La bêtise de deux ados méritait-elle tel déploiement ? Un préfet, un député-maire, un évêque, un imam, une demi-douzaine de policiers en faction. Hier, l’église du Viguier ne pouvait espérer plus complète assemblée, quelques jours après le caillassage subi par des fidèles. C’est en tout cas l’image d’une union sacrée qu’ont livrée représentants de l’église catholique, de l’islam et de l’Etat, au cours d’une messe de réconciliation célébrée par l’évêque Mgr Planet.
200 fidèles avaient pris place dans l’église Saint-Jacques, hier matin, à 11 h. Au premier rang, le préfet de l’Aude Anne-Marie Charvet, appelée à lire le message du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, mais aussi Jean-Claude Pérez, député-maire de Carcassonne. Des représentants de l’Etat et des élus de la République
dont l’évêque saluera la présence, « auprès d’une communauté troublée ».
Mais c’est à l’imam du Viguier qu’il adressera son plus appuyé hommage, mesurant « la grandeur du geste que vous faîtes en venant dans notre église ». Un salut appuyé sans oublier de relativiser la dimension de la profanation accomplie mardi dernier. Car c’est une violence à évaluer « justement » que Mgr Planet a condamnée : « Gardons-nous de confondre guerre des boutons et choc des civilisations », assurait l’évêque. Préférant faire de « l’âge bête » une plus juste explication de ce geste inconsidéré, sans oublier au passage de s’inquiéter de la montée d’aveugles extrémismes. Et d’appeler les fidèles à continuer leur « vie de Chrétiens », en témoignant « leur amitié à tous ». Quelques minutes plus tôt, c’est sous d’inédits applaudissements en ce lieu saint que l’imam Mohamed Hanou avait achevé son intervention, condamnant le « crime » perpétré par les deux inconscients. Prise de parole empreinte d’humanité pour un « pardon » assumé mais pourtant injustifié.
Avant lui, c’est en tenue de représentante de l’Etat qu’Anne-Marie Charvet aura lu le message du ministre de l’Intérieur, condamnant un acte qui avait « souillé un lieu dont chacun doit avoir le respect ». Dégradation rapprochée des 485 cimetières ou lieux de cultes touchés par la bêtise humaine depuis le 1er janvier. Acte sans fondement condamné en rappelant que la laïcité avait une bien simple définition : « La liberté de croire ou de ne pas croire. » Une évidence retrouvée hier.