Religion - Royauté
Le samedi 25 août, en la fête de saint Louis, roi de France, confesseur, et de saint Joseph Calasanz, prêtre, nous nous retrouvâmes nombreux pour participer à la messe près de Moulins dans la plus belle église du Bourbonnais, l’église prieurale Saint Pierre de Souvigny, précédée d’une façade gothique flamboyante du XVème siècle, le lieu le plus émouvant pour évoquer la mémoire des Bourbons. Cette messe était concélébrée avec beaucoup de recueillement par deux religieux de la communauté de saint Jean chargée de la paroisse, les fameux Petits gris du R. P. Marie Dominique Philippe. Le prieuré clunisien de Souvigny, l’un des plus anciens monastères du Centre de la France, fut fondé en 915 par le premier seigneur de Bourbon, Adhémar Ier, qui se proclama avoué de Souvigny (ce fut la première base de sa puissance), et plus tard le prieuré passa aux Bénédictins. L’église du Xème siècle fut édifiée à la place d’une église carolingienne déjà placée sous le vocable de saint Pierre. Trop petite, reconstruite sur un plan plus vaste au milieu du XIème siècle, encore agrandie au XIIème, elle fut partiellement reconstruite au XVème siècle, à partir de 1431 ; elle comprend donc toutes les époques du style roman et du style gothique. C’est aujourd’hui un édifice immense de 87 m de long, avec 5 nefs comme l’abbatiale de Cluny dont Souvigny était fille, et avant d’être remaniée elle possédait aussi un narthex et deux transepts, comme dans les églises bourguignonnes, cinq chapelles rayonnantes et des flèches de pierre au-dessus des deux clochers. C’est le meilleur exemple de la rencontre de toutes les écoles romanes, style auvergnat, style berrrichon, style bourguignon, dans cette province qui n’a jamais créé de véritable style bourbonnais. L’église prieurale mérite une visite minutieuse, en particulier pour ses magnifiques chapiteaux romans, ses statues et ses sculptures, sa crypte et son élégante sacristie d’époque moderne qui contient la « colonne du zodiaque » du XIIème siècle, ce « calendrier de Souvigny » avec ses représentations sculptées des astres et des travaux des champs au fil des saisons. Lieu de pèlerinage très fréquenté au Moyen âge, à cause des saints abbés de Cluny Maïeul et Odilon qui y furent enterrés en 994 et 1049, cette insigne fondation des sires de Bourbon leur servit de nécropole à partir du XIVème siècle (tombeaux de Marie de Hainaut, morte au XIVème siècle, dans le musée lapidaire, et de Louis II de Bourbon, mort en 1410, dans la Chapelle vieille), jusqu’ à la confiscation du duché par le Roi en 1523 (tombeaux de Charles 1er et de sa femme Agnès de Bourgogne, morts en 1456 et 1476, de Jean II, mort en 1488, de Pierre II de Beaujeu et de sa femme, la régente Anne de France, morts en 1503 et 1522, de leur fille Suzanne, femme du connétable Charles III, morte en 1521, enfin de Mademoiselle de Tours, fille légitimée de Louis XIV, dans la Chapelle neuve). Le prince Sixte de Bourbon-Parme, le frère de l’Impératrice Zita d’Autriche qui tenta de négocier la paix en 1917, y fut aussi enterré en 1934, premier Bourbon depuis quatre siècles. L’église Saint Pierre est malheureusement en très mauvais état, malgré les efforts de la région Auvergne qui l’a sauvée de la ruine ; ses nombreuses richesses sont mal disposées, peu visibles et insuffisamment mises en valeur. Ce vénérable sanctuaire, dans son état actuel, ne témoigne plus de l’éclat des ducs de Bourbon, qui se transportaient souvent ici au XVème siècle avec leur cour fastueuse. Le flanc Nord de l’église (XIIème-XVème siècles) est pourtant bien dégagé et de belle apparence. En avant de l’église, sur la place, l’imposant prieuré et son cloître, construits du XIIème au XVème siècles, puis partiellement reconstruits par les Bénédictins du XVIème au XVIIIème siècles, ont eux aussi belle allure et comprennent une intéressante salle capitulaire et un musée lapidaire.
Après la messe et la visite individuelle de Saint Pierre, malheureusement bien trop rapide, un car nous transporta jusqu’à Bourbon l’Archambault, qui fut la deuxième capitale du Bourbonnais après Souvigny, à 13 kilomètres du prieuré. Cette ville gauloise devenue station thermale romaine doit son nom à Archambault Ier, fils d’Adhémar Ier, le second seigneur de Bourbon, qui y construisit une première forteresse au milieu du Xème siècle. Placés sur la route, nous pûmes admirer (d’un peu trop loin, malheureusement) les imposantes ruines du château-fort reconstruit à partir de 1321 par le duc Louis Ier, et devenu jusqu’à la fin du XIVème siècle, avec Chantelle, la résidence principale des ducs. Après l’annexion du duché par le domaine royal, le château fut attribué au XVIIème siècle à la maison d’Orléans, qui l’a possédé sans jamais y résider, et ceci jusqu’au comte de Paris. Mal entretenu aux XVIIème et XVIIIème siècles, malgré la vogue des eaux de Bourbon qui attiraient la Cour et même le Roi Louis XIV, la forteresse fut démantelée à la révolution de 1789 ; cependant, malgré les ordres de destruction totale qui furent alors donnés, de très beaux vestiges en subsistent. On voit encore une partie de la magnifique courtine du XIIIème siècle, ainsi que trois superbes tours rondes, seules survivantes des 24 tours et de la muraille qui ceinturaient le château. Une quatrième, la tour Quiquengrogne (XIVème siècle), à l’écart, comprenait des cachots ; c’est pour cela qu’elle ne fut pas détruite à la révolution car on en avait alors trop besoin ! De la chapelle du XIVème siècle, de la Sainte Chapelle bâtie par Jean II vers 1475, du superbe logis d’habitation des ducs, dit le Logis du Roi, il ne reste que des ruines. Le rocher isolé où se trouve le château, dominant la ville et l’étang, constitue un magnifique point de vue ainsi que la proche église Saint Georges du XIIème siècle, église romane agrandie aux XVème et XVIIIème siècles.
Puis notre groupe revint à Souvigny, où la municipalité nous offrait un cocktail dans l’ancienne église paroissiale Saint Marc, située en face du prieuré. Bâtie au XIIème siècle dans le style roman, remaniée au XVIIème, elle fut désaffectée au XIXème siècle lorsque l’ancienne église prieurale Saint Pierre devint, après la révolution, la nouvelle église paroissiale. Les voûtes en ont disparu, remplacées par un berceau en bois du XVIème siècle, mais les chapiteaux romans sont fort intéressants. Cette ancienne église servit longtemps de marché couvert, avant d’être transformée en salle de réception de la mairie. Derrière elle, on peut voir ce qui reste du premier petit château des sires de Bourbon, peut-être bâti dès la fin du IXème siècle sous Charles III le simple ou par Adhémar 1er au début du Xème siècle, avant la fondation du prieuré. Rebâti au XIVème siècle, ce château est passablement défiguré, mais il est entouré de vieilles maisons des XIVème-XVIème siècles, qui datent de l’époque où Souvigny était florissante. Madame le maire de Souvigny nous reçut fort agréablement, et elle tint à offrir au prince de Courtenay, chef de notre groupe, la belle médaille d’honneur de sa ville. Puis nous nous rendîmes pour déjeuner 15 kilomètres plus au Sud, en passant par Besson dont nous pûmes admirer la belle église romane au passage. A l’invitation du prince de Lobkowicz, dont la mère, fille de feu le prince Xavier, duc de Parme et de Plaisance, sœur du duc de Parme actuel, est deux fois Bourbon (par son père Bourbon-Parme et par sa mère Bourbon-Busset), nous nous dirigeâmes vers ses deux châteaux. Nous vîmes d’abord le Vieux Bostz, beau monument des XVème et XVIème siècles en cours de restauration, puis le nouveau château de Bostz construit au XIXème siècle, où le prince réside et où fut servi à la nombreuse assistance un déjeuner très apprécié, au cours duquel il nous fut permis de parler entre nous et de mieux nous connaître.
Au début de l’après-midi, nous prenions la route de Moulins, située à une vingtaine de kilomètres au Nord-Est. Deux excellents guides de l’Office du tourisme nous présentèrent longuement la vieille ville, qui reste particulièrement attachante. Ce n’était au début qu’un village où l’on trouvait des moulins sur l’Allier (d’où son nom), lorsque la capitale des sires de Bourbon était à Bourbon l’Archambault ; cependant ils construisirent ici un premier château, modeste, probablement au début du XIIIème siècle. Archambault VI accorda à Moulins, devenue une petite ville bien vivante, une charte de franchise en 1232 et le premier duc, Louis Ier, fit reconstruire le château vers 1340. Celui-ci s’agrandit peu à peu, se doubla d’une importante collégiale fondée par les ducs en 1386, et à partir de Louis II il devint une somptueuse demeure, siège d’une véritable Cour et d’un gouvernement constitué. Dès le milieu du XIVème siècle, les ducs en firent leur principale résidence, délaissant peu à peu celles de Bourbon et de Chantelle, et à la fin du XVème siècle Moulins devint officiellement la capitale du duché. A partir du mariage en 1488 de la princesse Anne de France avec le sire de Beaujeu, le futur duc Pierre II, la prospérité de la ville devint éclatante, surtout lorsqu’Anne exerça la régence, celle de son jeune frère mineur le roi Charles VIII, puis la régence en son nom pendant les guerres d’Italie. La confiscation du duché par le Roi en 1523 mit fin à cette période faste, dont témoignent encore de nombreuses maisons bourgeoises et logis nobles de belle apparence. Moulins resta cependant la capitale de la province du Bourbonnais, et vit encore en 1548 le splendide mariage d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, les parents du futur Henri IV. Mais après cette grande époque, les maisons, les édifices publics et les couvents se mettent à la mode au XVIIème et au XVIIIème siècles, d’une manière très modeste, très provinciale.
Les petites rues étroites de la vieille ville, délimitée par des boulevards ombragés, offrent d’intéressantes perspectives et la vue de quelques hôtels remarquables, tels l’hôtel de la Ferronaye, l’ancienne halle, le doyenné et le palais de justice (l’ancien collège des Jésuites), tous du XVIIème siècle. Nos excellents guides nous montrèrent en détail les plus belles rues de Moulins, la rue des Orfèvres et la rue de l’Ancien Palais, avec leurs maisons des XVème et XVIème siècles : la place de l’Ancien Palais, qui abrite un intéressant musée folklorique dans une maison du XVème siècle, est particulièrement remarquable. Le beffroi de 1455 dit aussi tour de l’Horloge, avec son Jacquemart du XVIIème siècle, la rue d’Allier avec ses hôtels des XVème et XVIème siècles nous conduisirent aux pauvres restes du château ducal, incendié en 1755 et achevé par la révolution de 1789. De ce magnifique palais qui domine la basse ville, ne reste guère qu’un gros donjon des XIVème et XVème siècles, la Mal Coiffée (qui servit de prison jusqu’à nos jours), un joli bâtiment du XVème siècle et un pavillon Renaissance, dit pavillon d’Anne de Beaujeu, abritant un musée municipal passionnant que notre guide n’eut malheureusement pas le temps de nous montrer. Après cette visite des vieux quartiers, notre groupe dut attendre longtemps, à cause de l’affluence des invités d’un très grand mariage, pour pénétrer dans l’ancienne collégiale Notre Dame, bâtie du XIVème au XVIème siècle et terminée en 1507 ; elle est devenue la cathédrale Notre Dame en 1822 lorsque fut créé le diocèse de Moulins, et elle a été considérablement agrandie. Finalement nous pûmes entrer et voir le remarquable chœur gothique flamboyant (1468-1507), la large nef flamboyante sans triforium de la collégiale, le déambulatoire et le chevet plat, remarquables par l’implantation en quinconce des piliers portants, les statues et tombeaux médiévaux et renaissants, la triple nef moderne de la cathédrale du XIXème siècle bâtie par Millet dans le style néo-gothique et les magnifiques vitraux des XVème et XVIème siècles qui entourent le chœur de la collégiale, enchâssés dans des fenêtres hautes. La façade néo-gothique, décorée de curieuses gargouilles folkloriques, ne manque pas de grandeur avec ses deux tours à flèches de pierre de 95 mètres ; ainsi, la nouvelle cathédrale s’harmonise-t-elle parfaitement avec la vénérable collégiale. L’édifice comprend de nombreuses œuvres d’art anciennes, mais la gloire de Moulins se trouve dans la sacristie : c’est le chef-d’œuvre de la peinture médiévale française, le fameux triptyque du Maître de Moulins, le plus grand peintre de son époque (sans doute Jean Hey, un Hollandais établi en France), peint en 1498 pour Pierre II et Anne de France qui figurent sur les deux volets de l’œuvre, accompagnés par leurs saints patrons, avec leur fille Suzanne, la future épouse du connétable ; le panneau central représente la Vierge et l’Enfant. La sacristie comprend aussi le beau triptyque de Bethléem, une Nativité du début du XVIème siècle attribuée à Joss van Cleve. Après avoir longuement admiré ces œuvres, le groupe entonna le Salve Regina pour saluer la Vierge Marie. Ensuite, par des rues pittoresques, nous nous rendîmes à la fin de l’après-midi à l’hôtel de ville bâti en 1822, où nous étions invités par la municipalité à un agréable cocktail de bienvenue. Madame l’adjoint chargée des affaires culturelles, en l’absence du maire de Moulins, prononça un discours qui exaltait les valeurs républicaines. Puis nous passâmes, à côté de la bibliothèque municipale située derrière la mairie (et qui comprend un trésor de manuscrits et de livres anciens, confisqués pendant la révolution de 1789 aux Bénédictins du prieuré de Souvigny et aux divers couvents de Moulins - en particulier l’extraordinaire Bible de Souvigny du XIIème siècle), dans une salle où M. Chateau prononça pour nous une conférence sur l’histoire de Moulins et du Bourbonnais. La soirée étant libre, les membres du groupe s’égaillèrent pour dîner dans les restaurants de la vieille ville et des proches environs, profitant ainsi de la douceur du temps. Le dimanche 26 août, vingt et unième dimanche du temps ordinaire, en la fête de saint Césaire d’Arles, évêque, de saint Zéphyrin, pape et martyr et de sainte Jeanne-Elisabeth Bichier des Ages, vierge, notre groupe, réduit maintenant à une soixantaine de personnes, assista à la messe dominicale dans la cathédrale de Moulins, une messe très digne et bien chantée. Ensuite chacun put revisiter la cathédrale à loisir, en particulier les chapelles du chœur et le chevet où l’on remarque le système des voûtes du déambulatoire, particulièrement intéressant. C’était l’occasion de se recueillir dans la chapelle Saint Louis, située dans le bas-côté Sud du chœur : elle comprend deux œuvres intéressantes du XVIème siècle, un vitrail représentant l’Eglise souffrante et l’Eglise triomphante et un petit monument funéraire anonyme de 1557 montrant un cadavre rongé par les vers, dans l’esprit du baroque macabre de l’école de Ligier Richier. Puis nous étions invités à prendre la route du Sud pour une soixantaine de kilomètres, afin de nous retrouver pour le déjeuner à l’ « Auberge bourbonnaise » de Saint Yorre, cette annexe minérale bien connue de Vichy, située à huit kilomètres et traversée au passage. Nous avons eu le plaisir d’être rejoints à déjeuner par la comtesse François de Bourbon-Busset, belle-sœur du grand écrivain Jacques de Bourbon-Busset, qui nous invita à visiter ensuite son proche château médiéval de Busset où elle réside, mais qu’elle a cédé récemment en grande partie pour qu’il soit transformé en chambres d’hôtes (ce qui en permet la visite, autrefois très difficile à obtenir). Le château est une imposante forteresse du XIVème siècle, défendue par deux grosses tours modernes et un pont-levis. Le logis d’habitation se trouve au fond d’une vaste cour, flanqué de quatre tours, dont la grande tour de Riom couronnée par une galerie en brique et en bois. Deux ailes modernes, en équerre, sont reliées par le pavillon de l’Horloge. La chapelle du XIIIème siècle a été rebâtie en 1858 par le grand-père du comte François, qui fut le restaurateur du château à la fin du XIXème siècle et qui y fit de très importants travaux ; on y trouve les caveaux funéraires des Bourbon-Busset, branche de la maison de Bourbon apparue au XVème siècle, réputée bâtarde mais qui en constitue le plus ancien rameau bien qu’elle ne soit pas dynaste. La visite guidée du château fut particulièrement intéressante : le vestibule, avec de belles boiseries du XVème siècle, la chambre dite d’Henri IV avec son ameublement des XVème et XVIème siècles et sa haute cheminée, la galerie de peintures dans le pavillon de l’Horloge qui comprend les armes de toutes les familles alliées aux Bourbon-Busset, la bibliothèque sont richement fournis en bahuts et meubles sculptés des XVème et XVIème siècles. Les travaux du XIXème siècle ont considérablement agrandi et modifié l’aspect primitif de cette grandiose demeure. De la terrasse alors créée pour prolonger le grand salon, on jouit d’une très belle vue sur la Montagne et la Limagne bourbonnaises.
Après avoir repris la route, en passant par Vichy, Bellerive, Escurolles, Saulzet et Jeanzat, soit 60 kilomètres, en direction du Nord-Ouest à travers la Limagne et ses villages aux belles églises romanes, nous nous dirigeâmes en fin d’après-midi vers le très pittoresque bourg de Charroux, situé sur un petit plateau dominant la campagne. Il conserve une partie de son enceinte médiévale avec une porte, un beffroi du XVème siècle chevauchant une vieille rue, et un petit musée. L’église romane du XIIème siècle, au clocher octogonal du XIIIème, est particulièrement curieuse avec son portail à tympan polylobé, ses arcs doubleaux romans qui couvrent la nef, les arcades et les bas-côtés étant voûtés d’arêtes gothiques. L’abside est plus basse que le chœur, prolongé par deux chapelles se terminant en absidioles. A gauche de l’église une remarquable maison à pans de bois, très bien conservée, date du XVème siècle. Ce ravissant village, géométriquement bâti autour de son église, constituait une petite ville forte dont le cadre ancien a été assez bien préservé, ce qui lui vaut de servir souvent de décor à des films.
Ce soir-là, après avoir parcouru 7 kilomètres en direction du Nord dans la plaine de la Limagne bourbonnaise, notre voyage commun se termina à Chantelle, l’une des luxueuses résidences des ducs de Bourbon. Le village est bâti sur un plateau qui domine la Bouble, encaissée dans un ravin profond. Déjà une forteresse romaine, Cantilia, s’élevait à cet endroit ; au IXème siècle, le duc d’Aquitaine y établit une résidence, puis au XIème siècle les sires de Bourbon bâtirent un château à l’extrémité du promontoire escarpé que contourne la Bouble. A la fin du XVème siècle Anne de Beaujeu l’embellit, puis au XVIème siècle Charles III le fortifia, mais François Ier fit démanteler l’orgueilleuse « Butte Bourbon » après la confiscation du duché. Il n’en reste plus guère qu’un vaste bâtiment mutilé, délabré et encore flanqué de tours. Dans le bourg, on peut voir plusieurs maisons anciennes, une tour, et surtout une abbaye de Genovéfains, qui fut d’abord une collégiale fondée en 927 par Ainaud, seigneur de Bourbon et sa femme Rothilde, pour des chanoines réguliers. Ceux-ci passèrent ensuite à la congrégation de sainte Geneviève et ils occupèrent cette abbaye Saint Vincent jusqu’en 1792. Son église du XIIème siècle, de style roman auvergnat, raccourcie et dotée d’une façade moderne au XVIIème siècle, possède un chœur entouré d’un déambulatoire, avec trois chapelles rayonnantes. Aujourd’hui, elle est devenue la chapelle d’une abbaye de Bénédictines qui ont aussi restauré le grand bâtiment des religieux et leur cloître, bâtis aux XIème et XVème siècles et flanqué d’une élégante tourelle d’escalier. Cette abbaye fortifiée et surélevée présente encore un beau spectacle, et constitue un magnifique point de vue sur la campagne bourbonnaise. C’est là que nous avons dû, à regret, nous séparer après ces deux journées très occupées, et que nous avons regagné Moulins, situé à 50 km au Nord. Nous n’avons malheureusement pu voir, au passage, la magnifique église Sainte Croix de Saint Pourçain sur Sioule, une ancienne abbatiale bénédictine du VIème siècle fondée par le roi Thierry Ier, fils de Clovis Ier : la ville était bouclée par la police à cause d’une fête locale, et nous avons dû la contourner ! Certains d’entre nous ont décidé de passer encore une nuit à Moulins, pour mieux en voir les vieux quartiers et les vieilles maisons et visiter le lendemain, lundi 27, la chapelle du couvent de la Visitation du XVIIe siècle (devenu le lycée Banville), où se trouve l’admirable mausolée d’Henri de Montmorency sculpté par Michel Anguier. Méritent aussi d’être visités le musée de folklore et du vieux Moulins sur la place de l’Ancien Palais, qui expose de passionnants documents sur la vie quotidienne des paysans et artisans bourbonnais à l’époque moderne et contemporaine, et surtout le musée de la ville, musée Anne de Beaujeu placé dans le pavillon édifié par celle-ci à l’intérieur du château ducal. Il contient des œuvres d’une grande variété et d’un grand intérêt, des collections préhistoriques et gallo-romaines, une superbe salle de faïences de Moulins (XVIIème et XVIIIème siècles), des coffres, armes et tapisseries des XVe et XVIème siècles, un grand nombre d’œuvres religieuses peintes et sculptées du XIIIe au XVIe siècles qui proviennent des églises et des anciens couvents de Moulins et de ses environs, avec plusieurs statues dans le style de Michel Colombe, le grand maître de la cour de Moulins au XVème siècle, enfin une collection de peintures du XIXème siècle. Le quartier Villars, grande caserne du XVIIIe siècle splendidement restaurée et située de l’autre côté de l’Allier, transformée depuis peu en un très actif Musée des arts de la scène, présentait une exposition fort originale sur les décors et costumes de théâtre réalisés par Christian Lacroix.
Après cette belle réunion d’été, les membres de l’IMB se sont montrés particulièrement satisfaits, heureux d’avoir renforcé entre eux des liens d’amitié et très reconnaissants pour le beau travail des organisateurs. Que soit particulièrement remercié Laurent de La Rozière, l’âme de toutes nos visites qu’il sait préparer avec tant d’intelligence et de dévouement. Les personnes qu’il avait si bien choisies pour nous montrer la province, nos hôtes à Bostz et à Busset, le prince de Lobkowicz et la comtesse de Bourbon-Busset qui nous ont si bien accueillis chez eux, ainsi que M. Chateau, notre conférencier, doivent être elles-aussi saluées, de même que Mmes le maire de Souvigny et le maire-adjoint de Moulins qui nous ont reçus dans leur mairie avec chaleur. Nous sommes partis du Bourbonnais, cette province discrète et trop souvent négligée, si riche pourtant, retrempés dans l’actualité d’un passé français toujours bien vivant et qu’il s’agit de maintenir et de faire rayonner.
Michel Arveiller
Professeur