Overblog Tous les blogs Top blogs Célébrités Tous les blogs Célébrités
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Religion - Royauté

Publicité

20 juin 1791: Fuite à Varennes

Dans la nuit, une berline s'éloigne.

À son bord la famille royale. Louis XVI sait que ces troupes sont dévouées.
Il compte sur elles pour marcher sur Paris et mettre fin à la Révolution.

Le matin, quand la disparition du roi est constatée, l'alerte est donnée et La Fayette envoie des courriers pour ordonner l'arrestation des fuyards.

Entre temps, la berline a du retard. Quand elle arrive à Sainte-Ménehould, le détachement de hussards envoyé pour assurer sa protection n'est pas en selle.
Les villageois, intrigués, laissent partir la berline.

Mais à peine a-t-elle quitté la ville que le bruit se répand qu’elle emporte le roi et les siens.

On court avertir la municipalité. Le fils du maître de poste Drouet est alors frappé par certains détails.

Le roi, demande-t-il, n’aurait-il pas « le nez long et aquilin, et le visage bourgeonné » ?

Et soudain il est sûr : oui, c’était bien Louis XVI !

Il saute sur un cheval et devance la berline à l'étape suivante, Varennes-en-Argonne.

Il alerte les habitants et le procureur de la commune, l'épicier Sauce.
Quand arrive la famille royale, elle est arrêtée.

C'est le soir.
Le tocsin sonne.
Les villageois se rassemblent autour de la maison de l'épicier où sont reclus les prisonniers.

La Révolution Française - Varennes

Le 23 juin au matin, la berline reprend le chemin de Paris.
Le roi est ramené aux Tuileries et suspendu.

Pour la bienséance, l'Assemblée qualifie la péripétie de Varennes d'enlèvement.
Mais la confiance n'est plus, d'autant plus que l'on soupçonne le roi de collusion avec l'étranger et de trahison.

Avec Marat, Danton lance une pétition pour la déchéance du roi.
Ils se rendent au Champ de Mars pour réclamer la république.

L'Assemblée proclame la loi martiale et la garde nationale fait feu.

On compte plusieurs dizaines de morts.
Danton et Marat s'enfuient en Angleterre.

Les préparatifs - La soirée du 20 juin - Fâcheux retards


De concert avec Bouillé, le Suédois a organisé le voyage dans un détail minutieux. Le départ de la famille royale a été fixé d’abord au lundi 12 juin. Il a été remis au 20 pour éviter de donner l’éveil à des serviteurs suspects. On ne saurait tarder davantage, car le ministre de la Guerre, Du Portail, se méfiant de Bouillé, lui a déjà retiré plusieurs de ses meilleurs régiments.

0234.jpg (35355 octets)

 

Le retour de Varennes - gravure populaire

Il eût mieux valu, et Bouillé l’a demandé, que la famille royale se divisât. La reine n’y consent pas. A cette première faute s’ajoutent d’étonnantes imprudences. Fersen commande une énorme berline de voyage, dont le volume et le luxe insolites doivent attirer les yeux. La reine envoie à Bruxelles son grand nécessaire à sa sœur l’archiduchesse Christine, elle empaquette, avec sa confidente Mme Campan, les diamants qui lui appartiennent en propre avec assez de négligence pour qu’une femme de sa chambre s’en aperçoive et parle.

Au lieu de vrais courriers, lestes, capables de bousculer s’il le faut postillons et maîtres de poste, trois gardes du corps licenciés, Valory, Moustier et Malden sont choisis pour précéder sur la route les fugitifs. Le dévouement de ces jeunes gens ne pourra être plus complet que leur inexpérience.

0235.jpg (39807 octets)

L'arrestation de Louis XVI à Varennes - estampe du temps

Enfin Bouillé avait désigné pour diriger le voyage le comte d’Agoult, ancien major des gardes du corps, homme ferme et avisé. La reine lui substitue la marquise de Tourzel, gouvernante des enfants de France, qui a revendiqué comme un droit de sa charge d’accompagner ses deux pupilles, Madame Royale et le petit dauphin. Privée du guide excellent qu’eût été d’Agoult, l’expédition sera compromise dès le début.

Fersen s’est procuré un passeport au nom d’une dame russe de ses amies, la baronne de Korff, qui se rend à Francfort accompagnée de « ses deux enfants, de deux femmes, un valet de chambre et trois domestiques ». Mme de Tourzel jouera le personnage de Mme de Korff, la reine sera la gouvernante, Mme Rochet, Mme Elisabeth la demoiselle de compagnie, le roi le valet de chambre. Il ne paraît pas sentir ce qu’un tel rôle a pour lui de choquant. Louis XVI et sa famille éviteront Reims, ville du Sacre, où le roi est trop connu, et prendront une route plus longue, par Châlons, Sainte-Menehould, Clermont, Varennes et Dun-sur-Meuse. Bouillé les attendra entre Dun et Stenay. Jusqu'à Châlons les fugitifs seront livrés à eux-mêmes. Après ils trouveront à chaque relai des peletons de cavaliers pour les escorter et empêcher leur poursuite.

0236.jpg (42078 octets)

La fuite du Roi - gravure satirique

Le duc de Choiseul, neveu du ministre, et le capitaine de Goguelat qui sert parfois de secrétaire à la reine, seront à Pont-de-Somme-Vesle avec quarante hussards, le capitaine Dandoins à Sainte-Menhould avec quarante dragons. A Varennes doivent attendre soixante hussards de Lauzun sous le fils de Bouillé ; à Dun cent hussards sous le chef d’escadrons d’Eslon. Ces déplacements de cavaliers auront pour prétexte la surveillance d’un « trésor » envoyé dans l’Est pour le paiement des troupes.

Bouillé semble avoir pris ainsi des dispositions très complètes. Mais il n’a pu prévoir la série incroyable de hasards, de fausses manœuvres, de retards qui vont survenir. Jamais entreprise si scabreuse ne sera si mal exécutée. Déjà le projet s’est ébruité. Goguelat n’a pas su se taire. Des dénonciations, venues de gens de service, sont arrivées jusqu'à La Fayette, à Bailly. Les journaux s’emparent des chuchotements, les grossissent, et font de grands éclats.

0237.jpg (29263 octets)

Bouillé - gravure du temps

La surveillance des Tuileries a été si bien renforcée depuis la « journée des poignards » que le maire ni le général ne s’émeuvent. Remplaçant les gardes du corps, six cents gardes nationaux de diverses sections occupent les abords du château. Des sentinelles à chaque porte et sur la terrasse du bord de l’eau, de cent en cent pas. A l’intérieur même, et jusque dans les antichambres obscures, les corridors tortueux, on en trouve d’autres, baïonnettes au canon.

Le soir du 20 juin, aux Tuileries, le roi et la reine soupent comme d’habitude en compagnie de Mme Elisabeth, au comte de la comtesse de Provence. Ces derniers doivent gagner la même nuit la frontière du Nord.

0238.jpg (24492 octets)

Louis XVI et la famille Royale quittent les Tuileries le 20 juin 1791 - gravure du temps

Marie-Antoinette, à pas de loup, monte chez ses enfants et les réveille. On habille le dauphin en fillette, ce qui l’amuse. Sous la conduite de la reine, ils gagnent avec Mme de Tourzel et l’un des trois gardes du corps une porte donnant sur la cour de France et qui, per exception, n’est pas surveillée. Passant près des groupes de sectionnaires qui parlent et rient, ils atteignent la cour royale où Fersen les guette, vêtu en cocher, avec une « citadine » de louage, « antique diligence ressemblant à un fiacre ». Les fugitifs s’y installent et Mme Elisabeth les rejoint bientôt, tandis que la reine rentre au palais. Elle fait partir ses deux femmes de chambre : Mme Brunier et Mme Neuville, qui dans un cabriolet iront l’attendre à Claye.

Louis a passé dans sa chambre de parade pour le coucher officiel. La Fayette y vient. Le roi parle un moment avec lui de la prochaine procession de la Fête-Dieu. Il semble très calme ; pourtant, à plusieurs reprises, on le voit aller à la fenêtre regarder la nuit, douce et noire.

Le rite du coucher royal accompli, tous les assistants congédiés, il se retire dans sa chambre ordinaire et, dès qu’on a clos les rideaux du lit, se rhabille sans bruit, - costume bourgeois, habit gris, redingote vert-bouteille, perruque courte et chapeau rond - et, accompagné de Malden, sans presser le pas, la canne à la main, au travers des cours sombres, va gagner le Petit-Carrousel, devant l’hôtel du Gaillarbois, où Fersen a rangé son locatis. On attend la reine près d’une heure, avec angoisse. Enfin elle arrive, vêtue d’une robe de soie grise, d’un léger manteau noir et d’un large chapeau dont le voile lui cache le visage. A son tour elle monte en voiture. Fersen saisit les rênes, tandis que Malden se perche sur les ressorts d’arrière.

0239.jpg (22325 octets)

La comtesse de Provence - Ecole française - Musée de Versailles

On part et après bien des détours on atteint la barrière Saint-Martin. La berline est sur la route, attelée de quatre chevaux et le toit chargé d’une montagne de bagages. Moustier occupe le siège. La famille royale s’établit dans cette grande machine et Fersen, gardant le rôle de cocher, s’assied à l’avant entre Moustier et Malden. Il est deux heures et demie ; bientôt le jour va paraître.

A Bondy, premier relais, Fersen descend, se penche à la portière de la berline et prend congé des souverains. Il regagnera Paris à cheval et suivra la route de Mons pour rejoindre plus tard la berline. On repart bon train, les postillons stimulés à chaque poste nouvelle par des pourboires excessifs qui éveillent leur curiosité.

Les voyageurs, maintenant que l’aube est venue, sont pleins de confiance. Le roi rit : « Une fois le cul sur la selle, je serai tout autre ». Et il ajoute : « Présentement La Fayette est bien embarrassé de sa personne ! » On mange gaiement « sur le pain », comme font les chasseurs. Au relais de Vieux-Maisons le roi est reconnu par un postillon ; celui-ci par bonheur se tait. Les voyageurs n’en prennent pas plus de précautions. Dans les montées le roi marche à côté de la berline. Quand on change de chevaux, il parle aux gens qui entourent la voiture.

0240.jpg (30242 octets)

"Le Roi jette à ses pieds ce qu'il tenait à ses mains"  gravure satirique du temps

A Montmirail, le retard sur l’horaire prévu s’accroît encore ; il faut réparer un léger accident aux brancards. Vers quatre heures la berline atteint Châlons. Là encore le roi est reconnu. Un grand nombre de curieux s’amassent. Le maire, prévenu, conseille le silence, si bien que la voiture repart sans difficulté.

A Pont-de-Somme-Vesle, ils devaient trouver Choiseul et Goguelat. Le jeune duc y est arrivé la matin, avec Léonard, coiffeur de la reine, qui porte les bijoux de sa maîtresse. Le retard du roi l’étonne : plus de trois heures ! La présence des hussards a ému les paysans d’alentour, déjà mal disposée par un différend avec l’ancien seigneur du lieu et qui craignent une réquisition militaire. A plusieurs centaines, armés de fusils, de fourches et de faux, ils se rassemblent près des soldats. Bientôt on annonce parmi ceux-ci que « le roi va passer ». L’attitude des villageois devient de moins en moins rassurante ; Choiseul et Goguelat perdent le peu de tête qu’ils eurent jamais.

Ils envoient Léonard à Montmédy et le chargent d’un billet ordonnant aux chefs de détachement qu’il trouvera sur sa route de se replier sur Bouillé, « parce que le trésor attendu ne passe pas ». Puis, peu après cinq heures, eux-mêmes s’en vont avec leur détachement, non point par la grand’route, mais par des chemins de traverse dans la direction de Varennes.

A six heures, sur la route de craie, enveloppée de poussière, la berline apparaît. Le roi, anxieux, se penche à la portière. Où est Choiseul ? Où Goguelat ? Où les hussards d’escorte ? Il ne voit personne. Ses grosses joues pâlissent. « La terre semble lui manquer tout à coup. » Mais il se rassérène assez vite. La route est libre, aucune menace. On repart vers Sainte-Menehould à travers la morne campagne par endroits renflée de coteaux. Sur l’un d’eux, les ailes immobiles et dorées d’un rayon de soleil, se détache un moulin qui ne tardera pas à entrer dans l’histoire, le moulin de Valmy.

Le relai des Sainte-Menehould - Varennes

Quand la voiture s’arrête devant la maison de poste de Sainte-Menehould, il est huit heures. Mêlés aux citadins, des dragons flânent les mains aux poches. Ce sont les hommes de Dandoins ; ils sont sans armes et leurs chevaux dessellés depuis le passage de Léonard et l’avis qu’il a donné. Dandoins consterné, mais gardant son calme, s’approche de Moustier et lui souffle : « Vos mesures sont mal prises, vous êtes perdus si vous ne vous hâtez ! » Le jeune maître de poste Drouet, ancien fragon au régiment de Condé, revenant des champs, regarde, placide, les palefreniens changer les trotteurs.

0241.jpg (38371 octets)

Arrestation de la famille Royale à Varennes - gravure du temps

Il n’a pas alors de soupçons. La voiture repart. Mais à peine a-t-elle quitté la ville que le bruit se répand en un clin d’œil, sans doute par un envoyé de Châlons, qu’elle emporte le roi et les siens. On court avertir la municipalité. Sainte-Menehould est patriote. La garde nationale prend les armes et s’aligne devant l’auberge du Soleil d’Or. Une foule hostile s’amasse autour des dragons. Dandoins est conduit à l’hôtel de ville et interrogé par le conseil de la commune. Cependant, l’esprit de Drouet s’éveille, frappé par certains détails. Le roi, demande-t-il, n’aurait-il pas « le nez long et aquilin, la vue courte et le visage bourgeonné » ? Et soudain il est sûr : oui, c’était bien Louis XVI ! Avec un nommé Guillaume, aubergiste à tête chaude, il propose de le poursuivre. Il selle ses derniers chevaux disponibles et tous deux prennent au grand galop la route de Clermont.

Derrière eux le tocsin sonne..

Roulant par la forêt d’Argonne, la berline est déjà arrivée à Clermont. L’échange de chevaux s’y accomplit sans incident. Le comte de Damas est là, mais après avoir vu le billet de Choiseul, il a cantonné ses hommes, dont beaucoup au demeurant sont peu sûrs. Au moment du départ, Moustier, de son siège, crie trop haut au cabriolet de suite : « Route de Varennes » ! Dernière et capitale imprudence : Drouet, rencontrant les postillons de Sainte-Menehould qui s’en retournent, saura par eux où retrouver les fugitifs.

Après Clermont, l’itinéraire du roi ne comportait plus de relais de poste. A Varennes, Bouillé a établi sous les ordres de deux jeunes officiers, son second fils et le capitaine de Raigecourt, un relais de chevaux de sa propre écurie. Clermont passé, il semble donc que la partie soit gagnée. Des hommes dévoués assureront la fin du voyage à travers les villages endormis de l’Argonne. Recrus de fatigue, Louis XVI et les siens se sont assoupis. Cependant cette nuit, si calme d’apparence, cache de fiévreux mouvements. Choiseul, Goguelat et leurs hussards errent de fondrières en fourrés. Drouet et Guillaume, acharnés dans leur course, éperonnent leurs bêtes. Le tocsin sonné à Sainte-Menehould a trouvé un écho à Clermont d’où Damas, après avoir vainement essayé de rassembler sa troupe, vient de s’échapper avec une poignée de soldats.

0242.jpg (16991 octets)

Drouet - gravure du temps

Dans la ville basse de Varennes, à l’auberge du Grand Monarque, de l’autre côté du pont qui, jeté sur l’Aire, partage la petite cité, le jeune Bouillé et Raigecourt guettent le courrier qui doit précéder les fugitifs.

Sans initiative, suivant trop docilement leurs instructions, ni l’un ni l’autre ne songent traverser la rivière pour aller au devant de la berline et la guider vers le relais. Ce relais, déplacé par excès de prudence et porté sur la rive droite, les voyageurs le cherchent en vain sur la gauche. Ils se décident enfin à passer le pont et à gagner la ville basse. Les postillons remontent en selle, quand, suant et hors d’haleine, arrive Drouet. Il aperçoit la berline et le cabriolet, « tapis contre les maisons », lanternes allumées. Sa proie est là. Il galope jusqu'à l’auberge voisine du Bras d’Or où des patriotes attardés boivent chopine.

0243.jpg (31264 octets)

L'épicier Sauce - gravure du temps

Il leur annonce que la famille royale s’échappe ; elle est arrivée à Varennes : il faut l’arrêter avant qu’elle atteigne la frontière. Tous se précipitent. Ils obstruent le pont avec une voiture chargée de meubles, plusieurs charrettes. Ils ont réveillé le procureur de la commune, l’épicier Sauce, grand diable osseux et matois, qui s’habille en hâte et charge ses enfants de courir par la ville haute en criant : « Au feu ! » En peu d’instants les maisons s’illuminent, Varennes est debout. Le patron du Bras d’Or et plusieurs gardes nationaux se postent armés sous la voûte de l’église Saint-Gengoult par où la voiture doit passer. Ils n’y sont que depuis quelques minutes quand retentissent des pas de chevaux, un bruit de roues. C’est Valory, suivi du cabriolet et de la berline.

- Halte-là !

Le garde du corps couché en joue s’arrête.

- Les passeports !

Mme de Tourzel, fort émue, se penche à la portière et présente le passeport. Sauce, qui s’est joint aux patriotes, va l’examiner dans la salle du Bras d’Or. Le trouvant en règle, il incline à permettre aux voyageurs de poursuivre leur route. Mais Drouet tempête, menace :

- C’est le roi, crie-t-il, si vous le laissez passer en pays étranger, vous vous rendez coupables de haute trahison !

Sauce et les autres prennent peur. Le procureur, lanterne à la main, va annoncer aux voyageurs que leur passeport ne sera visé qu’au jour. Mme de Tourzel proteste et la reine, d’une voix trop maîtresse. Sauce, pauvre homme, cherche des prétextes. Les chevaux sont fourbus, les postillons mal contents. Cependant le roi, rassemblant quelque énergie, donne l’ordre de partir. Mais une foule entoure les voitures et vocifère. La grosse cloche de Saint-Gengoult s’ébranle, un cri retentit : « Plus un pas, ou nous faisons feu ! » Les fugitifs se voient contraints de descendre et à cent pas de là, dans la maison du citoyen Sauce d’attendre le jour.

0244.jpg (24803 octets)

Arrestation de Louis XVI et de sa famille chez l'épicier Sauce - dessin de Prieur - Musée Carnavalet

Ils s’installent dans une misérable chambre au dessus de l’épicerie, tandis que Drouet discute avec les officiers municipaux. Tirant des assignats à l’effigie de Louis XVI, il montre combien le domestique prétendu de Mme de Korff ressemble au roi. Louis nie ; il nie longtemps. Mais Sauce est allé quérir un juge au tribunal nommé Destez, qui a vu le roi à Versailles ; il revient avec lui. Le magistrat, dès son arrivée, s’écrie : « Ah sire ! » et tombe à genoux.

Louis se lève et dit simplement :

- Eh bien oui, je suis votre roi. Voici la reine et ma famille.

Il embrasse Destez, il embrasse Sauce, il embrasse plusieurs des municipaux qui l’entourent. Le peuple à présent emplit la chambre. Le roi lui parle et non sans adresse. Il a quitté Paris, dit-il, parce que sa vie et celle des siens y est chaque jour menacée. Il ne veut que se rendre à Montmédy, d’où il communiquera directement avec l’Assemblée.

Ce petit discours émeut beaucoup d’assistants. Mais d’autres se roidissent. Maintenant la garde nationale est en rangs ; le tambour bat. A ce moment Choiseul et Goguelat pénètrent dans la ville avec leurs hussards fourbus. Damas les a rejoints. Ils parviennent difficilement près du roi. Choiseul lui propose de forcer la résistance des Varennois et de s’échapper avec les siens sur des chevaux de hussards, le reste du peloton les entourant sabre en main.

- Pas une minute à perdre, ajoute le duc, dans une heure mes hussards seront gagnés.

Le roi refuse. Il met son espoir dans Bouillé que son fils et Raigecourt sont partis au galop prévenir à Stenay. Avant tout il ne veut point de sang.

La courte nuit d’été paraît interminable. Dans la chambre de la maison Sauce, on a trouvé un lit pour le dauphin et sa sœur qui dorment côte à côte tout habillés. Le roi va et vient en se dandinant, les mains sous les basques. La reine, assise sur une chaise de paille, essaie d’émouvoir son hôtesse qui reste froide. Une vieille paysanne, grand’mère de l’épicier, montre plus de pitié. Elle vient vers le lit des enfants royaux, les bénit, s’agenouille, baise une petite main qui pend et, la tête cachée dans le drap, pleure...

0245.jpg (37721 octets)

"J'en ferai un meilleur usage et je saurai le conserver" - gravure satirique faisant allusion à une abdication de Louis XVI en faveur du dauphin

Des villages voisins, avertis par des exprès, accourent dans Varennes plus de dix mille hommes et femmes armés de fusils et de fourches. La bourgade n’est plus qu’un entassement d’êtres débraillés qui boivent, mangent, chantent et crient, quand ils passent sous les fenêtres de la maison Sauce, à l’adresse du roi : « A Paris, à Paris ! »

A cinq heures apparaît d’Elson, le chef d’escadrons posté à Dun et qui, averti par le jeune Bouillé et Raigecourt, a couru ventre à terre jusqu'à Varennes avec quatre-vingts cavaliers. Il est autorisé, non sans peine, à parler au roi.

- Dites à M. de Bouillé que je suis prisonnier, murmure Louis, je lui demande de faire ce qu’il pourra.

Désespéré, d’Eslon s’incline et repart. Seul en effet, s’il arrivait à temps, Bouillé pourrait tout sauver. Son fils l’a rejoint à Stenay. Il a aussitôt rassemblé le régiment Royal-Allemand et, en ce moment même, il galope à sa tête vers Varennes, mais il lui faut plusieurs heures pour l’atteindre. Dans cette course, dont Louis XVI est l’enjeu, Paris, Paris qui, lui, n’a pas perdu une heure, va le devancer.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article