais cela se termine toujours mal.
C’est dans ce contexte que Jean-Baptiste se met à prêcher ; il vit dans le « désert » de Judée (entre le Jourdain et Jérusalem) ; à vrai dire cette région n’est pas totalement désertique, mais ce qui intéresse Matthieu, ce n’est pas le degré de sécheresse, c’est le sens spirituel du désert : il a en tête toute la résonance de l’expérience d’Israël au désert pendant l’Exode et la méditation des prophètes sur l’Alliance conclue là-bas dans la ferveur de ce que le prophète Osée appelle des fiançailles1.
Jean-Baptiste paraît et tout, son vêtement2 de poils de chameau comme sa nourriture (sauterelles et miel sauvage qui sont typiques des ascètes du désert), l’apparente aux grands prophètes de l’Ancien Testament. Certains même ont pensé qu’il était peut-être le prophète Élie dont on attendait le retour pour la fin des temps (cf Ml 3, 233). Par sa prédication aussi, Jean-Baptiste rejoint les prophètes : comme eux, il a un double langage, doux, encourageant pour les humbles, dur, menaçant pour les orgueilleux. Le but, c’est de rassurer les petits, mais de réveiller ceux qui se croient arrivés, comme on dit… ou plus exactement d’attirer leur attention sur leurs comportements. Par exemple, plus qu’une insulte, l’expression « Engeance de vipères »4 est une mise en garde : cela revient à dire « vous êtes de la même race que le serpent tentateur, le « diviseur » du Paradis terrestre ».
Ses auditeurs, habitués au langage des prophètes, savent bien qu’au fond, ce n’est pas à des personnes ou à des catégories de personnes qu’il s’en prend, mais à des manières d’être. Jean-Baptiste annonce donc le jugement comme un tri qui se fera non pas entre des personnes, mais à l’intérieur de chacun de nous. Pour cela il emploie l’image du feu : nous l’avions rencontrée dans le même sens chez Malachie, il n’y a pas longtemps. Vous vous souvenez qu’il disait : « Voici que vient le jour du SEIGNEUR, brûlant comme la fournaise… » (Ml 3,19 ; 33e dimanche de l’année C) : tout ce qui est mort, desséché, (entendons dans nos manières d’être), sera coupé, brûlé… mais on sait bien que si le jardinier fait ce tri, c’est pour permettre aux branches bonnes de se développer. Le cultivateur fait un tri analogue au moment de la moisson : le grain sera amassé dans le grenier, la paille sera brûlée ; ce qui est bon, en chacun de nous, même si c’est très peu, sera précieusement engrangé.
Cela aussi, c’est une Bonne Nouvelle : il y a en chacun de nous des comportements, des manières d’être, dont nous ne sommes pas très fiers… ceux-là, nous en serons débarrassés. Mais tout ce qui, en chacun de nous, peut être sauvé sera sauvé.
Jean-Baptiste dit bien que c’est Jésus qui fera ce tri : « celui qui vient derrière moi… vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ; il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. » Cela revient à dire que Jésus de Nazareth est Dieu. Car dans tout l’Ancien Testament, Dieu a été présenté comme le seul juge, celui qui sonde les reins et les cœurs, celui qui connaît tout homme en vérité.
Jean-Baptiste a encore une autre manière très imagée de nous dire qui est Jésus : « Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi » (il faut savoir que dans la Bible, l’adjectif « fort » est habituellement appliqué à Dieu) « et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales ». Il faut imaginer la scène : bien évidemment, pour entrer dans le Jourdain, si on est chaussé, il faut se déchausser ; quand un homme important avait un esclave, c’était l’esclave qui défaisait ses sandales ; mais s’il avait un disciple, le disciple considérait qu’il était au-dessus de l’esclave et il ne s’abaissait pas à défaire les sandales de son maître.
Jean-Baptiste dit : « Moi, je ne mérite pas d’être considéré comme un disciple de Jésus ; je ne mérite même pas d’être considéré comme son esclave, je ne suis même pas digne de dénouer ses sandales ». Le plus piquant dans l’histoire, c’est que celui qui jusque-là était en position de maître suivi par des disciples, c’était justement Jean-Baptiste et non Jésus. Pourquoi Jean-Baptiste s’efface-t-il ainsi devant le nouveau venu ?
Parce que Jésus est celui qui baptisera, c’est-à-dire qui plongera l’humanité dans le feu de l’Esprit Saint : « Moi, je baptise 5 dans l’eau (sous-entendu parce que je ne suis qu’un homme), lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint ». Qui dispose à son gré de l’Esprit de Dieu, sinon Dieu lui-même ? Si le prophète Joël était là, au bord du Jourdain, il pourrait dire : vous voyez, je vous l’avait bien dit, le jour est enfin venu où Dieu répand son esprit sur toute chair.
À nous de nous laisser emporter dans ce feu.
——————————
Notes
1 – Matthieu nous dit : « À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du SEIGNEUR, aplanissez sa route ». C’est une citation d’Isaïe (40, 3).
2 – Élie était reconnaissable à son vêtement : « Il portait un vêtement de poils et un pagne de peau autour des reins. » (2 R 1, 8).
3 – Malachie 3, 23 : « Voici que je vais vous envoyer Élie, le prophète, avant que ne vienne le jour du SEIGNEUR. »
4 – « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » Entendons-nous bien, Jean-Baptiste ne dit pas aux sadducéens, ni aux pharisiens, pas plus qu’au petit peuple, que tout est perdu. Il n’a de haine ni pour les uns ni pour les autres. Je crois bien qu’à tous il dit : « de vous tous, de toutes vos souches, comme de la racine de Jessé, un rejeton peut encore sortir » (cf. la première lecture).
5 – « Moi, je vous baptise dans l’eau » : un rite de baptême, c’est-à-dire de plongée dans l’eau, était donc déjà pratiqué avant Jésus-Christ, il ne l’a pas inventé. Mais il en a changé le sens.

Complément
Matthieu a commencé son Évangile par l’arbre généalogique de Jésus, histoire de nous montrer que celui-ci est vraiment le Messie puisqu’il descend directement de David ; puis il a raconté l’annonce à Joseph, la visite des mages, la fuite en Égypte et le massacre des saints innocents, et enfin le retour d’Égypte et l’installation de la Sainte Famille à Nazareth. Ce sont ses deux premiers chapitres, une sorte de prologue qui dit déjà tout du mystère de Jésus ; fils de David, fils de Dieu, roi véritable… mais aussi déjà persécuté : l’affrontement final est déjà esquissé dans ces épisodes du début de sa vie terrestre. Dans le texte d’aujourd’hui, Matthieu nous dit de plusieurs manières que Jésus est Dieu.
Nous voilà donc au chapitre 3 qui commence par « En ces jours-là paraît Jean le Baptiste ». Les deux chapitres 3 et 4 sont certainement une charnière dans l’évangile de Matthieu : c’est là, avec Jean-Baptiste, que commence la prédication du Règne des cieux. Et si l’on compare l’entrée en scène, si j’ose dire, de Jean-Baptiste et de Jésus, il est clair que Matthieu a volontairement fait un parallèle entre les deux. Pour n’en donner qu’un exemple, quelques versets plus bas, il emploie pour Jésus la même formule : « Alors paraît Jésus ».

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 00:00

Le premier dimanche de l'Avent se situe entre 4 et 3 semaines avant Noël dans le calendrier liturgique catholique. Il marque le début de l'année liturgique.

Évangile selon saint LUC. Chap. XXI.

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Il y aura des signes dans le soleil, et dans la lune, et dans les étoiles ; et, sur la terre, les peuples seront dans la consternation, par le trouble que causera le bruit de la mer et des flots. Les hommes sécheront de frayeur dans l’attente des choses qui doivent arriver à l’univers : car les Vertus des cieux seront ébranlées. Et alors il verront le Fils de l’homme venant sur une nuée avec une grande puissance et majesté. Pour vous, lorsque ces choses commenceront d’arriver, regardez en haut et levez vos têtes ; car votre rédemption approche. Et il leur fit cette comparaison : Voyez le figuier et tous les arbres : lorsqu’ils commencent à pousser, vous connaissez que l’été est proche. De même, quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Royaume de Dieu est proche. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n’arrivent. Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront point.


Épître de saint Paul, Apôtre, aux Romains. Chap. XIII.

Mes Frères, nous savons qu’il est temps de nous réveiller de notre sommeil ; car notre salut est plus proche que lorsque nous avons commencé à croire. La nuit est sur sa fin, et le jour approche. Jetons donc au loin les œuvres des ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière. Marchons dans l’honnêteté, comme on fait en plein jour, et non dans les débauches, dans les excès de la boisson, dans les impudicités, dans les dissolutions, dans les querelles et les envies ; mais revêtez-vous de notre Seigneur Jésus-Christ.


Offertoire

Vers vous ô mon Dieu, j’ai élevé mon âme. En vous j’ai mis ma confiance, et je n’aurai point à en rougir. Que mes ennemis ne se rient point de ma patience ; car tous ceux qui vous attendent ne seront point confondus.


Communion

Le Seigneur répandra sur nous son bienfait, et notre terre produira son fruit. Viennent ensuite les Oraisons de conclusion et d’action de grâces.


Introït

Ant. ad Introitum. Ps. 24, 1–3. Introït Ad te levávi ánimam meam : Deus meus, in te confíde, non erubéscam : neque irrídeant me inimíci mei : étenim univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur.

Vers vous l’élan de mon âme, ô mon Dieu ! En vous ma confiance : que je n’aie pas à en rougir et que mes ennemis ne puissent pas se moquer de moi car ceux qui comptent sur votre venue ne seront pas déçus.

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 00:00

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 00:00

PREMIÈRE LECTURE – Livre du deuxième livre de Samuel 5, 1-3

En ces jours-là,
Toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron
et lui dirent :
« Nous sommes de tes os et de ta chair.
Dans le passé, déjà, quand Saül était notre roi,
C’est toi qui menais Israël en campagne et le ramenais
et le SEIGNEUR t’a dit :
Tu seras le berger d’Israël mon peuple,
tu seras le chef d’Israël. »
Ainsi, tous les anciens d’Israël
vinrent trouver le roi à Hébron.
Le roi David fit alliance avec eux,
à Hébron, devant le SEIGNEUR.
Ils donnèrent l’onction à David
pour le faire roi sur Israël.


Un mot sur la ville d’Hébron d’abord : on l’appelle aussi Qiryat-Arba ; c’est une ville des montagnes de Judée ; elle se trouve à 1000 m d’altitude, à environ quarante kilomètres au Sud de Jérusalem. Elle est très importante encore aujourd’hui pour les croyants des trois religions parce que c’est là qu’Abraham a acheté un tombeau pour Sara, à la caverne de Makpéla. Et donc c’est là, à Hébron, que reposent plusieurs des patriarches (des ancêtres du peuple élu, si vous préférez) : Abraham et Sara, Isaac et Rébecca, Jacob et sa première femme, Léa et enfin Joseph, dont le corps a été ramené d’Égypte jusque-là.
Un peu d’histoire maintenant, pour comprendre le texte d’aujourd’hui : le texte est un peu compliqué à première vue parce que David est appelé roi et en même temps on voit les anciens d’Israël qui viennent le trouver à Hébron pour lui demander de devenir leur roi : en fait, David est déjà reconnu comme roi par une partie du peuple, mais une partie seulement. Et ce jour-là, à Hébron, il est devenu le roi de l’ensemble des douze tribus.
Alors, comment en est-on arrivés là ? On se souvient que les fils d’Israël sont entrés sur leur terre vers 1200 av. J.-C., après la mort de Moïse. Pendant un peu plus d’un siècle, les douze tribus ont vécu indépendantes ; pas complètement tout de même parce qu’elles gardaient entre elles un lien très fort : celui de leur histoire commune, et surtout la reconnaissance du même Dieu qui les avait fait « monter d’Égypte », comme on disait. Pendant la période qu’on appelle des « Juges », quand un danger menaçait une tribu, un chef temporaire, qu’on appelait un « juge », prenait la direction des opérations jusqu’à ce que le danger soit écarté. Les « juges » en question assuraient les fonctions de gouverneur, parfois même de prophète ; c’était le cas de Samuel justement, celui dont le livre que nous lisons aujourd’hui porte le nom.
Mais il n’était pas question d’avoir un roi, les tribus n’étaient pas assez unies pour cela et puis Dieu seul était le roi d’Israël. Mais peu à peu, une idée de fédération est née et l’envie les a pris d’avoir un roi, comme tous les autres peuples. Au moment où il a fallu songer à assurer la succession de Samuel lui-même qui semble avoir acquis une très large autorité, la question s’est reposée et ils ont demandé à Samuel de choisir un roi pour lui succéder. Samuel a très mal pris la chose parce qu’il y voyait un acte d’insoumission envers Dieu, mais rien n’y a fait.
Samuel a tout fait pour les dissuader (pour s’en convaincre, il suffit de relire le chapitre 8 du premier livre de Samuel), mais il a eu beau parler, il a bien fallu en arriver là. Ce premier roi d’Israël fut Saül. Il a régné une vingtaine d’années, environ de 1030 à 1010 av. J.-C. Après un début glorieux, la fin de son règne est triste, il perd peu à peu la raison, il désobéit aux ordres du prophète Samuel : de son vivant il est désavoué et Samuel, sur ordre de Dieu, choisit déjà David, le petit berger de Bethléem pour être son successeur. David a donc reçu l’onction d’huile une première fois de la main de Samuel, à Bethléem ; mais il n’est pas roi pour autant : dans un premier temps, c’est encore Saül le roi en titre. On connaît la suite : David, dont on sait les talents de musicien, est appelé au service de Saül pour le distraire ; puis, peu à peu, ses attributions augmentent quand on découvre ses talents de chef de guerre. De plus, il conquiert l’affection de tous et, en particulier, noue une grande amitié avec Jonathan, le fils de Saül.
Le roi décline, un jeune à qui tout réussit est entré à la cour : cela ne peut que mal tourner ; Saül devient mortellement jaloux et cherche à plusieurs reprises à se débarrasser de ce rival : David, lui, reste toujours d’une parfaite loyauté à son roi, parce qu’il respecte en lui le roi choisi par Dieu.
Après la mort de Saül, il y a une querelle de succession : le pays se divise en deux : David est reconnu comme roi, mais seulement par une partie du peuple, la tribu de Juda, dans le Sud, dont il est originaire. Il règne à Hébron. Au Nord, en revanche, c’est encore un fils de Saül qui règnera quelque temps, sept ans et demi, nous dit la Bible : après des quantités d’intrigues, de complots, de meurtres dans le royaume du Nord, le fils de Saül est assassiné et c’est à ce moment-là que les tribus du Nord, privées de roi se tournent vers David. Avec le texte d’aujourd’hui, nous assistons donc à la scène du ralliement des tribus du Nord : « Toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : Nous sommes du même sang que toi ! Dans le passé, déjà, quand Saül était notre roi, tu dirigeais les mouvements de notre armée… Et le SEIGNEUR t’a dit : Tu seras le pasteur d’Israël mon peuple… Le roi David fit alliance avec les Anciens d’Israël, à Hébron devant le SEIGNEUR et eux donnèrent l’onction à David pour le faire roi ».
Voilà donc les douze tribus enfin réunies sous la houlette d’un unique pasteur, à la fois choisi par Dieu et reconnu par ses frères comme un des leurs. Sa désignation par Dieu est manifestée par l’onction qui lui est faite avec l’huile sainte et désormais il porte le titre de « Messie » qui veut dire justement le « frotté d’huile ». Cette onction d’huile est le signe que Dieu l’a choisi et que l’Esprit de Dieu est avec lui ; et c’est Dieu qui lui a fixé sa tâche : être un pasteur, un berger pour son peuple. Bel idéal pour un roi !
On sait bien ce qu’il en est ! Cet idéal d’un roi, à la fois issu de son peuple et choisi par Dieu, qui soit un pasteur uniquement préoccupé d’offrir à son troupeau l’unité et la sécurité, restera malheureusement tout au long de l’histoire d’Israël un rêve. Mais la foi dans les promesses de Dieu l’emportera toujours sur les déceptions de l’histoire : on continuera d’attendre celui qui porterait dignement le nom de Messie. En grec, la traduction du mot « Messie », c’est le mot « Christos », ChristMille ans après David, un de ses lointains descendants qu’on appellera souvent « Fils de David » inaugurera enfin ce règne définitif : il dira de lui-même « Je suis le bon pasteur ».


PSAUME – 121 (122), 1-2, 3-4, 5-6

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du SEIGNEUR! »
2 Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

3 Jérusalem, te voici dans tes murs !
Ville où tout ensemble ne fait qu’un !
4 C’est là que montent les tribus, les tribus du SEIGNEUR,
là qu’Israël doit rendre grâce au nom du SEIGNEUR.

5 C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.
6 Appelez le bonheur sur Jérusalem :
Paix à ceux qui t’aiment ! »


« Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! » C’est un pèlerin qui parle : son groupe vient d’arriver aux portes de la ville sainte, enfin ! Nous sommes après l’Exil à Babylone : le Temple détruit, dévasté, profané par les troupes de Nabuchodonosor, a été reconstruit vers 515 av. J.-C. La ville aussi a été rebâtie : notre pèlerin constate avec joie : « Jérusalem, te voici dans tes murs ! » Et il continue « ville où tout ensemble ne fait qu’un » ; il parle de l’assemblage des constructions, bien sûr ; mais aussi de l’unité du peuple autour de cette ville où l’on s’assemble pour renouveler l’Alliance avec Dieu. Une promesse commune, un destin commun maintiennent ce peuple dans l’unité.
Et si Dieu a ordonné de venir régulièrement en pèlerinage à Jérusalem, c’est pour maintenir justement l’unité du peuple dans la ferveur et la joie de l’Alliance. Car ce pèlerinage, comme tous les autres, obéit à un ordre de Dieu : « C’est là que montent les tribus, les tribus du SEIGNEUR, c’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du SEIGNEUR». Le mot « tribus » est un rappel de l’Exode ; le mot « monter » également : Jérusalem est située sur la hauteur, il faut y monter, c’est vrai ; mais le mot « monter » est aussi une allusion à la libération d’Égypte : quand on parle de cette libération, on dit « Dieu nous a fait monter du pays d’Égypte ».
Désormais on monte à Jérusalem en pèlerinage : et on « monte » vraiment : le pèlerinage se fait à pied, parfois de très loin, dans la fatigue, la chaleur, la soif, mais aussi la ferveur du coude à coude et des difficultés surmontées ensemble ; (nos parcours en autocar, de Jéricho à Jérusalem, par exemple, ne peuvent pas assurer, de la même manière cette cohésion du groupe et cette ferveur commune). Quand le pèlerin de notre psaume s’exclame « Maintenant, notre marche prend fin ! », il exprime tout à la fois l’émerveillement devant le spectacle de la ville et le soulagement d’être arrivés, enfin!… Donc, on monte à Jérusalem, comme les tribus sont montées du pays d’Égypte, sous la conduite de Moïse, puis de Josué, grâce à la protection du Dieu libérateur. Dans le verset : « C’est là que montent les tribus, les tribus du SEIGNEUR », l’expression « tribus du SEIGNEUR », elle aussi, est un rappel de l’Alliance, au moins pour deux raisons : d’abord l’emploi du nom « SEIGNEUR » : c’est le fameux Nom révélé à Moïse dans le buisson ardent ; quant à la préposition « du » (« les tribus du SEIGNEUR »), elle dit l’appartenance qui est justement caractéristique de l’Alliance : l’une des formules de l’Alliance, on pourrait presque dire sa devise, était « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ».
Et si l’on monte à Jérusalem, chaque année pour la fête des Tentes, c’est pour se retremper dans la ferveur de l’Alliance au cours des multiples célébrations qui en déploieront tous les aspects. Mais le point commun de toutes ces célébrations, ce sera l’action de grâce au Dieu d’Israël pour son Alliance et sa fidélité. « C’est là que montent les tribus, les tribus du SEIGNEUR, c’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du SEIGNEUR. » « Rendre grâce au nom du SEIGNEUR » c’est précisément la vocation d’Israël ; tant que l’humanité tout entière n’aura pas reconnu son Seigneur, c’est le rôle d’Israël au milieu des nations d’être le peuple de l’action de grâce. En même temps, on donne l’exemple, en quelque sorte, en attendant le jour béni où toutes les nations seront ici rassemblées. Il faut relire le magnifique texte d’Isaïe où Israël et les nations sont évoqués tour à tour : manière de montrer à quel point le destin d’Israël et celui des nations sont imbriqués ; si Israël a été choisi, ce n’est pas pour son bénéfice propre, c’est pour être au milieu du monde le témoin de Dieu : « Il arrivera dans l’avenir que la montagne de la Maison du SEIGNEUR sera établie au sommet des montagnes et dominera sur les collines. Toutes les nations y afflueront. Des peuples nombreux se mettront en marche et diront : Venez à la montagne du SEIGNEUR, à la Maison du Dieu de Jacob. Il nous montrera ses chemins et nous marcherons sur ses routes. Oui, c’est de Sion que vient l’instruction, et de Jérusalem la parole du SEIGNEUR. » (Is 2, 2-3)1.
« C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David » : toute l’espérance attachée à la famille de David est redite là ; on se souvient de la promesse faite à David par le prophète Natan : « Lorsque tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j’élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi-même et j’établirai fermement sa royauté… » (2 S 7, 12). Depuis cette promesse, on attend le roi idéal qui gouvernera selon le cœur de Dieu, c’est-à-dire selon le droit et la justice. Quand ce psaume est chanté après l’Exil à Babylone, il n’y a plus de roi sur le trône de David, mais la promesse demeure car Dieu ne peut se renier lui-même, comme dira Saint Paul ; et si on rappelle solennellement cette promesse dans les célébrations, c’est pour raviver l’espérance : le jour de Dieu viendra ; ce jour-là, il y aura de nouveau un roi sur le trône de David, un roi juste…
Un roi qui permettra enfin à Jérusalem d’accomplir sa vocation : « ville de la paix ». Car le souhait adressé à Jérusalem « Que la paix règne dans tes murs ! » n’est pas seulement un vœu pieux, une phrase gentille comme on peut s’en dire en se retrouvant. C’est le cri du cœur : le peuple d’Israël sait qu’il a vocation à être déjà sur cette terre le témoin de la paix que seul Dieu peut donner. Des siècles plus tard, nous fêtons celui qui a inauguré le règne tant espéré par des générations de pèlerins de la ville sainte : « règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix », comme le dit la superbe préface de la fête du Christ-Roi. C’est déjà cette espérance qui soulève les pèlerins, dès le début du pèlerinage : « Quelle joie quand on m’a dit : Nous irons à la maison du SEIGNEUR ».
——————————-
Note
1 – Ce sera notre première lecture du premier dimanche de l’Avent de l’année A, dimanche prochain !


 

 

 

 

DEUXIÈME LECTURE – Lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens 1, 12-20

Frères,
12 rendez grâce à Dieu le Père
qui vous a rendus capables
d’avoir part à l’héritage des saints
dans la lumière.
13 Nous arrachant au pouvoir des ténèbres,
il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé,
14 en lui nous avons la rédemption,
le pardon des péchés.
15 Il est l’image du Dieu invisible,
le premier-né, avant toute créature,
16 en lui, tout fut créé
dans le ciel et sur la terre.
Les êtres visibles et invisibles,
Puissances, Principautés,
Souverainetés, Dominations,
tout est créé par lui et pour lui.
17 Il est avant toute chose,
et tout subsiste en lui.
18 Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église :
c’est lui le commencement,
le premier-né d’entre les morts,
afin qu’il ait en tout la primauté.
19 Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude
et que tout, par le Christ,
20 lui soit enfin réconcilié,
faisant la paix par le sang de sa Croix,
la paix pour tous les êtres
sur la terre et dans le ciel.


Ce texte est à la fois magnifique et terriblement difficile ; mais nous pressentons bien qu’il va très loin dans la contemplation du mystère de notre foi : il résonne comme un credo, une synthèse du mystère du Christ tel que Paul et les premiers Chrétiens1 ont pu le découvrir. On a là une grande fresque du projet de Dieu et l’affirmation que cette œuvre de Dieu est accomplie en Jésus-Christ. Tout a été créé en lui ET tout a été recréé, réconcilié en lui. Jésus-Christ est vraiment le centre du monde et de l’histoire.
D’abord une remarque, tout ce qui est dit du projet de Dieu est dit au passé : « Il vous a rendus capables… Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres… Il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé »… et à la fin du texte : « Dieu a voulu que dans le Christ, toute chose ait son accomplissement total… Dieu a voulu tout réconcilier par lui et pour lui… » Manière de dire que ce projet de Dieu est conçu de toute éternité.
En revanche, tout ce qui concerne le Christ est dit au présent : « En lui nous sommes rachetés, en lui nous sommes pardonnés… Il est l’image du Dieu invisible, Il est avant tous les êtres… Il est la tête du corps qui est l’Église… Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts »… Ce mystère du Christ se déploie en chacun de nous tout au long de notre histoire humaine.
« Il est l’image du Dieu invisible » : c’est peut-être la clé de la pensée de Paul : à la première Création, Dieu a fait l’homme à son image et à sa ressemblance ; la vocation de tout homme, c’est d’être l’image de Dieu. Or le Christ est l’exemplaire parfait, si l’on ose dire, il est véritablement l’homme à l’image de Dieu : en contemplant le Christ, nous contemplons l’homme, tel que Dieu l’a voulu. « Voici l’homme » (Ecce homo) dit Pilate à la foule, sans se douter de la profondeur de cette déclaration !
Mais, en Jésus, nous contemplons également Dieu lui-même : dans l’expression « image du Dieu invisible » appliquée à Jésus-Christ, il ne faudrait pas minimiser le mot « image » : il faut l’entendre au sens fort ; en Jésus-Christ, Dieu se donne à voir ; ou pour le dire autrement, Jésus est la visibilité du Père : « Qui m’a vu a vu le Père » dira-t-il lui-même à Philippe (dans l’évangile de Jean : Jn 14, 9). Un peu plus bas dans cette même lettre, Paul dit encore : « En Christ habite toute la plénitude de la divinité » (Col 2 , 9). Il réunit donc en lui la plénitude de la créature et la plénitude de Dieu : il est à la fois homme et Dieu. En contemplant le Christ, nous contemplons l’homme… en contemplant le Christ, nous contemplons Dieu.
Reste à savoir pourquoi le sang de la croix du Christ, comme dit saint Paul, nous réconcilie avec Dieu. Et là, le problème, semble-t-il, c’est que ce texte peut être lu de deux manières : première manière, mais qui donne de Dieu une idée complètement fausse : Dieu aurait voulu que Jésus souffre beaucoup pour mériter l’effacement de nos péchés… Mais il faut tourner résolument le dos à des explications de ce genre ; on sait bien qu’il ne s’agit pas de payer une dette à Dieu. Deuxième manière de comprendre ce texte, et c’est celle que je vous propose : c’est la haine des hommes qui tue le Christ, mais, par un mystérieux retournement, cette haine est transformée par Dieu en un instrument de réconciliation, de pacification.
A l’échelle humaine, nous avons parfois des exemples de cet ordre : je pense à des hommes comme Itzak Rabin, Martin Luther King, Gandhi, Sadate… Ils ont prêché la paix, l’égalité entre les hommes, et cela leur a coûté la vie ; ils ont été victimes de la haine des hommes ; mais, paradoxalement, leur mort a inauguré un progrès de la paix et de la réconciliation. Un témoignage d’amour et de pardon, qui va parfois jusqu’au sacrifice de sa vie, est un ferment de paix. Parce qu’il nous montre le chemin, il attendrit notre cœur, si nous le voulons bien.
Mais cela ne suffit pas à réconcilier l’humanité tout entière avec Dieu car ils ne sont que des hommes. Jésus, lui, est l’homme – Dieu : il est à la fois le Dieu qui pardonne et l’humanité qui est pardonnée ; ce qui nous réconcilie, c’est que le pardon accordé par le Christ à ses bourreaux, est le pardon même de Dieu. C’est Dieu qui pardonne… par pure miséricorde de sa part. Désormais, nous savons, parce que nous l’avons vu de nos yeux, jusqu’où va l’amour et le pardon de Dieu. C’est pour cela que nous avons des crucifix dans nos maisons. Ajoutons que seul Jésus, parce qu’il est Dieu, peut nous transmettre l’Esprit de Dieu pour que nous devenions capables de pardonner à notre tour.
Comme dit saint Paul, il a plu à Dieu de nous pardonner à travers Jésus-Christ : « Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel. » Au jour du Vendredi saint sur le Calvaire, celui que nous appelons « le bon larron » fut le premier bénéficiaire de cette réconciliation. (c’est l’évangile de cette fête du Christ-Roi).
Ce n’est pas magique pour autant, on ne le sait que trop : cette Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus-Christ est offerte mais nous demeurons libres de ne pas y adhérer ; pour nous, baptisés, elle devrait être un sujet sans cesse renouvelé d’émerveillement et d’action de grâce ; c’est pourquoi Paul commençait sa contemplation par : « Rendez grâce à Dieu le Père qui vous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint ». Il s’adressait à ceux qu’il appelle « les saints », c’est-à-dire les baptisés. L’Église, par vocation, c’est le lieu où l’on rend grâce à Dieu. Ne nous étonnons pas que notre réunion hebdomadaire s’appelle « Eucharistie » (littéralement en grec « action de grâce »).
————————————
  1 - Personne, aujourd’hui, ne sait dire avec certitude si cette lettre émane de Paul ou d’un de ses très proches disciples.


ÉVANGILE – selon saint Luc 23, 35-43

En ce temps-là,
On venait de crucifier Jésus,
35 et le peuple restait là à observer.
Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient :
« Il en a sauvé d’autres :
qu’il se sauve lui-même,
s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
36 Les soldats aussi se moquaient de lui.
S’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée,
37 en disant :
« Si tu es le roi des Juifs,
sauve-toi toi-même ! »
38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui :
« Celui-ci est le roi des Juifs. »
39 L’un des malfaiteurs suspendus en croix
l’injuriait :
« N’es-tu pas le Christ ?
Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! »
40 Mais l’autre lui fit de vifs reproches :
« Tu ne crains donc pas Dieu !
Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
41 Et puis, pour nous, c’est juste :
après ce que nous avons fait,
nous avons ce que nous méritons.
Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
42 Et il disait :
« Jésus, souviens-toi de moi
quand tu viendras dans ton Royaume. »
43 Jésus lui déclara :
« Amen, je te le dis :
aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »


Trois fois retentit la même interpellation à Jésus crucifié : « Si tu es… » ; « Si tu es le Messie » ricanent les chefs… « Si tu es le roi des Juifs », se moquent les soldats romains … « Si tu es le Messie » injurie l’un des deux malfaiteurs crucifiés en même temps que lui. Au passage, on note que chacun interpelle Jésus à partir de sa situation personnelle : les chefs religieux du peuple juif attendent le Messie, l’Élu de Dieu… et à leurs yeux, il en a bien peu l’air. Les soldats romains, membres de l’armée d’occupation ricanent sur ce prétendu roi, si mal défendu… Quant au malfaiteur, il attend quelqu’un qui le sauve de la mort : lui aussi en appelle au Messie.
Ces trois interpellations ressemblent étrangement au récit des Tentations dans le désert, au début de la vie publique de Jésus (Luc 4) : trois interpellations, là aussi… par le diable cette fois : « Si tu es le Fils de Dieu… » : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »… « Si tu es le Fils de Dieu… jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder »… et la deuxième tentation concernait justement le titre de roi. Le Tentateur lui avait fait voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre et lui avait dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »
Dans ces deux étapes de la vie du Christ (telle qu’elle est rapportée par saint Luc), la question est au fond la même : quel est le rôle du Messie ? Est-ce un chef politique ou religieux ? Quelqu’un qui a tout pouvoir pour tout arranger ? Un roi tout-puissant ? Si c’est cela, Jésus ne répond évidemment pas à ce schéma : ce condamné, crucifié comme un malfaiteur n’a pas grand chose apparemment d’un roi de l’univers. Il ne répond rien d’ailleurs à ces mises en demeure de montrer enfin son pouvoir.
Dans l’épisode des Tentations, à chacune des provocations du diable, Jésus avait répondu par une phrase de l’Écriture. « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. »… « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. »… « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
L’Écriture était sa référence pour résister ; et on peut bien penser que, tout au long de sa vie terrestre, chaque fois qu’il a affronté des tentations concernant sa mission de Messie, c’est la référence à l’Écriture qui lui a permis de tenir le cap.
Sur la Croix, au contraire, Jésus ne répond pas, il ne dit rien tout au long de cette scène de provocations. Et pourtant l’interpellation est de taille : Messie, il l’est et il le sait ; or le Messie est celui qui sauvera le monde : il devrait donc bien se sauver lui-même ! Cela, c’est notre logique humaine, c’est la logique de ses interlocuteurs. Et c’est de cela qu’il meurt : il meurt de n’avoir pas été conforme à leur logique, à leur idée du Messie.
Mais Jésus sait, lui, que Dieu seul sauve ; il attend son propre salut de Dieu seul. D’ailleurs son nom le dit bien : « Jésus » cela veut dire « C’est Dieu qui sauve ». Il n’a donc rien à ajouter, rien à répondre ; il attend dans la confiance ; il sait que Dieu ne l’abandonnera pas à la mort. Les Tentations sont une fois pour toutes surmontées : il est resté fidèle à sa mission, il ne s’est pas dérobé aux conséquences. Le voilà livré totalement aux mains des hommes : que pourrait-il répondre de plus à ses adversaires ? Donc, il se tait !
En revanche, cet épisode des injures est encadré dans l’évangile de Luc par deux paroles de Jésus, deux paroles de pardon : la deuxième, nous venons de l’entendre, c’est la phrase adressée à celui que nous appelons « le bon larron » ; la première est rapportée par Luc juste avant le passage d’aujourd’hui : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Parole humaine et divine à la fois ; puisqu’il est l’homme-Dieu : le pardon accordé par le Christ à ses bourreaux est le pardon même de Dieu. En Jésus, homme et Dieu, c’est Dieu qui pardonnenous sommes réconciliés, il nous suffit d’accueillir cette réconciliation.
C’est très exactement ce que fait celui qui nous est donné en exemple, le « bon larron » : il reconnaît Jésus comme le Messie, il l’appelle au secours… prière d’humilité et de confiance… Il lui dit « Souviens-toi », ce sont les mots habituels de la prière que l’on adresse à Dieu : à travers Jésus, c’est donc au Père qu’il s’adresse : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras inaugurer ton règne » ; on a envie de dire « Il a tout compris ». Et Jésus lui répond : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ». « Aujourd’hui » : l’attitude de vérité et d’humilité de cet homme qui n’était sûrement pas un enfant de chœur (comme on dit) est la seule condition pour que ce jour soit l’aujourd’hui du salut pour lui.
Au-delà même des Tentations au désert, on se souvient d’un autre homme (Adam), dans un autre jardin, qu’on appelait Éden, le lieu du bonheur, le lieu de délices ; il avait été créé pour être le roi de la création : « Dominez la terre et soumettez-la » ; il était libre mais il n’était pas tout-puissant : il dépendait de Dieu. Mais il a voulu être « comme un dieu ».
« Si tu es le Fils de Dieu » : au fond c’est toujours la même histoire ; Adam s’est trompé : il a cru qu’être fils de Dieu, on le décidait soi-même… il a cru le diable qui disait « vous serez comme des dieux » et il a été chassé du Paradis ; Jésus, au contraire, dont le nom veut dire « C’est Dieu qui sauve », Jésus a attendu le salut de Dieu seulil nous ouvre les portes du Paradis.

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 00:00
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