Religion - Royauté
Soulèvement de Constantinople, provoqué par la terreur que fait régner depuis le début de l'été Gaïnas, chef des fédérés Goths, qui, ayant investi la ville, dévalise les banques, brûle le palais impérial, et - il est Arien - tente de s’emparer d’une église catholique, ce qui provoque la colère de la population, qui massacre la moitié de ses troupes.
L’autre moitié s’enfuit sur la rive gauche du Danube.
Le 12 juillet 1789 à neuf heures du matin, la nouvelle du renvoi de Jacques Necker se répand dans Paris.
A midi, Camille Desmoulins, un avocat et journaliste encore inconnu harangue la foule au Palais-Royal et appelle celle-ci aux armes contre le gouvernement.
Nombreuses sont les manifestations dans les rues de Paris et dans le jardin des Tuileries, les bustes de Jacques Necker et de Louis Philippe d'Orléans (1747-1793), duc d'Orléans, sont portés en tête des cortèges.
Le Royal-Allemand, régiment de cavalerie, charge la foule aux Tuileries, il y eut plusieurs blessés, peut-être un mort.
A vingt heures le baron de Besenval, commandant les troupes massées à Paris, se décide à faire intervenir les régiments Suisses cantonnés au Champ-de-Mars.
La Cour décide un coup d’Etat - Bouillonnement de Paris - Necker renvoyé
Le citoyen d’Amérique se trompe ; il compte sans la reine, les princes, la cour. Pour eux la partie n’est pas perdue, elle n’a pas été jouée. Il n’est pas trop tard, pensent-ils, pour tenter un vrai coup d’Etat. Le sens des derniers événements leur échappe. La reddition du roi, saluée par des illuminations à Paris, des feux de joie en province, ils n’en voient pas la signification profonde, ne savent pas que la France en a pris acte, qu’on ne reviendra point là-dessus sans grand péril. Ils croient que le prestige monarchique demeure si fort qu’il suffira au roi de vouloir enfin pour ressaisir son pouvoir entier, aux applaudissements de tous.
La démolition de la Bastille, peinture de Houël - Musée Carnavalet
Rien n’est plus aisé, jugent ces esprits bornés ou faux. On fera appel aux nombreuses troupes étrangères dont le souverain dispose, surtout dans le nord et l’est, on les massera à Versailles et Paris. Les régiments français sont trop incertains. Leur insubordination fait chaque jour d’inquiétants progrès. Le roi s’est aliéné le soldat en spécifiant le 23 juin « qu’il ne changerait pas l’institution de l’armée », c’est-à-dire qu’il continuerait d’interdire les grades aux roturiers. A Paris, le duc du Châtelet, colonel des gardes-françaises, en prévision de troubles, donne l’ordre à quatre compagnies de charger leurs fusils à balles. Elles désobéissent, sortent des casernes, parcourent les rues en criant : « Nous sommes les soldats de la nation ! » Suivis d’une foule, une centaine d’entre eux parviennent au Palais-Royal et y boivent aux applaudissements du public « à la France régénérée ».
Onze meneurs sont appréhendés et conduits à l’abbaye. Mais un jeune avocat bordelais, Loustalot, rédacteur d’un nouveau journal, Les Révolutions de Paris, ameute le peuple qui force les portes de la prison et délivre les gardes-françaises, en prévision de troubles, donne l’ordre à quatre compagnies de charger leurs fusils à balles. Elles désobéissent, sortent des casernes, parcourent les rues en criant : « Nous sommes les soldats de la nation ! » Suivis d’une foule, une centaine d’entre eux parviennent au Palais-Royal et y boivent aux applaudissements du public « à la France régénérée ». Onze meneurs sont appréhendés et conduits à l’Abbaye.
Le peuple délivre les gardes-françaises enfermées à l'Abbaye Saint-Germain, le 30 juin 1789 - Dessin de Prieur - Musée Carnavalet
Mais un jeune avocat bordelais, Loustalot, rédacteur d’un nouveau journal, Les Révolutions de Paris, ameute le peuple qui force les portes de la prison et délivre les gardes-françaises. Réfugiés au Palais-Royal, ils sont peu après graciés par le roi, à la raquête de l’Assemblée.
Indulgence calculée peut-être pour endormir les soupçons. Louis XVI, cédant aux instances de son entourage, a déjà appelé dans la région parisienne trois régiments d’infanterie et trois de cavalerie. Le 1er juillet il en fait marcher dix autres, la plupart, la plupart suisses ou allemands. Un beau vieux soldat, le maréchal de Broglie, reçoit le commandement général. Besenval, sous ses ordres, est chargé de contenir Paris.
La situation y empire de jour en jour. Les intérêts sont en déroute, le crédit public est anéanti, on refuse les billets de la Caisse d’escompte, les petits rentiers s’affolent. Le travail manque et le pain. Une administration incapable et aussi un impudent agiotage ont encore raréfié les farines, déjà si maigres. Celles que fournissent les moulins à bras de l’Ecole militaire sont si jaunes et si dures qu’il faut les rompre à coups de hache. Les faméliques arrivés des provinces, surtout de l’est, accroissent la pénurie.
Fermentation au Palais-Royal - Les Canonniers dans les poissardes, le 10 juillet 1789 - aquatinte coloriée de Janinet
Paris est entouré de véritables compagnies de brigands qui arrêtent les voitures et les passants, pillent ou incendient les maisons isolées. La grande ville tremble d’effroi. Impuissante ou complice, la police demeure inerte. Elle laisse pleine liberté de manœuvre aux agiteurs qui, dans les allées du Palais-Royal, prêchent ouvertement l’insurrection.
L’un d’eux, Camille Desmoulins, libelliste aigre et taré, mi-avocat, mi-secrétaire de Mirabeau, et qui mange comme son patron au râtelier d’Orléans, crie en bégayant à la foule : « La bête est dans le piège, qu’on l’assomme ! Jamais plus riche proie n’aura été offerte aux vainqueurs, quarante mille palais, hôtels et châteaux, les deux cinquièmes des biens de France seront le prix de la valeur !... » Strident appel à la révolution sociale, son écho ira loin...
La bourgeoisie parisienne, pour défendre la cité contre cette écume, n’a point confiance dans la municipalité bureautique nommée par le roi et à la tête de laquelle se trouvent le prévôt des marchands Flesselles, ancien intendant de Lyon, et quatre échevins. Les électeurs du Tiers, au nombre de quatre cent sept, leurs députés désignés, ne se sont pas séparés. Après la séance royale du 23 juin, ils se réunissent chez un traiteur rue Dauphine et demandent à Flesselles une salle à l’Hôtel de ville. Le prévôt, au lieu de les éconduire, leur ouvre la salle Saint-Jean. Dès lors, les électeurs y siègent à peu près en permanence.
Lettre de renvoi de Necker, le 11 juillet 1789 - Archives nationales
Ils sont, pour une grande part, d’opinion modérée, mais parmi eux on compte quelques têtes chaudes, l’abbé Fauchet, le journaliste Carra, l’avocat Thuriot. Ils réclament une garde bourgeoise, une Assemblée communale annuelle ; en fin, sortant entièrement de leur rôle, ils protestent contre les mouvements de troupes qui ont été connus vite et dont la signification apparaît à tous.
L’assemblée pour faciliter son travail s’est divisée en bureaux. Les nobles assistent de moins en moins à ses séances. Elle voudrait résoudre la question essentielle des vivres : déjà infectée du virus politique, elle perd le temps en discours, n’aboutit à rien qu’à « plaindre la nation ». Cependant, la reine et les princes poursuivent leur plan. Tout repose sur Breteuil, actif, ferme, même brutal, mais rompu aux affaires, et par qui ils veulent remplacer Necker. Après quoi, forçant au besoin la main de Louis, on licenciera l’Assemblée. Les régiments qui doivent soutenir le coup d’Etat arrivent à marches forcées, en dépit de l’extrême chaleur. Le Royal-Allemand, commandé par le prince de Lambesc, campe dans les jardins de la Muette.
Le 8 juillet, Mirabeau dénonce ces préparatifs à l’Assemblée et demande le renvoi des troupes. Il le fait toutefois sans irrespect. Son discours est une invite à la monarchie. Tour en contrecarrant ses desseins, il s’offre encore à elle. A l’adresse que lui présente une députation, Louis répond de haut qu’il n’a fait venir des troupes que pour maintenir l’ordre. « Seuls des gens mal intentionnés pourraient égarer mes peuples sur les mesures de la précaution que je prends. » Et il propose de transférer l’Assemblée à Noyon ou à Soissons. C’est une menace, et l’Assemblée ne s’y trompe pas.
Bagarre à Versailles entre des hussards et des gardes-françaises, le 7 juillet 1789 - gravure du temps
Tandis qu’elle courbe l’échine, Paris, lui , se dresse. Une propagande forcenée vise à débaucher les troupes nouvellement arrivées. Royal-Cravate est à Charenton , Salis-Samade à Issy, Nassau à Versailles, les hussards de Bercheny à l’Ecole militaire. La route de Sèvres est défendue par huit canons. Saint-Denis a reçu aussi de l’artillerie. Mais parmi les anciens régiments plusieurs semblent prêts à passer du côté de l’insurrection.
Deux comités la préparent. D’abord le « Conciliabule » de Montrouge, formé des clients et des sportulaires de Philippe d’Orléans. Choderlos de Laclos en est le chef, avec pour adjoint Sillery, capitaine des gardes du corps et complaisent mari de Mme de Genlis. Puis le Club breton, que mène Adrien Duport. Quelques députés de Bretagne dirigés par Lanjuinais et Le Chapelier l’ont fondé ; transporté à Paris il deviendra bientôt le club des Jacobins. Y entrent Mirabeau, Sieyès, Pétion, Bernave, les frères Lameth, Robespierre, l’abbé Grégoire.
L’argent ne manque pas, Orléans a reçu de nouveaux subsides anglais. Plusieurs financiers, tel Laborde, tel Dufresnoy, fournissent aussi de grosses sommes pour épauler l’Assemblée contre la cour.
Le roi, alors, prend l’offensive. Avec un manque d’égards injurieux, il renvoie Necker. Sans doute peut-il lui reprocher d’avoir trop mollement défendu la prérogative royale. Mais il ne devrait pas oublier si vite que, quelques jours plus tôt, son ministre, pour obtenir que la maison Hope de Londres consente à approvisionner Paris de blé, a offert toute sa fortune comme caution. Après le Conseil du 11, où il dort ou feint de dormir, selon sa coutume aux heures embarrassantes, Louis fait porter à Necker l’ordre de quitter le royaume sans délai. Montmorin, Saint-Priest, Puységur sont congédiés. La Luzerne démissionne. Un nouveau gouvernement est formé. « Se constituant de soi-même premier ministre », Breteuil prend les finances, le maréchal de Broglie la Guerre, l’inepte La Vauguyon les Affaires étrangères. Barentin et Villedeuil demeurent à leurs postes.
Avec une correction méritoire, Necker, sans avertir personne, même sa fille, est parti pour Bruxelles, afin de gagner la suisse. L’effet est énorme, on pouvait le prévoir. A l’Assemblée, le 12 juillet, les députés consternés se séparent sans délibérer, sur la proposition de l’abbé Grégoire. Toutes communications sont interrompues avec Paris.
Camille Desmoulins au Palais-Royal - Le prince de Lambesc - L’agitation croît
Le Prince de Lambesc, à la tête du Royal-Allemand, pénètre aux Tuileries, le 12 juillet 1789 - Dessin de Prieur - Musée Carnavalet
Vers onze heures du matin, la ville apprend le renvoi de Necker. Capitalistes et rentiers, flairant la banqueroute, se tournent contre le pouvoir. Les agents de change décident de fermer la Bourse le lendemain lundi, Des banquiers, Delessert, Coindre, Prévôteau, font des dons de vivres et d’argent. De leur côté, Laclos, Sillery et leur bande ne se montrent pas inactifs. Le peuple, mêlé de gens sans aveu, s’amasse au Palais-Royal.
Dans l’après-midi, plusieurs orateurs le travaillent. Le plus âcre, Camille Desmoulins, sortant du café de Foy établi sous les galeries, saute sur une chaise et, tenant d’une main une épée nue, de l’autre un pistolet, crie : « Aux armes ! » Puis il jette des mots hachés : « J’arrive de Versailles, Necker est chassé ; c’est le tocsin d’une Saint-Barthélemly de patriotes. Ce soir même tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger. Une ressource nous reste, c’est de courir aux armes ! » Vingt mille voix hurlent : « Aux armes ! » Quelqu’un arrache une feuille de marronnier et la glisse dans la ganse de son chapeau : « Il nous faut une cocarde pour nous reconnaître. Celle-ci a la couleur de l’espérance ! » Tous la prennent, au point que les branches sont dépouillées.
1) Camille Desmoulins - gravure de Levachez
2) Au Palais-Royal, Camille Desmoulins proteste contre le renvoi de Necker, le 12 juillet 1789 - d'après Prieur
Un long cortège, brandissant des bâtons chargés de rubans verts et de banderoles, va, boulevard du Temple, au musée de cires de Curtius et là se fait livrer les bustes de Necker et du duc d’Orléans. On les voile de crêpe noir : un Savoyard porte l’effigie du ministre, un jeune homme en habit de soie rayée celle du prince. La colonne descend le boulevard et les vieilles rues populaires, Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-Honoré. Un cri s’élève : « Point de spectacles, c’est un jour de deuil ! » Aussitôt, théâtres, cafés, boutiques accrochent leurs volets. A la place Vendôme, un détachement de dragons du Royal-Allemand veut arrêter le cortège. Quelques coups de feu partent, les porteurs de buste sont atteints. Mais d’autres les remplacent et, sous une grêle de pierres, les cavaliers reculent vers la place Louis XV.
La charge du Prince Lambesc aux Tuileries, le 12 juillet 1789 - auqarelle de Sergent - Collection particulière
Sans instructions du maréchal de Broglie, Besenval y a massé plusieurs escadrons étrangers. La foule les presse, les insulte, leur lance des pierres, des gravois d’un chantier de construction. Longtemps, ils demeurent sans broncher. Besenval, par crainte des reproches de la cour, se décide à faire évacuer la place. Il en donne l’ordre au prince de Lambesc, colonel du Royal-Allemand. Très jeune, tête à l’évent, Lambesc est bien incapable de remplir une mission si délicate. Il se fait deux fois répéter l’ordre. Enfin il part avec ses dragons vers les Tuileries. De la terrasse, on leur jette des bouteilles, des chaises... Les cavaliers s’énervent, ils répondent par des coups de plat de sabre. Dans la bousculade, un homme âgé est renversé et blessé. Le pont tournant dégagé, Lambesc revient sur la place.
Le peuple exige la fermeture de l'Opéra, le 12 juillet 1789 - dessin de Prieur - Musée Carnavalet
Aussitôt d’extravagantes nouvelles courent la ville : « L’atroce Lambesc a sabré des promeneur inoffensifs. Lui-même a égorgé de sa main un vieillard à genoux qui demandait grâce !... » La colère ricoche de quartier en quartier. Tous les éléments impurs d’une ville de 800.000 âmes, les miséreux, les vagabonds, les voleurs, rassemblés par un mystérieux signal, descendent vers les quartiers du centre. En un clin d’œil, les boutiques des armuriers sont enfoncées. On se précipite à l’Hôtel de ville pour chercher des fusils. Pas un magistrat municipal. Quelques électeurs tentent d’apaiser la foule. Ils sont débordés, menacés : « Des armes, il nous faut des armes ! »
A la fin, ils cèdent. Le peuple chasse les patrouilles du guet et un homme en chemise déchirée, sans bas ni souliers, un fusil sur l’épaule, se poste en sentinelle au seuil de la Grand’Salle. Les gardes françaises, sorties de leur caserne, rue Verte, à l’appel d’un agent orléaniste, Gonchon, le « Mirabeau des faubourgs », aux traits affreux, mais plein de faconde et d’audace, marchent sur la place Louis XV pour en chasser les soldats étrangers. Ils tirent sur eux, en blessent trois. Lambesc, reculant devant la terrasse, commande aux troupes de se replier sur les Champs-Elysées et de là sur le Champ-de-Mars. Besenval ne tente aucune manœuvre. Il livre Paris à l’insurrection.
Paris gardé par le peuple, la nuit du 12 au 13 juillet 1789 - dessin de Prieur - Musée Carnavalet
La nuit est tombée, étouffante et grosse d’un indistinct tumulte. Le tocsin sonne à l’hôtel de ville, à Notre-Dame, puis dans toutes les églises. Partout des figures patibulaires. De grands feux s’allument. Les gardes-françaises maintiennent d’abord un semblant d’ordre. Ils n’empêchent pas pourtant les insurgés de brûler les barrières de l’octroi et, le jour venu, de valider les boutiques et les débits de boissons, de délivrer les détenus de la prison de la Force, de s’emparer au Garde-Meuble d’armures, de casques et de piques, de saccager l’hôtel du lieutenant de police et de se porter aux pires violences dans le couvent des Lazaristes où ils pensaient trouver des monceaux de blé.
Tout dans le monastère est mis en pièces. Il y a des morts. Le vin des pères aidant, une sarabande objecte s’étale dans les rues. Des coquins, affublés d’habits sacerdotaux, gambadent, chantent des cantiques, ou, verre en main, forcent les femmes qu’ils rencontrent à trinquer à la santé du roi. Il faudra jeter hors de l’Hôtel de ville cent cinquante ivrognes qui, après un hideux vacarme, s’y sont endormis.
Pillage des armes au garde-meuble, le 13 juillet 1789 - dessin de Prieur - Musée Carnavalet
Versailles, toute la journée du 12 juillet, n’a rien su, a tout craint. Le 13, à neuf heures, l’Assemblée entre en séance. Elle est inquiète et morne. Mounier propose de faire connaître au roi que les ministres d’hier ont emporté sa confiance et que ceux d’aujourd’hui n’en hériteront pas. Lally-Tollendal fait l’éloge de Necker. Conduite par l’archevêque de Vienne, président de l’Assemblée, une députation va au château demander le renvoi des troupes et la création d’une milice bourgeoise pour la défense de la ville contre les « brigands ». Louis répond avec rudesse que Paris ne saurait se garder lui-même et que les mesures qu’il a prises seront maintenues.
L’Assemblée alors s’indigne et à l’unanimité vote un ordre du jour qui montre combien les esprits ont évolué. Exprimant son estime et ses regrets aux ministres disgraciés, elle déclare leurs successeurs et les conseils du roi, quelque état ou rang qu’ils puissent avoir, responsables des malheurs présents et de tous ceux qui peuvent suivre, elle garantit la dette publique et une fois encore repousse toute idée de banqueroute. Enfin elle se constitue en permanence. La Fayette, nommé vice-président pour suppléer le vieil archevêque, tient la première séance de nuit qui n’est qu’une veillée sans délibération, mais dont la gravité hostile devrait avertir la cour.
Pillage de la Maison de Saint-Lazare, le 13 juillet 1789 - dessin de Prieur - Musée Carnavalet
Dans le même temps, à Paris, les électeurs, réunis à l’Hôtel de ville, forcent la main au prévôt des marchands Flesselles, et établissent un Comité permanent où vingt-trois des leurs viennent se placer aux côtés du prévôt, des échevins et de quelques autres membres de l’ancien bureau de ville. Ce comité organise une milice. Forte de quarante-huit mille hommes, elle portera la cocarde rouge et bleue, aux couleurs de la ville. Comme il lui faut des armes, on en demande à Flesselles, qui consulte Versailles et amuse le tapis par des subterfuges. Il ne voit pas que le seul moyen d’éviter de nouveaux excès est de constituer solidement cette garde bourgeoise. Pour les troupes du Champ-de-Mars, Besenval n’ose plus les faire bouger. Trop court d’esprit pour apprécier le péril, il attend...
On a commandé cinquante mille piques qui doivent être forgées le surlendemain. On a de la poudre ; un bateau a été saisi qui en portait à Rouen. Trente-cinq barils sont déposés dans une salle basse de l’Hôtel de ville sous la garde d’un électeur, le remuant abbé Lefebvre, qui les défend et assure leur distribution.
Le curé de Saint-Etienne-du-Mont mène ses paroissiens au pillage des Invalides, le 14 juillet 1789 - aquatinte de Guyot
La nuit du 13 au 14 s’écoule dans cette fièvre. La ville demeure éclairée jusqu'à l’aube. Milice et gardes-françaises maintiennent l’ordre par des patrouilles. Au matin, les orléanistes répandent le bruit que les troupes du maréchal de Broglie entourent Paris. Le peuple exigeant des fusils pour se défendre, le procureur du roi près la ville, Ethis de Corny, vient réclamer au gouverneur des Invalides, le vieux Sombreuil, ceux qu’il a promis la veille pour la garde bourgeoise. Sombreuil, comme Flesselles, use de moyens dilatoires.
Patrouille bourgeoise dans les rues de Paris, la nuit du 13 au 14 juillet 1789 - gravure de Sergent
Corny attend, et la cohue qui l’a accompagné. On y voit, bizarre mélange, des gardes françaises, des clercs de la basoche, des harangueurs du Palais-Royal (parmi lesquels Camille Desmoulins), et même le curé de Saint-Etienne-du-Mont qui, à tout hasard, a amené une centaine de ses paroissiens... Mais soudain quelqu’un gronde : « On veut nous faire perdre du temps ! » La foule se gonfle et, sautant dans les fossés, remonte dans la cour, maîtrise les sentinelles, s’empare de vingt-sept canons et de trente-deux mille fusils cachés dans les caves. La plèbe maintenant est armée...
L'Assemblée constituante adopte la Constitution civile du clergé.
La Convention fait procéder à l'essai du sémaphore de Claude et Ignace Chappe sur 35 kilomètres et décide de la construction d'une ligne entre Paris et Lille.
Napoléon III adopte un régime parlementaire.
Monaco célèbre son souverain Albert II à l'occasion des cérémonies de son avènement.