Religion - Royauté
Le 17 décembre est le 351ejour de l'année
(352e en cas d'année bissextile) du calendrier grégorien.
Il reste 14 jours avant la fin de l'année.
C'était généralement le 27e jour du mois de frimaire dans le calendrier républicain français, officiellement dénommé jour du liège.
Signe du zodiaque : 25e jour du Sagittaire.
Martyrologe pour le dix-septième jour de décembre
A Constantinople, en 410, sainte Olympias, diaconesse.
Elle aida saint Jean Chrysostome dans sa charge, et le secourut dans son exil.
En Belgique, vers 690, sainte Begge, abbesse, fille de Pépin de Landen et soeur de sainte Gertrude
de Nivelles.
Elle aurait fait construire sept oratoires par dévotion aux sept grandes basiliques romaines.
En 779, saint Sturmi. Bavarois d'origine, il fut disciple de saint Boniface qui le nomma premier abbé
de Fulda.
Calomnié près du roi Pépin, il dut s'exiler pendant plusieurs années à Jumièges.
L'an 1170, sainte Wivine, première abbesse du Grand-Bigard, situé près de Bruxelles.
Et encore ailleurs, beaucoup d'autres saints et bienheureux.
Bonne fête aux :
Et aussi aux :
Anne de Bretagne et Louis XII
Voilà Louis XII enfin débarrassé de son épouse bossue et stérile, fille de Louis XI. Ce dernier les avait mariés de force vingt-deux ans plus tôt, quand Louis avait 14 ans, et Jeanne 12 ! Le 17 décembre 1498, un tribunal ecclésiastique déclare comme nul et non avenu son mariage avec Jeanne de France. Il est désormais libre d'épouser Anne de Bretagne, la veuve de son prédécesseur Charles VIII, l'idiot qui s'est tué quelques mois plus tôt en se cognant la tête contre un chambranle de porte (voir éphéméride du 7 avril). Non seulement Anne est canon, mais elle lui apporte dans la corbeille de mariage le duché de Bretagne.
Louis XII a un bon argument pour demander au pape la dissolution de son mariage : après vingt-deux ans, il affirme ne l'avoir toujours pas consommé. Pour la bonne raison que Jeanne est "viciée de corps", ce qui la rend inapte à "recevoir la semence virile", soutient-il. Le pape Alexandre VI s'empresse de constituer un tribunal ecclésiastique dont tous les juges sont des proches de Louis XII. L'annulation ne devrait être qu'une formalité, mais c'est compter sans Jeanne qui refuse d'être jetée comme une vieille chaussette. Et puis quel menteur, ce Louis ! Malgré sa grande innocence, elle sait que ce qu'il a introduit, ce n'est pas un gadget acheté sur Internet. Ils ont fait l'amour. Elle peut en jurer.
Le procès s'ouvre le 10 août 1498, à l'église Saint-Gatien de Tours. Pour demander l'annulation du mariage, les avocats du roi invoquent quatre arguments. Un, le défaut d'âge lors du mariage. Deux, la contrainte : Louis XI a imposé le mariage malgré l'opposition du jeune marié et de sa mère, effrayés par la difformité physique de la petite fille. Trois, la parenté spirituelle et la consanguinité : les deux prétendants ont de nombreux ancêtres communs. Quatre, l'impuissance sexuelle de la princesse. Ce dernier argument étant le plus important. Mais, attention, à l'époque, la stérilité ne suffit pas pour décréter l'annulation d'un mariage. Il faut que la mariée ait été ensorcelée ou alors qu'une mauvaise configuration sexuelle interdise l'acte.
Les trois avocats commis d'office pour défendre Jeanne se récusent les uns après les autres, car ils ont trop peur d'affronter la volonté du roi. Pour en trouver d'autres, il faut user de la menace. Puisqu'il en a fini avec DSK, Kenneth Thompson se propose. L'interrogatoire de Jeanne commence le 13 septembre. La parole est ensuite donnée aux témoins. Plusieurs dizaines, à la solde du roi, affirment que le mariage a eu lieu sous la contrainte. Les rares témoins appelés à la barre par Jeanne se retournent contre elle. De plus en plus, le procès semble être manipulé. C'est tellement évident et scandaleux que l'opinion publique prend fait et cause pour la reine. Les avocats du roi évoquent alors un sortilège qui aurait noué les "aiguillettes du roi", l'empêchant de procréer. Elle jure que le mariage a été consommé. Son avocat fournit des détails croustillants, mais en latin pour que le vulgaire ne comprenne pas. Il parle de nuits chaudes quand "seul à seule, nus tous les deux, afin de rendre le devoir conjugal par union charnelle... avec rires, baisers, étreintes et autres signes de désir". L'avocat rappelle que Louis a déclaré devant témoin : "J'ai bien gagné à boire, parce que j'ai chevauché ma femme cette nuit trois ou quatre fois."
En difficulté, le roi témoigne sous serment que, s'il a partagé la couche de sa femme, il ne l'a jamais touchée. Mais il donne l'impression d'hésiter. Qui croire ? C'est parole contre parole. Il y aurait bien une façon de dénouer la situation : que Jeanne se laisse examiner par des matrones. Mais elle refuse à deux reprises. Ment-elle par conséquent ? Craint-elle que ces femmes soient à la solde du roi ? Le procès tourne en longueur. Une épidémie de peste l'oblige à déménager à Amboise. Le 10 novembre, une lettre prétendument écrite par Louis XI apparaît opportunément. Dans celle-ci, l'ancien roi aurait noté noir sur blanc que son cousin Louis risquait la mort en refusant d'épouser Jeanne. Il y a donc eu contrainte.
Mais plus nauséabond encore : le retors souverain laisse entendre qu'il pensait Jeanne stérile et qu'en la mariant à son cousin Louis il éteindrait la postérité de la branche d'Orléans ! La lettre est-elle authentique ? Tous les anciens serviteurs jurent que oui, mais leur empressement paraît suspect. Dans la foulée, Louis XII jure sur l'Évangile que jamais il ne fut avec elle comme avec sa femme, "ni ne s'efforça en icelle connaître par affection maritale". Il ajoute encore qu'il "croyai[t] bien ne l'avoir jamais connue realement... et ne coucha avec elle jamais nu à nu". Les juges n'attendaient que cela. La proclamation officielle de l'annulation du mariage entre Louis XII et Jeanne de France intervient le 17 décembre 1498 à l'église Saint-Denis d'Amboise. Une foule hostile au roi de France entoure l'édifice. Un orage inhabituel en cette saison est interprété comme la manifestation du courroux de Dieu. Le lendemain, César Borgia, le fils du pape, débarque à point nommé avec les bulles de dispense papales pour le mariage de Louis XII avec Anne de Bretagne. En guise de remerciement, il reçoit le Valentinois érigé en duché.
Le mariage royal se déroule le 8 janvier 1499, à Nantes. Alan Stivell et Nolwenn entonnent la Suite sud-armoricaine :
Barzh ar park vras hon eus kousket
(Traduction :
Dans un grand champ, nous avons couchéLouis XII prend certainement davantage son pied avec Anne de Bretagne qu'avec Jeanne, mais celle-ci ne lui donne pas de dauphin, seulement deux filles. Claude de France, qui épousera le cousin François Ier. Et Renée de France, qui épousera Hercule II d'Este, duc de Ferrare. Finalement, après le décès d'Anne de Bretagne, Louis XII se remarie une troisième fois avec Mary Tudor, fille du roi d'Angleterre. Une petite jeunette qui l'épuise et même, dit-on, le tue au lit. Trois mois plus tard, il meurt sans avoir eu le temps de la mettre enceinte. C'est son cousin et gendre François qui monte sur le trône.
Quant à Jeanne, après l'annulation de son mariage, elle trouve réconfort auprès de Dieu. Elle fonde à Bourges l'ordre monastique de l'Annonciade avant de mourir, six ans plus tard, à seulement 40 ans. Elle est béatifiée en 1745, puis canonisée en 1950.