Iconographie
Dépêche secrète écrite sur doublure de pourpoint, adressée par Louis de Bourbon, prince de Condé, chef militaire des réformés, à Montgomery et Bricquemault, assiégés dans Rouen par l'armée catholique. Les dépêches ont la forme et l'échancrure des pourpoints sur lesquelles elles ont été cousues. Elles étaient écrites en plusieurs exemplaires, afin que les nouvelles passent même si un messager était intercepté. Orléans avait été prise par les protestants, qui avaient fait de la ville leur quartier général.
Fait à Orléans.
Archim
Le Protestantisme et la noblesse
"... la date de 1555 coïncide avec le début d'un effort spécifique de propagande genevoise en direction des nobles français: il est évident que c'est un moyen sûr de donner à la cause calviniste la légitimité et la respectabiltié qui lui manquent encore dans le royaume. L'occasion en est peut-être fournie par la visite du prince Louis de Condé et de sa suite en octobre 1555 à Genève, où il écoute un sermon. Son frère aîné Antoine de Bourbon reçoit une première lettre de Calvin en décembre 1557; la sympathie de ce dernier pour la Réforme n'ira jamais jusqu'à l'adhésion ferme, mais sa femme Jeanne d'Albret [mère de Henri IV] franchit le pas spectaculairement à Noël 1560; quant à Condé, il s'achemine peu à peu vers une conversion qui semble sincère." (Jouanna, 2001, 346)
Surviennent alors la rupture entre les différentes branches de la famille royale, les menées rebelles et les complots. Condé fut arrêté le 31 octobre 1560 par ordre de François II et son procès fut fait. Il risquait d'être exécuté. La mort du jeune roi le sauva, Catherine de Médicis s'efforçant de contrebalancer les clans princiers et nobiliaires les uns par les autres. D'où le document suivant:
Apppointement fait entre messire Loys de Bourbon, Prince de Condé, et monsieur le Duc de Guise. A Lyon, [imprimé] par Jean Saugrain. 1561
Aujourd'huy, vingt-quatrième jour d'aoust, l'an mil cinq cens soixante-un, le Roy estant en son chasteau de Saint Germain en Laye, désirant la pacification du différent qui estoit entre monseigneur le Prince de Condé et monseigneur le Duc de Guise, a pour cest effet assisté, et avec le bon et prudent conseil de la Royne sa mère, fait assembler : le Roy de Navarre ; messeigneurs les Cardinaux de Bourbon, de Lorraine, d Armaignac, de Chastillon, et de Guise ; les Duc de Montpensier et Prince la Roche-suryon ; les Ducz de Nivernois, de Nemours, de Longueville, de Montmorency Connestable, et d'Estampes ; le Chancelier, les seigneurs Saint André et de Brissac Marechaux, le seigneur de Chastillon Admiral de France ; et beaucoup d'autres seigneurs de son conseil privé et chevaliers de son ordre.
En la présence desquelz, après avoir fait appeler et venir en ladite compagnie mesditz seigneurs les Prince de Condé et Duc de Guise, adressant sa parolle à ladite dame sa mère, a dit : « Madame, j'ay fait assembler cette compagnie pour l'accord du différent qui est entre monsieur le Prince de Condé et monsieur de Guise, qui s'y accommoderont (comme je pense) pour le bien de mon service et de ce royaume. Et afin que monsieur le Prince de Condé demeure esclairci de l'opinion qu'il a eue, vous, mon cousin de Guise, luy direz ce qui en est. »
A quoy mondit seigneur le Duc de Guise a fait responce : « Sire, puisqu'il vous plaît que j'esclaircisse monsieur le Prince de l'opinion qu'il a, je luy en diray ce qui en est. » Et parlant à mondit seigneur le Prince de Condé, a dit : « Monsieur, je n'ay, ny ne voudrois avoir mys en avant chose qui fust contre vostre honneur, et n'ay esté autheur, motif, ni instigateur de vostre prison. »
Sur quoy mondit seigneur le Prince de Condé a dit : « Monsieur, je tiens pour meschant et malheureux celuy et ceux qui en ont esté cause.» Et là-dessus mondit seigneur de Guise a respondu : « Je le croy ainsi, cela ne me touche en riens. »
Ce fait, le Roy les a priez de s'embrasser, et comme ilz estoyent proches parents, de demourer bons amys. Ce qu'ilz ont fait et promis. Dont et desquelles choses sadite Majesté a commandé à nous, ses Secrétaires d'estatz, faire ce présent acte.
Signé:
Bourdin ; de Laubespine [secrétaires d'État]