Religion - Royauté
Autres temps, autres moeurs. Avant la première Guerre Mondiale, les plages de Juan-les-Pins n'étaient pas prises d'assaut par les baigneurs, mais servaient de terrain de manoeuvre aux compagnies de débarquement, ce qui attirait immanquablement une foule de curieux.
Foule de curieux également à Antibes, sur l'ébauche des actuels boulevards Albert 1er et Foch quand se déroulaient les grandes parades militaires.
Antibes eut l'honneur de recevoir en mai 1912 un hôte de marque, le futur roi d'Angleterre, Edouard VIII, en séjour en France. Il n'était alors que Prince de Galles, titre créé en 1301 et porté par le fils aîné du souverain, c'est-à-dire par celui qui sera appelé à lui succéder. « Le Petit Niçois » du 25 mai 1912 fera de l'événement « un épisode de l'Entente Cordiale qui marquera dans les annales de la France et de notre amie, la Grande-Bretagne »
A bord du Danton
Le futur roi quittera Paris pour une excursion en automobile dans le Midi de la France, accompagné de son précepteur. Lors de ce périple, il devait visiter Avignon puis se rendre à Toulon pour embarquer à bord du Danton pour une série d'évolutions en Méditerranée d'une durée de 3 jours avec mouillage le soir, soit aux Salins d'Hyères, soit à Golfe-Juan. Avant sa venue à Antibes, le Prince de Galles s'était rendu le matin à bord de tous les navires amiraux et à bord du sous-marin Ampère, qu'il a visité en détail.
En début d'après-midi, le corps de débarquement complet, descendu à Juan-les-Pins, s'était ensuite dirigé vers le lieu du défilé. La nouvelle de cette parade militaire, connue dès le matin, avait incité les Antibois à se rendre nombreux sur le terrain de manoeuvre de l'avenue du Cap (boulevard Albert 1er) pour assister à la revue, espérant la visite du Prince de Galles.
Le temps, gris et pluvieux, fait planer le doute d'une éventuelle annulation. Heureusement, il n'en fut rien. Dès 14 h 30, la fanfare annonce le début de la revue avec l'artillerie traînée à bras qui s'installe le long du parcours. « Tous les cuirassés et croiseurs ont envoyé leurs compagnies de fusiliers et leur artillerie, ainsi que les services auxiliaires et le corps du débarquement est fort de 3000 hommes environ ».
Un règne de courte durée
Le prince de Galles, arrivé en automobile, se place au bord de l'avenue du Cap et les troupes défilent devant lui en se dirigeant vers la place Macé (Place de Gaulle). Il est accompagné du vice-amiral Boué de Lapeyrère qui avait été ministre de la marine de 1909 à 1911 et maintenant commandant en chef de l'armée navale. Au passage des différentes compagnies, les officiers saluent du sabre et le jeune prince, qui n'a pas tout à fait 18 ans, répond en soulevant sa casquette blanche. Le public ovationnera le futur souverain lorsqu'il montera dans sa voiture pour quitter notre cité.
Le prince de Galles succédera à son père le Roi George V en 1936 et deviendra roi de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord. Son règne sera de courte durée, interrompu par sa décision d'épouser une divorcée américaine, Mrs Simpson, ce qui provoquera une crise au gouvernement. Ne voulant pas renoncer au projet d'épouser sa bien aimée, il abdiquera en décembre 1936 en faveur de son frère George VI, père de l'actuelle souveraine britannique Elisabeth II. Il deviendra duc de Windsor et épousera Mrs Simpson en France en 1937. Ils se rendront au Cap d'Antibes pour y passer leur lune de miel, au Château de la Croë, et ils feront un temps, de la luxueuse demeure, leur lieu de résidence.
Sources : articles du Petit Niçois (archives départementales des AM) et « Antibes Juan-les-Pins, le temps retrouvé » (édition Equinoxe)
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